
Selon les prévisions du Fonds monétaire international (FMI), l’Algérie devrait connaître en 2020 une récession record de -5,2% ainsi qu’un des déficits budgétaires parmi les plus élevés de la région. Au premier trimestre, les statistiques officiels de la première économie du Maghreb font état d’une récession de 3,9% du PIB, dans la droite ligne des prévisions des institutions internationales.
Pays souverainiste, rétif à l’endettement, l’Algérie n’entend pas
pour autant déroger à la règle qu’elle s’est fixée de ne pas faire
recours à un endettement auprès du fonds monétaire international ou
d’autres institutions financières ou pays en dehors, bien entendu, de la
Chine. En lieu et place des créanciers extérieurs, le gouvernement a
proposé un plan de relance basé sur une cure d’amaigrissement et la
réduction de moitié du budget de fonctionnement de l’Etat. La loi de
finances complémentaire 2020 prévoit une baisse des recettes budgétaires
à environ 38 milliards d’euros contre 44 milliards dans la loi
initiale.
Le refus de l’endettement est né d’un traumatisme encore présent dans
les mémoires des têtes dirigeantes du pays. Au début des années 90,
Alger avait contracté un prêt auprès du FMI, précipitant un plan
d’ajustement structurel qui a abouti à des coupes sévères dans le
service publique, des fermetures d’entreprises et des licenciements qui
ne sont pas étrangères à la dégradation du climat social et à la guerre
civile.
Cette douloureuse expérience explique pourquoi le président
Abdelmadjid Tebboune, qui n’a pas encore bouclé une année d’exercice,
s’accroche à la ligne directrice souverainiste héritée de l’option
révolutionnaire prise par l’emblématique Houari Boumédiène que d’aucuns
comparent, toutes choses étant égales par ailleurs, en un Thomas
Sankara moins romantique mais plus pragmatique qu’aurait bien pu
devenir le leader burkinabé s’il avait pu, comme l’algérien en de
nombreuses reprises, survivre au coup d’Etat perpétré en octobre 1987
contre son régime.
Chef d’Etat major de l’Armée nationale de libération, président du
Conseil de la révolution de 1965 à 1976 et président de la République de
1976 à 1978, Boumédiène avait conduit à la nationalisation des
hydrocarbures et à la gratuité des soins médicaux. Même si son succédané de plans quinquennaux
budgétivores et sa politique d’arabisation inspirée de Gamal Abdel
Nasser, faisant fi de la spécificité berbère et kabyle du pays, n’ont
pas pu apporter un changement structurel au pays, Boumediène avait
réussi à donner corps à une politique de nationalisme économique qui
flattera les égos mais pas le porte-monnaie de ses concitoyens.
Plus de quarante ans après et en dépit des échecs de la
transformation structurelle du pays au sous sol le plus riche du Maghreb
central, la ligne directrice socialiste encadrée par l’Armée et
l’esprit de résistance du Front de libération nationale (FLN) constitue
encore le fondement de la politique économique de l’Algérie. Aussi,
le président Abdelmadjid Tebboune répète tous les jours qu’il ne fera
pas recours à l’endettement auprès du FMI sous l’ombre bienveillante de
l’armée et des gardiens du temple, en parcourant les chiffres de
l’Office national des statistiques (ONS), le cours du baril du pétrole
et un taux de chômage estimé à 15%. Rude exercice.

