Comment et pourquoi un continent longtemps réduit à être à la fois l’arrière-cour politique et le relais de croissance économique des puissances du monde devient graduellement l’épicentre de
toutes les attentions commerciales et intentions de développement international ?
Plus de cinq décennies après des indépendances qu’il n’est point
exagéré de qualifier d’autonomies circonstanciées et de forme, l’Afrique
suscite aujourd’hui un intérêt gourmand voire avide en termes
d’investissements internationaux et d’attractivité pour le business
mondial. Aujourd’hui, la capacité pour les pays africains, dans leur
spécificité et globalité, réside dans l’émergence d’une génération
décomplexée, habituée aux dynamiques de confrontation internationale en
matière de gouvernance politique et économique. Ces Africains nouvelle
tendance est suffisamment renseignée sur les circuits de décision
internationaux et travaille à une intégration outillée du continent dans
l’arène mondiale pour faire face aux enjeux de compétitivité
internationale.
A l’ère de la mondialisation débridée, soumise à de multiples crises
économiques, bouleversements politiques et réorientation du système et
des valeurs de coopération entre les Etats, l’Afrique apparaît comme
l’Eldorado de la croissance mondiale et le biotope des nouvelles
énergies du monde à l’horizon 2050.
Cette nouvelle donne économique et géopolitique s’exercera t-elle au détriment du continent ?
Faire mentir l’histoire
Pour envisager sereinement l’avenir, convoquer le passé n’est pas une
attitude de régression mais de compréhension des piliers qui ont permis
d’implanter durablement des schémas politiques, économiques, sociaux et
culturels en Afrique. La Conférence de Berlin de 1885 initiée par les
conquérants coloniaux sous la houlette du Chancelier Bismarck consacrait
le partage de l’Afrique et la mainmise impérialiste sur ces ressources
considérées à l’époque comme démesurément illimitées. Cet acte fondateur
de la ruée vers l’Afrique, prélude à la colonisation, donnait le signal
d’un « gâteau africain » découpé en territoires physiques et
géographiques mais aussi en viviers économiques et de rentes pour les
puissances occidentales. La suite ne fut qu’une succession de « prises
d’intérêt économique et de ressources vitales » à sens unique, asséchant
le continent africain, souvent avec la complicité d’acteurs locaux
habilités à jouer les auxiliaires de liaison entre le Nord et le Sud.
130 ans plus tard, l’Afrique est toujours au centre de toutes les
attentions vues du Nord et même de l’Orient. La Chine complète le
tableau des puissances classiques en quête de vitalité économique. Se
joue depuis deux décennies au moins en Afrique une guerre économique
avec des outils de concurrence féroce entre globalement la France, les
Etats-Unis, les Anglais d’un côté et les Chinois qui, forts de leurs
longs compagnonnages tiers-mondistes avec l’Afrique, souhaitent
durablement s’installer en maîtres dans les secteurs stratégiques sur le
continent. Ils ne sont pas les seuls mais restent sur les lignes de
front les acteurs prédominants sur l’espace économique et politique
africain.
Après la Conférence de Berlin, la colonisation, les indépendances, la
guerre froide, et la néo-colonisation et maintenant le cycle nouveau des
régimes « post- Chute du Mur de Berlin », que propose l’Afrique pour
les Africains et au monde ?
A cet effet, la nouvelle génération d’Africains aguerrie aux mutations
géopolitiques dispose d’un avantage imparable : une grande capacité
d’adaptation aux transformations et changements culturels du monde d’une
part et d’autre part la position ambitieuse d’acteurs et
« influenceurs » de nouveaux modèles qu’ils soient économiques et
politiques. Le changement de paradigme tient en un axiome : l’Africain
des années 2000 fait précéder la vision pragmatique d’un continent
émergent, avançant avec ses failles et ses attributs de satisfaction, avant la réalité hypothétique d’une Afrique forte à l’essor économique insolent et à la stabilité politique incontournable.
De quoi l’Afrique est-elle le nom ?
