Le groupe chinois multiplie les opérations séduction envers les
dirigeants africains. Et a convié de hauts responsables de 40 pays à
Pékin pour leur vendre son expertise dans le domaine de la TNT.
Reportage.
Inconnu en Chine, son groupe – fort d’une trentaine de chaînes en
propre et de plus de 30 000 heures de programmes – veut accentuer sa
présence sur le continent. StarTimes est opérationnel dans 16 pays du
continent, mais possède des bureaux dans 34 pays. Pour fin septembre, le
groupe prépare le lancement simultané de ses bouquets de chaînes de
télévision par satellite en Côte d’Ivoire et au Cameroun.
StarTimes face au succès de la TNT en Afrique
D’après une étude britannique sur la TNT, on comptera 26,65 millions
d’abonnés à la télévision payante au sud du Sahara en 2020, contre
11 millions fin 2013. Sur cette même période, les revenus de cette
dernière passeront de 3,17 à 5,35 milliards de dollars (de 2,3 à
4,8 milliards d’euros environ).
Un créneau porteur sur lequel l’ogre chinois – qui revendique déjà
8 millions d’abonnés et environ 2,5 milliards de dollars de contrats
signés pour conduire la migration de l’analogique au numérique dans une
dizaine de pays – veut s’imposer. Mais il devra compter avec la
concurrence des français Canal+, Thomson et Sagecom ou de l’américain
Arris Group.
Pour se démarquer dans le domaine de la migration vers la TNT,
StarTimes propose aux États une solution globale qui intègre le
financement et les infrastructures.
De nombreux partenariats vers le public
En cette fin du mois de juin, StarTimes avait d’ailleurs à ses côtés
ses partenaires du Fonds de développement et de la coopération
sino-africaine, de la banque d’export-import Eximbank ou encore de la
Banque de Chine pour permettre aux Africains présents d’échanger
directement avec ceux-ci.
Car StarTimes, bien qu’étant un groupe privé, est accompagné dans
tous ses projets par ces institutions financières publiques qui peuvent
prêter aux gouvernements africains à des taux de 2 % sur vingt ans.
Pour le groupe chinois, la Côte d’Ivoire, marché traditionnel de
Canal+, sera un test grandeur nature. En plus des bouquets de chaînes
par satellite, StarTimes y prépare une offre pour le basculement vers la
TNT, un marché d’environ 58 milliards de F CFA (88,4 millions d’euros),
selon le gouvernement ivoirien.
Sport et prix attractifs
Au siège, imposant et flambant neuf, construit sur plus de 32 000 m2
et situé dans la même zone économique de Pékin, les équipes s’affirment
motivées par ce challenge ivoirien, sans donner plus de détails. Les
services marketing disent affiner les produits destinés aux marchés du
continent, avec un modèle axé sur une offre de décodeurs à prix
subventionné ne dépassant pas les 10 dollars pour les propriétaires de
postes de télévision.
Elle sera accompagnée d’un bouquet de 30 chaînes, y compris locales,
pour 2 à 3 dollars mensuels. Les programmes de radio et de télévision,
analogiques et numériques, payants et cryptés aussi bien que gratuits et
en clair, seront diffusés en direct par un satellite.
StarTimes, qui mise aussi sur le sport pour gagner des parts de
marché, a choisi comme ambassadeur l’ex-footballeur international
nigérian Nwankwo Kanu.
Le groupe chinois aux sept chaînes sportives détient l’exclusivité
sur le continent et pour cinq ans de la diffusion de la Bundesliga
(championnat allemand de première division) et du Championnat
international des clubs, et a obtenu les droits pour diffuser la Ligue 1
française, la Série A italienne et la Super League chinoise pour trois
années consécutives au sud du Sahara, y compris en Afrique du Sud et au
Nigeria.
« Les Africains pourront désormais suivre leurs stars du football qui
évoluent en Chine comme l’Ivoirien Gervinho, le Sénégalais Demba Bâ ou
le Camerounais Stéphane Mbia », affirme William Masy, le directeur des
relations publiques à l’international de StarTimes.
Monopole
Si les trois quarts des 4 000 salariés du groupe sont africains et
installés sur le continent, notamment au Kenya, le quartier général de
Pékin n’en dénombre qu’une cinquantaine. Ils travaillent dans les
départements de l’ingénierie et du marketing ou dans le développement de
contenus numériques en direction du continent. Le siège de StarTimes
est un véritable laboratoire où se concocte la politique de
développement en Afrique.
Le groupe y compte treize studios d’enregistrement d’émissions et un
grand plateau qui n’a rien à envier à ceux des grandes chaînes
occidentales. Un institut de recherche installé en son cœur planche sur
des technologies innovantes pour les marchés africains telles que des
smartTV (télévision intelligente) et des smartphones à bas prix.
Accusé par ses rivaux de vouloir s’assurer le monopole de la TNT en
Afrique via des contrats aux clauses lui permettant de contrôler tout
l’audiovisuel des pays où il est implanté, le groupe s’en défend et
dénonce des concurrents peu fair-play.
Jeune Afrique

