Celui qui succède au truculent John Bercow promet qu’il sera «
neutre » et « transparent ». Il
aura notamment la tâche délicate de
conduire les débats sur le Brexit.
Le député travailliste britannique Lindsay Hoyle a été élu lundi soir par ses pairs « speaker » (président) de la Chambre des communes où il succède au truculent John Bercow, qui a joué un rôle clé dans le feuilleton du Brexit.
Cet élu de 62 ans, qui était donné favori, aura notamment la tâche
délicate de conduire les débats sur le Brexit, là où son prédécesseur
John Bercow a parfois été accusé de partialité par les partisans de la
sortie de l’Union européenne.
Premier adjoint de John Bercow
depuis 2010, Lindsay Hoyle a ainsi déjà occupé le rôle de chef
d’orchestre à la chambre basse du Parlement britannique. Avec son fort
accent du nord-ouest, il n’a pas hésité pas à rabrouer les députés
bruyants ou à sermonner les nationalistes écossais quand ces derniers
chantonnaient en 2017 l’hymne européen en pleine séance parlementaire.
« Neutre » et « transparent »
Il
a été désigné au quatrième tour de vote à bulletin secret avec 325
voix, contre 213 à son dernier concurrent Chris Bryant, travailliste lui
aussi.
Entraîné par deux de ses soutiens jusqu’à son fauteuil de
cuir vert qui surplombe les bancs de la Chambre des communes,
conformément à l’une des traditions parfois surprenantes du Parlement
britannique, Lindsay Hoyle a promis qu’il serait « neutre » et « transparent ». Tenu à une obligation d’impartialité, le « speaker » doit quitter son parti.
Il a immédiatement été félicité par le Premier ministre conservateur Boris Johnson, qui a salué sa « gentillesse » et sa « raison », et par le leader de l’opposition, le travailliste Jeremy Corbyn.
Sept candidats, trois hommes et quatre femmes, étaient en lice pour succéder à John Bercow, qui après 10 ans au poste de « speaker » a annoncé sa démission en septembre pour consacrer plus de temps aux siens.
Simple arbitre
Prenant le contre-pied de son prédécesseur, Lindsay Hoyle, député depuis 1997, a affirmé dimanche qu’il voyait le « speaker » comme un simple arbitre et fait valoir que « les gens ne veulent pas se souvenir de l’arbitre, ils veulent se souvenir du match ».
Dans une interview au « Sunday Times »,
il a confié vouloir apaiser l’atmosphère souvent électrique de la
Chambre des communes, en particulier lors des débats sur la sortie du
Royaume-Uni de l’UE.
Originaire du Lancashire (nord-ouest de
l’Angleterre), Lindsay Hoyle a défendu lundi l’égalité du droit à la
parole des députés et s’est posé en défenseur de leur sécurité, de celle
de leurs équipes et de leurs familles, dans un contexte de tensions
dans le pays, où nombre d’élus ont été menacés.
Le Parlement qui
l’a élu, si souvent paralysé faute de majorité nette, pourrait changer
de physionomie : il va être dissous mercredi, en vue des élections
anticipées le 12 décembre, déclenchées pour tenter de sortir le Brexit
de l’impasse. Reportée à trois reprise, la sortie du Royaume-Uni de
l’Union européenne est désormais prévue au 31 janvier 2020.
Boris le perroquet, Maggie la tortue
Chez lui, le nouveau « speaker »
est à la tête d’une petite ménagerie qui porte les prénoms de
personnalités politiques britanniques. A son perroquet Boris, clin
d’oeil au Premier ministre conservateur, il a déjà appris à vociférer
des « Ordeeer! » (« De l’ordre! »). Sa tortue « à la carapace dure » s’appelle Maggie et son rottweiler Gordon, comme les ex-Premiers ministres Thatcher et Brown.
L’élection d’un « speaker » a lieu après chaque élection législative ou après la démission ou le départ à la retraite du précédent.
Avec le départ de John Bercow, petit homme à la voix de stentor et aux répliques souvent acerbes, une page se tourne à la Chambre des communes.
Cet
amateur de cravates criardes, de 56 ans, issus des rangs conservateurs,
avait fixé la date de son départ au 31 octobre, jour où le Royaume-Uni
était censé quitter l’Union européenne.
Plus jeune titulaire, lors
de sa première élection en juin 2009, de cette prestigieuse fonction,
John Bercow s’est employé à la dépoussiérer, abandonnant certains
éléments de la tenue traditionnelle comme la perruque. En juin 2017, il a
même permis aux députés de siéger sans cravate.
Par nouvelobs.com

