
Ce mardi 9 juin, Lee Jae-yong, héritier du géant sud-coréen Samsung, a
échappé à son placement en
détention requis par le parquet dans
l'enquête sur la fusion controversée de deux filiales du groupe.
« Il n'y avait pas suffisamment de raisons » pour justifier
l'arrestation de Lee Jae-yong, a déclaré dans un communiqué la
magistrate Won Jung-sook, à l'issue de neuf heures d'audition. « Les procureurs semblent avoir déjà obtenu une quantité considérable de preuves au cours de leur enquête »,
a-t-elle affirmé, ajoutant que le procès permettra d'établir si M. Lee
est à l'origine d'actes illégaux. L'héritier du plus gros conglomérat
sud-coréen a attendu le délibéré dans un centre de détention. À sa
sortie, vers 2h40 dans la nuit de lundi à mardi (17h40 TU), il a
rapidement remercié les journalistes mais s'est refusé à toute
déclaration au sujet de cette décision. M. Lee s'est ensuite engouffré
dans une berline noire.
Une fusion controversée
Le
parquet de Séoul avait annoncé jeudi avoir requis un mandat d'arrêt
contre Lee Jae-yong, notamment soupçonné de manipulation de prix lors de
la fusion controversée de deux unités de Samsung, Cheil Industries et
C&T, en 2015. Cette opération, capitale pour la succession à la tête
du groupe, avait été dénoncée par certains actionnaires, qui estimaient
que C&T avait été délibérément sous-évaluée. Mais la Caisse
nationale de retraite, gros actionnaire de Samsung sous tutelle du
ministère des Affaires sociales, l'avait soutenue. Petit-fils du
fondateur de Samsung, Lee Jae-Yong était devenu le patron de facto du groupe après la crise cardiaque de son père en 2014.
M. Lee était l'actionnaire majoritaire de Cheil Industries, et les pourfendeurs de la fusion affirment que l'héritier de Samsung
cherchait à rabaisser artificiellement le prix de C&T afin de lui
donner une participation plus importante dans la nouvelle entité née du
rapprochement des deux et qui était une composante importante de la
structure du groupe. Ce qui lui aurait permis de conforter son emprise
sur le conglomérat.
La semaine dernière, dans un communiqué, le groupe a jugé « sans fondement » les soupçons de manipulation du prix, en ajoutant que M. Lee n'avait pris part à « aucune activité illégale ».
Vice-président de Samsung Electronics, M. Lee est par ailleurs rejugé
pour corruption dans le retentissant scandale qui avait entraîné la
destitution et la condamnation de l'ex-présidente sud-coréenne Park
Geun-hye. Début mai, M. Lee avait présenté ses excuses pour les
scandales et affaires qui ont plombé le premier fabricant mondial de smartphones.
Un cinquième du PIB de la Corée du Sud
Le
groupe a été fondé en 1938 par le grand-père de Lee Jae-yong, qui a
promis qu'il serait le dernier dans la ligne de succession familiale. Il
avait été condamné en 2017 à cinq ans de prison dans le cadre du
scandale de corruption qui avait emporté Park Geun-hye.
Le dirigeant de 51 ans a été libéré un an plus tard. Mais son cas fait
actuellement l'objet d'un nouveau procès. Le chiffre d'affaires du
groupe Samsung représente à lui seul un cinquième du PIB de la Corée du
Sud, 12e économie au monde, d'où son poids politique et économique
considérable.
Par RFI Avec AFP

