En raison de la guerre en Libye,
de plus en plus de migrants franchissent la frontière pour passer en
Tunisie voisine. Depuis le début de l'année, 1 180 migrants se sont
rendus en Tunisie, soit autant que sur toute l'année 2018. Ces exilés
qui fuient les combats se retrouvent alors dans des centres, dont la
plupart, sont aujourd'hui saturés. Les ONG se disent dépassées.
"Quand
je suis arrivée, il y a deux mois, nous étions six dans la chambre où
je vis. Puis, au bout de quelques semaines, deux femmes sont parties,
mais quatre autres sont arrivées. Nous sommes huit dans la chambre, des
enfants accompagnés par leur mère en majorité." Karime*, qui vient
d'Afrique de l'Ouest, vit avec son fils dans un centre d'accueil pour
migrants à Médenine en Tunisie, une ville proche de la frontière avec la
Libye.
Ce centre d'une capacité de 70 places, géré par l'Organisation
internationale pour les migrations (OIM), accueille en particulier des
femmes et des enfants. Il est complet, à flux tendu. " [Ce] foyer est un
peu
surchargé", reconnaît Paola Pace, chargée d'affaires de l'OIM en
Tunisie.
Le terme est faible pour Karime, qui assure qu'il y a de "plus en
plus de monde". "Dans les chambres, nous sommes souvent cinq ou huit.
Beaucoup de personnes arrivent et repartent.
Ce n'est pas facile mais je fais avec car je n'ai pas le choix",
explique la jeune femme à InfoMigrants. Selon elle, des couples et des
mineurs non accompagnés" sont également présents. La grande majorité
vient d'Afrique subsaharienne.
Plus de 1 000 personnes sont arrivées depuis le début de l'année
Depuis le début de l'année, les autorités s'inquiètent d'un afflux de
plus en plus important de migrants venant de Libye. Dans un document du
Haut-Commissariat pour les Réfugiés de l'ONU (HCR), datant du mois de
juillet, l'ONU avance que "le nombre de nouveaux arrivants jusqu'à
présent en 2019 (1 180) a déjà dépassé le chiffre total pour 2018 (1
188)."
Pour le seul mois de juillet, le HCR précise que "164 ressortissants
de pays tiers sont arrivés en Tunisie en provenance de Libye, [dont 24]
par voie terrestre [et 140] par la mer."
Si les migrants rejoignent autant la Tunisie, c'est en partie parce qu'ils fuient les combats en Libye.
Plusieurs frappes mortelles ont eu lieu ces dernières semaines dont une
dans la ville de Morzouk, dans le sud du pays, dimanche 4 août, et une
autre au sud de Tripoli, mardi 13 août. "La hausse d'arrivée de migrants
est clairement une conséquence de la guerre", explique Charlie Yaxley,
porte-parole du
Haut commissariat des réfugiés à l'ONU (HCR) en Afrique, joint par
InfoMigrants.
En première ligne, les centres d'accueil peinent à faire face. Outre
l'OIM, le HCR - qui dispose de trois centres d'accueil, dont l'un à
Médenine et de deux autres à Zarzis - se dit débordé.
Les deux autres centres de Zarzis sont complets aussi. "Le HCR a vu un nombre croissant de demandeurs d'asile
et de réfugiés venir de Libye depuis le dernier trimestre de 2018. En raison de
cette évolution, les abris temporaires du HCR fonctionnent actuellement à
pleine capacité", déclare de son côté Siwar Bouraoui, une des directrices du HCR en Tunisie, jointe par InfoMigrants.
Pour ne rien arranger, certains foyers de migrants ont fermé leurs portes. Un foyer de Médenine géré par le Croissant rouge tunisien et l'OIM a
été clôt face aux plaintes récurrentes des occupants. Le centre de 80
places (il hébergeait plus de 200 personnes) était en effet pointé du
doigt pour son manque de nourriture et de personnel, l'insalubrité des
lieux et les mauvaises conditions d'hygiène.
Trouver des solutions
Face à la surpopulation des centres, l'ONU cherche des solutions.
Paola Pace, chargée d'affaires de l'OIM en Tunisie, précise à
InfoMigrants que "des négociations sont en cours avec les autorités
locales pour ouvrir un autre centre en Tunisie". D'après elle, il
devrait voir le jour prochainement, dans le gouvernorat de Tataouine,
situé au sud-est du pays. "Nous devons augmenter la possibilité de
subvenir aux besoins de ces migrants, tout en veillant à ne pas séparer
les familles", détaille-t-elle.
Depuis Tunis, Ben Amor Romdhane, membre de l'association FTDES,
qui vient en aide, entre autres, aux migrants, explique que des
associations cherchent partout de nouvelles places d'hébergement. "Les
associations sont parfois obligées de louer des maisons pour héberger
des migrants." Car les foyers - à Tunis et à Sfax, dans le centre du
pays, notamment - sont trop petits. "Le plus important d'entre eux ne
peut pas prendre en charge plus de 50 migrants. [Louer des maisons],
c'est un moyen de pallier le manque de moyens des associations",
affirme-t-il.
*À la demande de l'intéressée, le nom a été changé.


