Le fils en prison et jugé pour corruption, les avoirs de la richissime
fille aînée bloqués, le mandat de
députée de la fille cadette suspendu…
Rien ne va plus en Angola pour la famille de Jose Eduardo dos Santos,
longtemps intouchable.
Jose Eduardo dos Santos, président de la République d’Angola de 1979 à 2017 et président du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) de 1979 à 2018, sera-t-il le prochain à voir son nom sur la liste des dos Santos en délicatesse avec la justice angolaise ?
Pour l’heure, l’ancien président passe entre les mailles du filet. Mais celui qui était considéré par Forbes
comme le chef d’État africain le plus riche en 2014, est accusé par ses
détracteurs d’avoir mis le pays et son économie en coupe réglée. Et
d’en avoir fait profiter une poignée de membres de sa famille et de
proches. Banques, télécoms, médias et, bien sûr, pétrole, aucun secteur
n’a échappé au contrôle du « clan » dos Santos.
Le vent a commencé à tourner dès qu’il a cédé la tête de l’État à son ministre de la Défense, Joao Lourenço,
à l’issue des élections de 2017, épilogue d’un règne absolu de 38 ans.
Son successeur a depuis écarté la garde rapprochée de son prédécesseur
des instances dirigeantes du parti au pouvoir, des institutions et des
entreprises publiques, au nom de la lutte contre la corruption et du
redressement national. Plombé par la chute des prix de l’or noir en
2014, le deuxième producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne est en
effet englué dans une grave crise économique.
Plusieurs membres de la famille dos Santos sont aujourd’hui visés par la justice.
Le fils au tribunal
Jose
Filomeno dos Santos (né en 1978) est actuellement jugé pour
détournement de fonds publics. Surnommé Zedu, il a dirigé sous le règne
de son père le fonds souverain angolais, chargé d’investir une partie
des revenus du deuxième producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne.
La justice l’accuse d’avoir détourné, dans le cadre de ces activités,
500 millions de dollars de fonds publics avec la complicité du
gouverneur de la Banque centrale de l’époque.
Placé
en détention provisoire en septembre 2018, Jose Filomeno a été libéré
six mois plus tard dans l’attente de son procès, qui s’est ouvert le
mois dernier devant un tribunal de la capitale Luanda. Il risque jusqu’à
douze ans de prison.
À la barre, le fils a dénoncé un procès «
politique » ourdi par le nouveau régime et assuré avoir agi en toute
légalité sous l’autorité de l’ancien président, dont le témoignage a été
sollicité par le juge en charge du dossier. Suspendu le temps des fêtes
de fin d’année, son procès a repris cette semaine.
La fille aînée soupçonnée de détournement
La
milliardaire Isabel dos Santos, fille d’un premier mariage de
l’ex-président angolais (elle est née en 1973, à Bakou), est aussi sous le coup d’une enquête judiciaire dans son pays.
La justice la soupçonne d’avoir détourné, avec son époux le Congolais
Sindika Dokolo et un homme d’affaires portugais, plus d’un milliard de
dollars des comptes des entreprises publiques Sonangol (pétrole) et
Endiama (diamants).
Celle qui a été surnommée la « reine du pétrole d’Angola » aurait « siphonné les caisses du pays »
selon une enquête du Consortium international des journalistes
d’investigation (ICIJ) publiée dimanche 19 janvier. Le mois dernier, un
tribunal de Luanda a ordonné le gel de certains des comptes bancaires et
des actifs d’Isabel dos Santos, présentée comme la femme la plus riche
d’Afrique.
Toutes ces accusations ne constituent qu’un tissu de « mensonges »,
selon elle. Mais sentant que l’étau se resserrer, Isabel a commencé à
allumer des contre-feux. Ainsi, elle a pour la première fois évoqué
l’hypothèse d’une candidature à la présidence de son pays. « C’est possible »,
a indiqué la fille de l’ex-président Jose Eduardo dos Santos lors d’un
entretien diffusé mercredi dernier par la radio-télévision publique
portugaise (RTP). « Je ferai tout ce que j’aurais à faire pour défendre et servir ma terre et mon pays », a-t-elle déclaré, sans autre détail. La prochaine présidentielle angolaise doit avoir lieu en 2022.
«
Ses chances à court terme d’exercer un rôle politique sont négligeables
mais elle a des moyens et peut se bâtir des soutiens avec le temps », estime Alex Vines, du centre de réflexion britannique Chatham House, « surtout si le président Lourenço ne réussit pas à réformer l’économie ».
Telle grande sœur, telle petite sœur
Sœur
d’Isabel, « Tchize » (son surnom) dos Santos dirige l’une des
principales sociétés de production audiovisuelle et de publicité
d’Angola, et a été élue députée en 2008.
D’abord écartée du comité
central du parti au pouvoir depuis l’indépendance, le Mouvement
populaire de libération de l’Angola (MPLA), elle a été suspendue en
octobre dernier de son mandat de député pour absentéisme et «
enrichissement illégal ».
Welwitschia dos Santos, 42 ans, a dénoncé auprès de l’AFP les « persécutions » du président Joao Lourenço qu’elle accuse « d’abus de pouvoir » et a saisi la Cour constitutionnelle du pays pour faire annuler sa suspension.
Si Trump est sur Twitter, Tchize hante Instagram où elle tire en rafales sur le couple présidentiel, histoire de dire qu’eux aussi ont « croqué » ! Ou que l’actuelle Première dame est une grande amie d’Isabel, insinuant que « qui se ressemble s’assemble ».
Par ouest-france.fr

