Le Liban
se reconfine vendredi, confronté comme de nombreux autres pays à
travers le monde à une
flambée de nouveaux cas de coronavirus, qui
menace aussi selon la Banque mondiale de faire basculer cent millions de
personnes supplémentaires dans l'extrême pauvreté.
Au Liban, qui affronte des taux records de contaminations et des
hôpitaux débordés par les malades du Covid-19 et les blessés de la
gigantesque explosion du 4 août au port de Beyrouth, un reconfinement
décrété par les autorités entre en vigueur vendredi pour plus de deux
semaines. Il est assorti d'un couvre-feu quotidien de 18H00 à 06H00
locales.
Assis dans son atelier de menuiserie, dans un quartier de
Beyrouth éloigné de la zone sinistrée, Qassem Jaber, 75 ans, ne voit
pas en quoi un reconfinement serait utile.
"Il n'y a pas de
travail. Les gens n'ont pas d'argent et n'ont rien à manger",
affirme-t-il. "Qu'est-ce que le coronavirus vient faire là-dedans ? On
s'en remet".
Prévues jusqu'au 7 septembre, ces mesures ne concernent pas les quartiers sinistrés par l'explosion meurtrière.
Le
pays, qui a recensé officiellement jusqu'à présent au moins 9.758 cas
de coronavirus, dont 107 décès, est "au bord du gouffre", avait averti
le ministre de la Santé Hamad Hassan.
Rebond en Europe
En Europe, les chiffres de nouveaux cas de contaminations en 24 heures publiés jeudi en France, en Italie, en Allemagne
ou en Espagne sont inquiétants et montrent un rebond de la pandémie,
souvent à la faveur des vacances, de fêtes et de déplacements.
L'Espagne,
malgré un confinement parmi les plus stricts au monde, le port du
masque généralisé et des millions de tests, est de nouveau parmi les
pays les plus touchés.
C'était déjà un des pays qui comptent le
plus de morts dans la pandémie (plus de 28.800). C'est aujourd'hui le
pays d'Europe occidentale qui compte le plus de cas diagnostiqués: près
de 378.000.
Avec 143 nouveaux cas pour 100.000 habitants sur les
deux dernières semaines, son taux de contagion dépasse de très loin
celui de ses voisins (50 en France), d'après un calcul de l'AFP à partir
de données officielles.
En Suisse, 300 nouveaux cas quotidiens
ont été enregistrés vendredi pour la deuxième fois de la semaine, un
niveau jamais atteint depuis la mi-avril, faisant craindre la survenue
d'une deuxième vague.
En Grande-Bretagne, le confinement va être
durci dans plusieurs zones du nord-ouest de l'Angleterre, tandis que
Birmingham, deuxième ville la plus peuplée du pays, a été placée sous
surveillance en raison d'une recrudescence du virus.
A partir de
minuit, les habitants des villes d'Oldham et de Blackburn, ainsi que de
plusieurs zones du district de Pendle où résident au total près d'un
demi-million de personnes, ne pourront plus rencontrer de personnes
extérieures à leur foyer.
En France, à la veille de la rentrée des
classes, le gouvernement a décrété que le port du masque serait
obligatoire dans les écoles pour les plus de 11 ans, même quand les
règles de distanciation physique pourront être respectés.
En
Italie, Venise se prépare à accueillir du 2 au 12 septembre la Mostra,
premier grand festival de cinéma depuis le début de la pandémie.
Le
site du plus vieux festival de cinéma au monde "sera accessible aux
participants et au public par neuf entrées donnant sur les rues ou la
lagune, équipées de scanners thermiques", ont annoncé les organisateurs.
"L'accès sera interdit à toute personne ayant une température de 37,5
degrés ou plus".
"Des gels désinfectants seront mis à disposition
du public partout: salles de projection, entrées, couloirs, lieux de
réunion...", et le port du masque sera obligatoire "dans les salles de
projection, aussi bien dans la file d'attente que pour se rendre à son
siège et durant toute la projection", de même que "dans toutes les zones
extérieures" du périmètre du festival, ont-ils ajouté.
L'Allemagne
a déclaré zones à risque pratiquement toute l'Espagne et une partie des
côtes touristiques de la Croatie - des destinations prisées des
vacanciers allemands - et imposé tests et quarantaines au retour.
Dette record au Royaume-Uni
L'épidémie
a fait au moins 793.847 morts depuis fin décembre, selon un bilan
établi jeudi par l'AFP à partir de sources officielles. Plus de
22.734.900 cas d'infection ont été officiellement diagnostiqués
dans 196 pays et territoires depuis le début de l'épidémie, dont au
moins 14.298.000 sont aujourd'hui considérés comme guéris.
Les Etats-Unis restent le pays le plus endeuillé avec 174.290 décès, selon un décompte de l'université Johns Hopkins.
La
crise sanitaire du Covid-19 et son cortège d'emplois détruits et de
difficultés d'approvisionnement, pourrait entraîner dans l'extrême
pauvreté 100 millions de personnes supplémentaires à travers le monde, a
alerté jeudi le président de la Banque mondiale David Malpass, dans un
entretien à l'AFP.
Cette situation rend "impératif", pour les créanciers, de réduire la dette des pays pauvres, a déclaré David Malpass.
La
facture économique de la pandémie est déjà salée au Royaume-Uni, dont
la dette publique a dépassé pour la première fois les 2.000 milliards de
livres (2.231 milliards d'euros).
Elle représentait en juillet plus de 100 % du produit intérieur brut (100,5 %) pour la première fois depuis 1961.
Première
économie européenne, l'Allemagne va rompre pour la deuxième année
consécutive avec son orthodoxie budgétaire : Berlin va devoir recourir
de nouveau à l'emprunt pour financer un déficit budgétaire important en
2021, a annoncé vendredi le ministre des Finances.
En Amérique
latine et aux Caraïbes, l'épidémie accentue les inégalités et la
pauvreté. Selon la Commission économique pour l'Amérique latine et les
Caraïbes (CEPALC), la pandémie devrait faire retomber dans la
pauvreté 45 millions de personnes, portant le total à 231 millions, soit
37,3 % de la population de la région.
"Je me retrouve au chômage à
cause de cette pandémie. Il y a des jours où nous ne mangeons pas parce
que la situation est difficile", raconte Milena Maia, une Brésilienne
de 35 ans, habitante de la favela de Heliopolis, qui abrite 200.000
personnes à Sao Paulo.
Par AFP avec Le Point

