Dans cette tribune, Jerry Parkes, co-fondateur du fonds de
capital-investissement Injaro, détaille les solutions que peuvent
apporter de tels opérateurs au développement du secteur agricole en
Afrique.
Si l’Afrique subsaharienne souhaite atteindre la sécurité alimentaire
en 2050, elle devra trouver le moyen de combler les 11 milliards de
dollars d’investissements qui manquent chaque année au secteur
agricole. Et les fonds de capital-investissement spécialisés dans les
PME agricoles peuvent contribuer à cet objectif en mettant
intelligemment et patiemment des ressources à disposition des
entreprises prometteuses et en permettant à ces dernières de devenir des
acteurs majeurs en termes d’approvisionnement alimentaire, de création
d’emplois et de réduction de la pauvreté.
Accès insuffisant des PME agricoles aux services financiers
Les agriculteurs africains sont pénalisés par des retards tant
technologiques que productifs qui pourraient être comblés par des
investissements adéquats. Ainsi, le rendement agricole moyen des
cultures de maïs représente environ 17 % de celui des pays développés
(1,5 tonne par hectare contre 9 tonnes par hectare ). Les PME agricoles
en Afrique subsaharienne rencontrent des difficultés d’accès
persistantes au crédit auprès des banques commerciales. Cela est
dû au manque de volonté des banques à créer des instruments appropriés à
destination des entreprises agricoles et à l’inexpérience des PME
agricoles qui limite leur habilité à élaborer des business plans
pertinents et à structurer efficacement leurs besoins en financement.
Cette difficulté d’accès au crédit bancaire se double d’une offre
très faible en capital-investissement en faveur du secteur privé
africain, d’autant plus marquée dans le cas des PME agricoles. Les
investisseurs institutionnels africains sont tenus par la loi d’investir
la majorité de leurs capitaux dans des actions cotées : pour les fonds
de pension, quand il n’est pas interdit, l’investissement en titres non
cotés représente en général moins de 5 % du portefeuille global tandis
que les investisseurs étrangers privilégient, quant à eux, des actions
cotées.
Les sociétés de capital-investissement : une solution au problème ?
Fortes d’un modèle éprouvé, adapté à l’investissement dans des PME
classiques en vue de rendements ciblés, les sociétés de
capital-investissement ont déjà commencé à s’attaquer à ces obstacles à
travers les fonds qu’elles gèrent. D’une part, elles sont spécifiquement
structurées en vue d’offrir du capital à long terme. D’autre part, en
tant que spécialistes du secteur, elles sont mieux placées pour évaluer
et sélectionner les projets en fonction de leur potentiel économique.
Aussi, les gestionnaires de fonds ont généralement intérêt à assurer
la pérennité à long-terme de l’entreprise. Ils peuvent ainsi investir
des ressources importantes dans l’amélioration des capacités
managériales, l’élaboration de conseils stratégiques et l’amélioration
de la gouvernance d’entreprise.
Enfin, certains gestionnaires de fonds cherchent aussi à déployer une
action sociale à travers la création d’emplois, l’amélioration de la
productivité agricole et la mise en réseau des agriculteurs ruraux avec
les marchés.
Cette tribune est adaptée du témoignage de Jerry Parkes, publié par Secteur Privé & développement,
le blog de Proparco, filiale de l’Agence française de développement. Il
est repris ici avec l’autorisation expresse de SP&D dans le cadre
d’un partenariat avec Jeune Afrique. Retrouvez sur le site de SP&D d’autres retours
d’expériences d’opérateurs du secteur privé sur leurs solutions aux
problématiques auxquelles ils sont confrontés dans les pays en
développement.
Secteur public et privé
Faire bénéficier des PME agricoles d’une disponibilité accrue du
capital et de mesures d’assistance technique contribuerait à accélérer
le développement du secteur agro-industriel africain, indispensable si
l’on souhaite que le continent puisse nourrir une population en
augmentation et contribue à satisfaire la demande mondiale croissante de
denrées alimentaires.
Par ailleurs, et du point de vue du capital-investissement, une
approche consistant à cibler les PME agricoles et à renforcer les
partenariats stratégiques entre le secteur privé, les ONG et quasi-ONG
et le secteur public insufflera une dynamique importante pour le
développement du secteur agricole en Afrique de l’Ouest.
Des fonds spécialisés, présents en nombre restreint mais croissant,
sont prêts à faire œuvre pionnière en tant que partenaires de
développement, trouvant le juste équilibre entre rendement financier et
développement à long terme de l’agriculture africaine.
http://www.jeuneafrique.com/247216/economie/agriculture-africaine-quel-role-pour-le-capital-investissement/

