![Le Premier ministre japonais démissionnaire Shinzo Abe, le 24 juillet 2019 [Behrouz MEHRI / AFP] Le Premier ministre japonais démissionnaire Shinzo Abe, le 24 juillet 2019 [Behrouz MEHRI / AFP]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_640_360/public/7e9f93736d5dcc6f4f1c6287c6c0345ff5252419.jpg?itok=mPzOCipK)
Au lendemain de l'annonce surprise de la démission du Premier ministre
japonais Shinzo Abe, la
course contre la montre pour lui succéder a
démarré samedi avec de premiers candidats ayant commencé à se manifester
au sein de son parti.
Au pouvoir depuis fin 2012, M. Abe, 65 ans, a déclaré vendredi qu'il
comptait jeter l'éponge, fragilisé par le retour d'une maladie
inflammatoire chronique de l'intestin, la rectocolite hémorragique, ou
colite ulcéreuse. Cette maladie avait déjà été l'une des raisons de la
fin précipitée de son premier mandat de Premier ministre en 2007, au
bout d'un an à peine d'exercice du pouvoir.
M. Abe a toutefois précisé qu'il resterait à son poste jusqu'à ce que son successeur soit désigné.
Les modalités de ce processus n'était pas encore tranchées à l'heure
actuelle. Selon la presse japonaise, plusieurs options étaient à
l'étude.
La formation politique de M. Abe, le Parti libéral-démocrate (PLD),
pourrait se choisir un nouveau chef en organisant une élection interne
classique, impliquant à la fois ses parlementaires et tous les adhérents
du parti au niveau national.
Mais face à l'urgence de la situation et aux contraintes liées à la
pandémie de coronavirus empêchant les grands rassemblements, le PLD
pourrait recourir à un processus électoral réduit et accéléré, où seuls
ses parlementaires et élus régionaux seraient invités à participer.
Taro Aso renonce
Les modalités du scrutin devraient être déterminées dans le courant
de la semaine prochaine. En fonction du mode retenu, certains candidats
seraient plus favorisés que d'autres.
Quelques-uns sont déjà entrés dans l'arène, comme le chef de la
stratégie politique du PLD, Fumio Kishida, 63 ans, un ancien ministre
des Affaires étrangères plutôt discret qui était longtemps considéré
comme le favori de M. Abe pour lui succéder.
L'ancien ministre de la Défense Shigeru Ishiba, 63 ans, est aussi
déjà sur les rangs. Surtout populaire auprès de la base du PLD, il
risquerait d'être désavantagé en cas d'un vote réduit aux élus du parti.
Le vétéran Taro Aso, 79 ans, actuel vice-Premier ministre et ministre
des Finances, a en revanche annoncé qu'il ne se présenterait pas.
Parmi les autres candidats potentiels figurent le puissant secrétaire
général du cabinet de Shinzo Abe, Yoshihide Suga, 71 ans, considéré par
beaucoup comme le favori de l'élection, ainsi que l'actuel ministre de
la Défense, Taro Kono, 57 ans.
Une seule femme est susceptible d'entrer en lice: l'ancienne ministre
Seiko Noda, 59 ans, mais ses chances sont jugées minces, tout comme
celles de M. Kono.
«Intérimaire»
Quel que soit le vainqueur de l'élection du PLD, aucun changement
majeur de politique n'est escompté de sitôt, selon les observateurs.
«Les politiques clé - la diplomatie et les mesures économiques - ne
changeront pas drastiquement» selon Shinichi Nishikawa, professeur de
science politique de l'université Meiji à Tokyo, interrogé par l'AFP.
Le successeur de M. Abe pourrait n'être qu'un «intérimaire» assurant
une phase de transition, estime M. Nishikawa. Car le PLD doit organiser
une autre élection interne en septembre 2021, avec des élections
législatives très probablement le mois suivant.
Cependant le futur Premier ministre va devoir relever des «défis de
taille», prévient Yoshinobu Yamamoto, professeur émérite de politique
internationale à l'université de Tokyo.
Le plus immédiat sera la gestion de la pandémie de coronavirus au
Japon, pour laquelle le gouvernement de M. Abe avait été très critiqué
ces derniers mois en raison de ses nombreux atermoiements et
cafouillages.
Les relations diplomatiques avec la Chine constituent un autre
dossier chaud. Les liens entre Tokyo et Pékin s'étaient un peu
réchauffés ces dernières années, mais les tensions sino-américaines
grandissantes, la loi de sécurité nationale imposée à Hong Kong et les
reproches envers la Chine liés à la pandémie ont jeté un nouveau coup de
froid.
M. Abe va aussi quitter le pouvoir alors que le sort des Jeux
olympiques de Tokyo-2020, reportés à l'été 2021, semble toujours
incertain face à la recrudescence mondiale de la maladie Covid-19.
Le nouveau Premier ministre va aussi hériter d'une situation
économique difficile au Japon, qui était tombé en récession avant même
la crise sanitaire.
Par
AFP

