Le pape François a appelé les chrétiens à stopper l'action
des «prédateurs» qui «défigurent»
l'Amazonie, estimant qu'il faut cesser
d'«infliger des blessures à nos frères et à notre soeur terre», lors
d'une messe marquant la fin d'un synode consacré à la région.
«Les erreurs du passé n'ont pas suffi pour qu'on arrête de détruire
les autres», a déclaré dimanche le pontife, dans son homélie prononcée
devant les 184 évêques et cardinaux d'Amazonie et des dizaines de
missionnaires et représentants de peuples indigènes.
«Nous l'avons vu dans le visage défiguré de l'Amazonie», a-t-il
condamné, au terme d'un synode (assemblée des évêques) de trois semaines
qui a publié samedi un document dénonçant comme «un péché écologique»
l'exploitation des bois précieux, l'extraction minière et l'agriculture
intensive (soja, élevage bovin) qui détruisent la forêt amazonienne.
Se
montrant soucieux, comme pendant le synode, de mettre en valeur les
coutumes indigènes, François a dénoncé tout ceux qui considèrent les
autres comme «des déchets», qui «méprisent leurs traditions, effacent
leurs histoires, occupent leurs territoires, usurpent leurs biens».
Ces «prétendues supériorités se transforment en oppressions et
exploitations», a-t-il estimé, critiquant ces «chrétiens (qui) vont à la
messe le dimanche» mais ne pensent qu'à leurs intérêts, et appelant à
«ne pas nous considérer supérieurs, ne pas devenir cyniques et
moqueurs».
Rappelant l'humilité des indigènes d'Amazonie, il a souligné qu'aux
yeux de Dieu, «les pauvres sont ‘’les portiers du ciel’’, ce sont eux
qui nous ouvriront toutes grandes, ou non, les portes de la vie
éternelle, eux qui se ne sont pas vus comme des patrons en cette vie».
Pour le pape, le synode a permis d'écouter «les voix des pauvres et
de réfléchir sur la précarité de leurs vies, menacées par des modèles
de développement prédateurs». «Beaucoup nous ont témoigné qu'il est
possible de regarder la réalité différemment, en l'accueillant à mains
ouvertes comme un don, en considérant la création, non pas comme un
moyen à exploiter, mais comme une maison à protéger», a dit le pape.
Au moment de l'Angélus, le pape a souligné que l'Évangile évoque
«le pauvre qui ‘’traverse les nuages’’ parce que ‘’Dieu écoute la prière
de l'opprimé’’». «Le cri des pauvres et celui de leur terre nous est
parvenu d'Amazonie. Après trois semaines, nous ne pouvons pas faire
semblant de ne pas l'avoir entendu», a dit le cardinal argentin, Jorge
Bergoglio, premier latino-américain à être pape.«Plus tard, il sera trop
tard»
Il
a rappelé que «la voix des pauvres» s'est faite entendre pendant le
synode et à l'extérieur, exprimée par les missionnaires, les jeunes, les
scientifiques qui étudient l'Amazonie. «La phrase ‘’plus tard, il sera
trop tard’’ ne peut pas rester uniquement un slogan».
Dans le document final du synode, les évêques demandent au pape la
création d'observatoires locaux pour stopper la destruction de
l'Amazonie ainsi que l'établissement d'un fonds mondial pour protéger
les autochtones et favoriser le développement durable.
Les «pères synodaux» y font aussi des propositions audacieuses pour
renforcer la présence catholique dans une région en manque criant de
prêtres et où elle est concurrencée par les Églises évangéliques
protestantes.
En particulier, ils demandent à titre exceptionnel pour l'Amazonie
de pouvoir ordonner prêtres des hommes mariés et de donner l'accès du
diaconat (possibilité de célébrer des sacrements, sauf l'eucharistie et
la confession, réservées aux prêtres) aux femmes, dont le rôle est
essentiel dans les tribus amazoniennes.
Le pape ne s'est pas prononcé immédiatement sur ces idées qui
seraient un casus belli pour les milieux catholiques traditionnalistes.
Mais
il a invité dès samedi à faire «preuve de créativité» et, pendant
l'Angélus, il a appelé à «prendre le large, non pas dans les eaux
marécageuses des idéologies, mais dans la mer ouverte (pour y) jeter nos
filets. Prendre le large, c'est se remettre en jeu dans la nouveauté,
sortir des schémas tout faits».
Le pape a promis de répondre aux demandes du synode, dans une exhortation apostolique, «d'ici la fin de l'année».
Par Le journal de Montréal

