Au cours d’un point de presse ce mardi 12 juillet à Yaoundé,
le ministre de la Justice a annoncé que malgré la libération de
l’avocate franco-camerounaise suite à une grâce présidentielle à elle
accordée, ses biens resteront confisqués et génèreront des dommages et
intérêts qu’elle doit au Cameroun après sa condamnation en 2014. Un
énorme scandale au regard de la forfaiture judiciaire dont Me Lydienne
Eyoum a été victime juste pour avoir fait son travail et rien que son
travail : exécuter une décision de justice.
Le jusqu’au-boutisme d’un cynisme d’Etat. Rien à voir avec le titre
d’un ouvrage ou d’un film. Mais l’on ne peut s’empêcher d’intituler
ainsi la tragi-comédie tournée ce mardi 12 juillet 2016 par le ministre
de la Justice à la salle des conférences de son département ministériel.
Au sujet de la suite à réserver aux biens confisqués de Me Lydienne
Eyoum après sa libération, Laurent Esso a semblé dire qu’ils permettront
à l’Etat de rentrer dans les dommages et intérêts ainsi que les frais
de justice dont l’avocate franco-camerounaise reste redevable à l’Etat
après sa condamnation à 25 ans de prison le 26 septembre 2014. Autrement
dit, ces biens pourront être vendus aux enchères.
On le voit, l’Etat du Cameroun, monstre froid devant l’Eternel, ne
s’embarrasse point de scrupules ni de sa peau de voyou impénitent. Au
lieu, comme l’a recommandé le groupe de travail de l’ONU sur la
détention arbitraire en juin 2015, de rétablir Me Lydienne Eyoum dans
son honneur bafoué par une condamnation inique à l’issue de 6 ans d’un
simulacre de procédure judiciaire où toutes les règles minimales d’un
procès juste, impartial et équitable ont été piétinées ou ignorées, au
lieu de lui verser des dédommagements ainsi que le recommande cet avis
onusien, l’Etat du Cameroun continue de lui réclamer un argent « volé »
on ne sait trop comment.
Le
ministre de la Justice, Laurent Esso (au milieu), son ministre délégué,
Jean Pierre Fogui (à droite) et le ministre de la Communication, Issa
Tchiroma (à gauche)
1,077 milliards de F CFA
Au lieu de lui verser ses arriérés d’honoraires de 4.981.406.362(Voir
balance des comptes et règlement d’honoraires du 1er Août 2013) qu’il
doit à l’avocate relativement à d’autres affaires dans lesquelles elle
l’a assisté, l’Etat du Cameroun continue de courir après des deniers
prétendument détournés par Me Eyoum. Sur le plan juridique, il est vrai,
Me Lydienne Eyoum, après avoir bénéficié de la grâce présidentielle
reste condamnée tout au moins sur le plan civil. En d’autres termes,
elle reste redevable à l’Etat de la somme qu’elle est accusée d’avoir
détournée. Cependant, la réalité de ce qu’il est convenu d’appeler
« l’affaire Me Lydienne Eyoum » est tout autre.
Comment Me Eyoum peut payer des dommages et intérêts à un Etat (son
client) qui n’en a jamais subi ? Comment les biens de l’avocate doivent
rester sous scellés alors que l’Etat du Cameroun dont le ministère des
Finances n’a jamais porté plainte contre elle ni devant le Conseil de
l’Ordre des avocats, ni devant un tribunal pénal ? Comment peut-on lui
demander de restituer la somme querellée de 1,077 milliards de F CFA qui
lui ont été conférés en décembre 2004 par une décision de justice
rendue par un juge de l’exécution aux titres de frais de 5 ans de
procédure en tant qu’avocate distractionnaire de ces fonds ?
SGBC
Il n’échappe à personne de bonne foi que Me Lydienne Eyoum ne doit
rien à l’Etat du Cameroun. C’est plutôt cette avocate
franco-camerounaise qui est en droit d’exiger des réparations à l’Etat
du Cameroun pour avoir vu 6 ans de sa vie gâchée et sa carrière
d’avocate volée en éclats. Cet Etat-là (le vrai)-tout comme Lydienne
Eyoum d’ailleurs- a été sacrifié par certains hauts responsables
camerounais sur l’autel des intérêts d’une banque française (la SGBC)
qui a fait des institutions républicaines un paillasson.
Il s’agit de Paul Biya qui a marqué son accord pour l’arrestation de
Me Eyoum le 29 décembre 2009, de Laurent Esso et d’Amadou Ali qui ont
donné des instructions aux magistrats pour le déclenchement de l’action
publique et d’Akame Mfoumou qui a ouvert le boulevard des poursuites
pénales contre l’avocate en dealant secrètement avec la SGBC en avril
2001 de manière à rendre nul et de nul effet tous les actes qu’elle a
posé par la suite. C’est à ces hauts commis de l’Etat de rendre justice à
Me Lydienne Eyoum. La vraie justice.
Michel Biem Tong
hurinews.com

