
(Washington)
Les scientifiques du gouvernement américain estiment que le nouveau
coronavirus est
sans doute transmis par les gens lorsqu’ils parlent et
respirent. Conséquence logique : il est désormais officiellement
conseillé aux Américains de se couvrir le visage hors de chez eux, pour
aider à freiner les contagions.
Le
président Donald Trump l’a annoncé vendredi soir, en insistant sur le
fait qu’il s’agissait d’une recommandation, non obligatoire. Les
autorités sanitaires appellent la population à se couvrir le visage avec
des masques artisanaux, des foulards ou des bandanas, afin de réserver
les masques médicaux aux soignants, pénurie oblige.
Cette
décision des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC),
autorité de santé nationale aux États-Unis, est « seulement une
recommandation », a souligné M. Trump lors d’un point de presse.
« C’est (d’initiative) volontaire », a-t-il insisté. « Personnellement, je n’en porterai pas », a-t-il poursuivi.
«
Assis dans le bureau Ovale […] Porter un masque en recevant des
présidents, des premiers ministres, des dictateurs, des rois, des
reines, je ne sais pas, je ne le sens pas pour moi », a-t-il encore dit.
Les
CDC insistent en particulier sur la nécessité de se couvrir le visage
en faisant des courses, lorsque les recommandations de distanciation
sociale sont plus difficiles à respecter.
À
New York, le maire avait déjà demandé aux habitants de se couvrir le
visage hors de chez eux, et dès vendredi, un peu moins de la moitié des
piétons appliquaient la consigne à Manhattan, selon une observation des
journalistes de l’AFP.
Vu
d’Asie, où les masques chirurgicaux sont omniprésents, le retard des
pays occidentaux est une aberration. Mais les autorités sanitaires aux
États-Unis ou en France, ainsi que l’Organisation mondiale de la santé,
arguaient jusqu’à présent que le masque n’était pas nécessaire pour les
personnes saines, sauf si elles étaient au contact de malades.
Depuis
plusieurs jours, une volte-face se préparait, sous pression d’un public
qui ne comprend pas pourquoi les masques protégeraient les infirmiers,
mais pas les citoyens ordinaires.
En
France, l’Académie de médecine a recommandé vendredi le port
obligatoire du masque, comme une « addition logique aux mesures
barrières ».
Aux
États-Unis, vendredi, le directeur de l’Institut des maladies
infectieuses, Anthony Fauci, membre du groupe de travail de la
Maison-Blanche sur le coronavirus qui dit passer une heure par jour avec
le président Trump, avait évoqué sur Fox News des données indiquant que
« le virus peut en réalité se transmettre quand les gens ne font que
parler, plutôt que seulement lorsqu’ils éternuent ou toussent ».
La
transmission par voie aérienne fournirait une explication longtemps
recherchée à la haute contagiosité apparente du virus responsable de la
pandémie de COVID-19, puisqu’il apparaît que les personnes infectées,
mais sans symptômes, qui représentent peut-être le quart de tous les
gens infectés, sont responsables d’une grande partie des contagions, à
leur insu.
De
multiples études ont mis en évidence que des personnes asymptomatiques
avaient infecté des gens proches d’eux dans des églises, dans une
chorale ou un cours de chant, dans les maisons de retraite…
Quelques études
Quelles sont les preuves scientifiques ? Il y en a peu, mais elles convergent.
Les
Académies américaines des sciences ont cité dans une lettre à
destination de la Maison-Blanche mercredi quatre études faisant pencher
la balance en faveur d’une transmission du virus via l’air expiré par
les gens (les « aérosols » dans le jargon scientifique), et non plus
seulement par les gouttelettes et postillons projetés lors d’un
éternuement directement sur le visage d’autres personnes ou sur des
surfaces (où le virus peut survivre des heures voire des jours, selon le
type de surface).
« Les
travaux de recherche actuellement disponibles soutiennent la
possibilité que le SARS-CoV-2 puisse être transmis par des bioaérosols
générés directement par l’expiration des patients », écrit Harvey
Fineberg, président du comité sur les maladies infectieuses émergentes.
Il
souligne qu’il en faudrait plus pour mieux comprendre le risque
véritable d’infection. Si le virus est effectivement présent dans la
respiration, on ignore si cela représente quantitativement une voie
importante de transmission.
Dans
une étude, des chercheurs de l’université du Nebraska ont retrouvé des
portions du code génétique du virus (ARN) dans l’air de chambres où
étaient isolés des patients.
Des
chercheurs de l’université de Hong Kong ont récemment observé que le
port de masques réduisait la quantité de coronavirus expirés par des
malades (l’expérience a été faite avec des virus autres que SARS-CoV-2).
Et
des chercheurs à Wuhan ont prélevé des échantillons d’air dans diverses
pièces d’hôpitaux et découvert des concentrations élevées du nouveau
coronavirus, notamment dans les toilettes et les salles où les soignants
enlevaient leurs équipements de protection.

