Un an après son arrivée au 10 Downing Street, Boris Johnson avait sans doute rêvé d'un autre bilan.
Non seulement le Royaume-Uni
est l'un des pays où le coronavirus a fait le plus de morts au monde
(45.000 selon le bilan officiel), mais la grande vulnérabilité de
Londres sur la scène internationale apparaît plus criante que jamais. Un
rapport publié mardi par la commission parlementaire chargée de la
sécurité à la Chambre des communes a braqué les projecteurs sur la
menace que fait peser la Russie de Poutine sur la sécurité du pays. Le
document, dont la publication a été maintes fois repoussée par le
Premier ministre, établit que "le Royaume-Uni est une de ses toutes
premières cibles occidentales en matière de renseignement".
Plus
troublante encore est l'attitude des gouvernements conservateurs
successifs depuis 2014, soulignent les parlementaires. Jusqu'à l'attaque
à l'agent innervant Novitchok à Salisbury en mars 2018, les autorités
ont "gravement sous-estimé" la menace russe. Elles continuent
d'ailleurs de minorer les tentatives du Kremlin d'influencer le résultat
du référendum de 2016 sur le Brexit.
Des "relations tenues" entre Londres et l'UE à prévoir ces prochaines années
Ces
troublantes révélations coïncident avec une double dose de mauvaises
nouvelles sur le front des négociations commerciales britanniques. Le dernier round de négociations avec l'UE
s'est soldé par un échec. Michel Barnier, le négociateur de la
Commission européenne pour le Brexit, a déclaré jeudi qu'un accord d'ici
à la fin de l'année était "peu probable". La perspective de la
signature rapide d'un accord de libre-échange avec les États-Unis s'est
elle aussi éloignée… Le désintérêt de Boris Johnson de conserver de
solides relations diplomatiques avec l'UE post-Brexit constitue une
autre source d'inquiétude parmi les experts en relations
internationales.
"Theresa May était enthousiaste à l'idée de
trouver un accord ambitieux en matière de diplomatie et de sécurité,
rappelle Ian Bond du Center for European Reform. Boris Johnson et son
conseiller spécial, Dominic Cummings, partent du principe qu'en cas de
crise les choses se feront d'elles-mêmes." L'historienne Margaret
MacMillan entrevoit de son côté "des relations tendues" entre Londres et
l'UE pour les deux prochaines années. Mais cette professeure à Oxford
prédit que "la géographie, l'histoire et des valeurs communes pousseront
le Royaume-Uni et l'UE à se rapprocher".

