Kinshasa, Goma, Bukavu, Kisangani. Le Front citoyen a organisé le 8 juillet des conférences de presse dans plusieurs grandes
villes
de la République démocratique du Congo. Sur les banderoles affichées,
un
ultimatum : la Commission électorale nationale indépendante (CENI)
est appelée à
convoquer la présidentielle le 19 septembre, afin que le scrutin puisse
être organisé le 27 novembre, comme prévu par le calendrier initial.
A Kisangani, dans le nord-est du pays, la rencontre avec la presse a
tourné court. L’ANR, l’Agence nationale de renseignement, a arrêté l’un
des cadres locaux du Front, Jean de Dieu Kilima, menacé des journalistes
et aurait arrêté le propriétaire de l’hôtel ayant abrité la conférence.
La Mission de l’ONU (Monusco) et des ONG suivent le dossier du
militant, qui restait détenu en début de soirée.
L’article 64 de la constitution
Malgré cet incident, le Front, plateforme de partis d’opposition et
d’organisations de la société civile, reste ferme. Si la CENI faillit,
« nous allons mobiliser la population pour qu’elle sache faire valoir ses droits selon l’article 64 de la constitution », lâche Carbone Beni, représentant à Kinshasa du Front citoyen.
« La population est prête à se prendre en charge pacifiquement, et dans la non-violence. »
L’article 64 stipule que
« tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation »
de la constitution. La menace est régulièrement brandie par
l’opposition face au « glissement » du calendrier organisé par le
pouvoir, pour
tenter d’obtenir l’élection dans les temps, et sans le président Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001 et qui ne peut
briguer un troisième mandat.
Le scrutin est fortement compromis : le processus électoral souffre
de multiples retards, les fonds manquent, le dialogue pour des élections
« apaisées » et « crédibles » convoquées en novembre par Joseph Kabila
n’a pas débuté. Jugeant le report acquis, des cadres du pouvoir plaident
pour que Joseph Kabila assure une transition, quand d’autres veulent un
référendum pour lui
permettre de
rester en place.
Interrogé sur la date butoir fixée à la CENI, André Atundu, porte-parole de la Majorité présidentielle, exprime des regrets.
« Eux sont habitués des ultimatums. C’est dommage que nous ne puissions pas compter sur ce groupe de jeunes, qui pousse inutilement la population en erreur en évoquant l’article 64 ». Il souligne par ailleurs que
« toute tentative de renversement du régime constitutionnel » est passible de sanctions.
Climat crispé
« Pour mettre tout le monde d’accord », André Atundu appelle les contestataires à
saisir les institutions ou à
participer au dialogue. Peine perdue : le Front prépare sa nouvelle campagne nationale « citoyenne » et « pacifique » (tracts,
réseaux sociaux, porte à porte…) visant à
vulgariser les « articles clés » de la constitution, espérant que le peuple
« se prendra en charge » en cas de manifestations, explique Carbone Beni.
Le tout, dans un
climat de plus en plus crispé. La communauté internationale multiplie les pressions pour que la RDC connaisse sa première
alternance démocratique depuis son indépendance de la
Belgique, le 30 juin 1960. Les Etats-Unis ont commencé à
imposer des sanctions individuelles. Au grand dam de Kinshasa, qui dénonce des
« ingérences avilissantes et inacceptables ».