On a souvent l’habitude de vous dire ici que les choses de
Mbeng* sont compliquées mais beaucoup ne le croit pas. La qualité
d’histoire que chacun vit de son coté là, c’est lui seul qui comprend sa tête sur ça.
Ce
n’est pas facile, même un peu ; tu ne t’en rends pas compte mais tu
constates seulement la situation quand elle est déjà là. Il n y a qu’en
Mbeng qu’on trouve des enfants avec même cinq pères différents. Cela
semble utopique nessa* ? Je vous explique.
Voilà une nga* qui vit au Mboa* tranquille. Elle n’a pas
fait de longues études, mais elle a son petit commerce au quartier qui
l’aide à subvenir à ses besoins et à aider sa famille quand elle peut.
Ça marche plutôt bien pour elle, car c’est une battante. Elle envisage
de voyager pour l’Europe, elle veut devenir mbenguiste comme beaucoup.
Pour ce projet, elle met de l’argent de côté depuis longtemps en
attendant d’avoir un tuyau. Elle a aussi des amis en France qui la
soutiennent pour ce projet. Après des mois de préparation, elle réussit
enfin à traverser. La voici donc à Pago*. Malheureusement, tout ne s’est
pas déroulé comme elle le prévoyait car elle est enceinte … C’est là
que l’histoire des pères commence !
Premier père : le Géniteur. Au pays, elle
sortait avec un djo* et ils s’entendaient bien. Le hic, c’est qu’il
était marié. Elle ne pouvait donc pas se projeter dans l’avenir avec
lui. Mais sans le vouloir, elle est tombée enceinte, de surcroît juste
avant son voyage pour Mbeng. Elle est contre l’avortement et le père ne
veut pas s’en occuper prétextant qu’il est marié. Voilà le premier ndem*.
Deuxième père : l’officiel. Après quelques
temps à Pago, elle se retrouve dans une mauvaise situation : plus de
kaolo*, sans travail et mère d’un enfant. Sur le conseil de ses amies,
elle commence à chercher un djo french* comme ça il pourra reconnaître
son muna*. Vous-même vous savez comment ça se passe, elle tchoko et
l’enfant est reconnu ; il devient french. Sur son acte de naissance il
porte comme nom du père celui du djo qui l’a reconnu. Voilà le deuxième ndem.
Troisième père : Le concubin. Maintenant
comme son enfant est french, elle a les papiers aussi – mais pas la nat’
hein. Entre temps, il y a un Italien là qu’elle a rencontré à une fête
et depuis ils se fréquentent – elle aussi veut goutter au chocolat blanc
noon, vous pensez que quoi ? – Quelques temps après s’être mis
ensemble, la voilà enceinte du gars. Seul bémol, son bel Italien ne veut
pas s’engager sur le long terme car sa famille n’est pas d’accord, ils
ne veulent pas de fille noire. La relation finit par capoter et elle se
retrouve seule avec deux enfants et trois pères. C’est le troisème ndem.
Quatrième père : l’époux. Fatiguée des
échecs sentimentaux avec les Whites, elle décide de se remettre avec un
gars d’origine kamer. Ça tombe bien, il y a un monsieur qui la courtise
depuis peu et est prêt à l’accepter avec ses deux enfants, lui aussi en a
déjà deux. Elle le trouve plutôt bien et responsable, le courant passe à
merveille, il a une bonne situation ; toutes les conditions sont
réunies pour le parfait amour. La voilà de nouveau dans une relation qui
aboutira cette fois au mariage.
Pour récapituler un peu :
- Son premier enfant est noir, a la nationalité french, et a quatre pères différents dans sa vie.
- Son deuxième enfant est métis, a la nationalité italienne, et a deux pères différents dans sa vie.
- Elle-même la mère à la nationalité Kamer, un titre de séjour french, deux enfants (un noir et un métis), puis les deux autres enfants de son nouveau conjoint.
- Les quatre pères défileront chez elle toute sa vie.
- Les quatre enfants auront deux mères.
Avec tout ça, vous confirmez avec moi que la vie n’est pas
facile, surtout en Mbeng. Voilà alors comment un enfant peut avoir
facilement quatre pères et deux mères différentes sans lui-même savoir
par quelle magie c’est arrivé.
L’une des conséquences de tout ça est qu’au final l’enfant
est embrouillé, il ne sait plus qui est qui et cela peut entraîner un
déséquilibre. Ils vont poser des questions auxquelles il faudra
répondre. Il ira même jusqu’à se demander si sa mère l’aime vraiment ou
s’il n’est pas juste une source de kaolo à ses yeux.
Tout ça est compliqué n’est ce pas ? En tout cas, les
enfants qui ont été reconnus là, sachez que vous faites parti du
patrimoine de votre père officiel. Donc s’il meurt là, ça sera une
occasion de récupérer ce que votre mère a investi pour votre nat’ ie.
l’héritage. D’autre part, pardon mes soeurs, pensons à ces enfants qui
n’ont rien demandé et à leur avenir qu’on compromet juste pour les
kaolos.
Lexique
Know : connaitre ; Mbeng : Europe, Usa
Muna : Enfant ; Kaolo: papiers
wanda : etonner ; ask : demander
mboa : bled ; Do : argent
Nessa : N’est ce pas ; Nga : Fille
Djo : Gars ; Kako : Affaire
Lep : Laisser ; Pago : France
Ndem : Malchance ; French: Français
Kamer : Camerounais ; White : Blanc
Know : connaitre ; Mbeng : Europe, Usa
Muna : Enfant ; Kaolo: papiers
wanda : etonner ; ask : demander
mboa : bled ; Do : argent
Nessa : N’est ce pas ; Nga : Fille
Djo : Gars ; Kako : Affaire
Lep : Laisser ; Pago : France
Ndem : Malchance ; French: Français
Kamer : Camerounais ; White : Blanc
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