Le ton monte à Harare : dénonçant la corruption quotidienne, un mouvement
citoyen lancé sur les réseaux sociaux prend de l’ampleur. Peut-être le
début de la fin pour le président vieillissant…
En cet hiver austral, un vent de fraîcheur souffle sur le Zimbabwe.
Son vieux président, Robert Mugabe, doit faire face ces dernières
semaines à une contestation multiforme
rappelant le mouvement citoyen qui a balayé Blaise Compaoré au Burkina
Faso en 2014. Le 6 juillet, les principales villes du pays se sont
vidées de leurs travailleurs, comme cela n’était pas arrivé depuis plus
d’une décennie, à l’appel d’un pasteur jusque-là largement inconnu du grand public : Evan Mawarire.
Drapeau zimbabwéen noué autour du cou, ce dernier a diffusé plusieurs
messages hostiles au pouvoir sur les réseaux sociaux, avec le slogan
This Flag (« ce drapeau »), jusqu’à son arrestation puis son inculpation
pour « subversion », le 13 juillet. Son deuxième appel à manifester, le
même jour, a eu moins de succès.
Une grogne sociale aux allures de révolution
Mais les raisons de la colère sont toujours là : elles tiennent
surtout aux traditionnelles difficultés économiques du pays. Boudé par
les investisseurs et les bailleurs de fonds, le Zimbabwe a bien du mal à
attirer et à retenir les indispensables dollars américains, la monnaie
nationale ayant été abandonnée en 2009.
Depuis la réélection de Mugabe, en 2013 – ce qui a mis fin à l’accord de partage du pouvoir avec son principal opposant, Morgan Tsvangirai
–, la situation s’est détériorée, d’autant que le pays subit une
importante sécheresse. Conséquence : le gouvernement a dû prendre des
mesures très impopulaires, comme le blocage de certains produits
d’importation bon marché d’Afrique du Sud ou le report du règlement des
fonctionnaires.
La peur recule et la parole des Zimbabwéens semble se libérer
Les contestataires pointent notamment le train de vie dispendieux des dirigeants
ainsi que la corruption quotidienne constatée aux nombreux barrages de
police. En première ligne, on ne trouve plus les partis d’opposition,
mais des groupes sans liens directs avec ces derniers, et qui s’appuient
largement sur les réseaux sociaux.
Phénomène plus difficile à mesurer mais potentiellement lourd de
conséquences : la peur recule et la parole des Zimbabwéens semble se
libérer. À 92 ans, Mugabe est moins craint qu’auparavant. L’atmosphère
de fin de règne qui l’entoure et les divisions du pouvoir à propos d’une
succession qui se rapproche inéluctablement ont de quoi donner quelques
espoirs à ses nouveaux opposants.
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