Dans une interview diffusée dimanche sur BBC Afrique, le bassiste
d’origine camerounaise a de nouveau évoqué sa relation tendue avec les
autorités de Yaoundé. Il réitère son désir de voir la loi sur la double
nationalité appliquée dans toute sa rigueur.
Richard Bona n’en démord pas. En tout cas, pas lorsqu’il faut parler
de l’application par le Cameroun de la loi sur la nationalité. Le
bassiste d’origine camerounaise s’est de nouveau épanché sur le sujet à
l’occasion d’un passage sur les antennes de la radio internationale BBC
Afrique. Dans un programme diffusé le 12 juin 2016, le brillant
guitariste clame toujours qu’il aimerait que la double nationalité soit
appliquée sans discrimination.
«Qu’on applique les lois à tout le monde ou sinon on doit changer
la loi et, moi, je pourrai me taire aussi et faire comme tout le monde.
Qu’on respecte simplement nos lois déjà nous-mêmes. Comment est-ce
qu’on ne respecte pas nos lois ? Qu’on applique la loi à tout le monde»,
exige-t-il en rappelant qu’il s’est mis à faire cette revendication
pour avoir vu un jour un ministre camerounais ne pas se faire exiger un
visa alors qu’il avait présenté passeport pendant que lui se voyait
forcer de «prendre un visa». Bona pense que si on ne peut pas
appliquer la loi à tout le monde qu’on change. Il ne veut même pas qu’on
arrange sa situation à lui seul.
Sur le sujet de la décoration qu’il a refusée l’an passé, le musicien explique qu’elle n’a pas été faite «dans les normes». Il ressasse la tentative de corruption dont il aurait été victime à l’occasion.
«Que je me fasse appeler de la chancellerie et qu’on me dise: «il
faut faire avancer votre dossier de décoration. Je vous ai demandé de
me décorer ? Il faut arrêter ces vieilles pratiques de m… Je n’ai pas
besoin de décoration. Je suis déjà décoré dans mon cœur, dans le monde, à
travers les fans», lâche-t-il, criant qu’il n’aime pas la magouille.
«Ce sont de vieilles manières. Certaines gens au pays ont du mal à s’en débarrasser». À ceux qui l’ont mis au ban de la société au motif qu’il a «vomi le Cameroun», Bona rétorque qu’il n’a jamais renié sa racine et jure qu’ils n’arriveront jamais à le couper du Cameroun. «Ils
ne peuvent pas me mettre à l’écart. Je suis un Nyaramwa, je suis né à
Minta, mon arrière grand-père a chassé à Kou, on a pêché à Ngonglé, on a
pêché à Kéré. Et mes enfants pêcheront dans cette rivière».
Bona dit parler au nom du peuple camerounais. Il n’est pas loin de se présenter comme son Messie. «Je
suis la voix du peuple, la vraie voix du peuple. Je parle pour le
peuple », je n’appartiens à aucun parti. Je ne fais pas de politique. Je
n’aime pas l’injustice. Je me suis élevé parce que j’ai vu une
incohérence au niveau de la loi». Il promet de continuer à dénoncer ce qui est mal fait au Cameroun sans crainte, parce qu’étant «un électron libre».
Bona, qui présentait son dernier album «Héritage» aux auditeurs de
BBC Afrique, parle aussi de l’hommage à Monique Koumateke, cette femme
enceinte de jumeaux qui est morte au seuil de l’hôpital Laquintinie, à
Douala faute de soins appropriés. «Si cette dame arrivait à l’hôpital avec 200 000 francs CFA on se serait bien occupé d’elle». La chanson que Richard Bona lui consacre est intitulée «Essewe Ya Monique». Il figure en 6e position dans l’album. Le musicien a écrit ce titre alors qu’il avait déjà bouclé sa dernière œuvre.
© Robert Ndonkou | Cameroon-Info.Net