Le continent est aujourd’hui celui des progrès divers et variés sur
l’éducation, la santé, l’agriculture, les technologies. A l’horizon
2050, sa démographie sera la plus importante au monde. Actuellement
forte d’un peu plus du milliard d’habitants, elle sera la terre d’un
habitant sur quatre dans le monde dans trente ans. De fait, c’est le
territoire de toutes les consommations et donc des besoins et
opportunités. Corrélativement, le continent est celui des ressources :
une jeunesse de plus en plus qualifiée en quête de destin collectif, un
patrimoine naturel riche en forêts, mers et terres arables et des
atteintes climatiques amoindries par un environnement encore vert et
préservé. Pour exemple, le deuxième poumon vert du monde après
l’Amazonie est au cœur de l’Afrique.
Ces différentes implications placent l’Afrique, pour les puissances
internationales et multinationales, comme la terre de tous les attraits
car un accès à plus d’un milliard de consommateurs est à la fois source
de croissance économique, d’impact culturel et rayonnement international
et d’influence politique et géopolitique.
Ainsi, ce continent devenu fortement compétitif apparait de fait comme
le champ de bataille économique et politique du monde. Il y a lieu de
s’interroger sur les retours de croissance pour l’Afrique elle-même. Le
postulat d’une Afrique imprégnée dans la guerre économique et les luttes
d’influence, loin d’être démontré, est suffisamment intéressant à
analyser comme un nouveau facteur du bouillonnement des relations
internationales. Le développement du continent, encore inégalement
réparti, déséquilibré du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, malgré des
ressources enviées, souffre aujourd’hui de la démonstration objective
d’une conscience politique et continentale affirmée.
Au-delà du romantisme sur l’afro-optimisme, l’émergence en action
Il n’est pas un jour où des professeurs de foi, débordants
d’enthousiasme invitent à croire en l’Afrique-Lumière, celle sortie
miraculeusement de ses ténèbres séculaires par la seule magie du vœu. Le
progrès économique, le salut social, la stabilité politique ne peuvent
être réduits à des incantations bienheureuses. Aujourd’hui, les
référentiels sur les lendemains qui chantent de l’Afrique ne sont pas
différents de ceux qui ont été à l’origine de l’émergence de la Chine,
du Brésil, de la Turquie, de la Corée du Sud, de la Malaisie, et que
savons-nous encore ?
Concrètement, l’Afrique ne peut s’analyser comme un bloc émergent,
sujet aux aléas d’une éventuelle récession économique, d’une crise
politique, d’un conflit géopolitique. Il existe plusieurs Afrique(s). Le
Rwanda, le Maroc, dans une moindre mesure le Nigéria ou l’Afrique du
Sud représentent aujourd’hui des points de satisfaction avec la
précaution admise mais non souhaitée d’une rechute.
Ainsi pour garder le cap et demeurer compétitif sur les marchés
internationaux, les pays africains pris spécifiquement ou dans leur
globalité doivent répondre à un ensemble structurant de critères
non-exhaustifs mais qui permettant d’établir un climat de confiance pour
le monde des affaires. L’existence d’infrastructures routières et
maritimes (autoroutes, lignes ferroviaires et fluviales) et de
circulation des biens et personnes (aéroports, ports), des conditions
politiques stables et la sécurité, une main d’œuvre qualifiée et des
cadres techniques de haut-niveau, la réduction de la corruption, des
systèmes de santé et académiques adéquats, des capacités d’accueil et
d’hébergement aux standards internationaux sont quelques préoccupations
pour tous ceux qui souhaitent investir et travailler en Afrique. Un pays
doté de structures bancaires et d’assurances sécurisées, de circuits
administratifs et institutionnels fluides et dynamiques est rassurant.
Le Maroc est l’exemple le plus abouti qui cumule tous ces points ; ce
qui en fait aujourd’hui un leader en Afrique et une porte d’entrée vers
l’Afrique subsaharienne.
De fait, il est très important que les pays africains soient
accompagnés, dans le cadre de l’élaboration de leurs politiques
publiques et économiques, de concepteurs d’outils méthodologiques et
adaptés au contexte administratif et culturel sur le développement de
stratégie internationale et de promotion d’investissements extérieurs.
L’urgence de cellules d’expertise géopolitique, de veille et
d’intelligence économique dans les administrations publiques et chambres
de commerce, les ministères des finances, du commerce, du tourisme, des
affaires étrangères, dans les ambassades demeure un impératif.
Intégration africaine, paix et croissance durable
La nouvelle génération d’Africains est consciente que ces enjeux de
développement doivent prédominer tout débat d’émergence et créer les
conditions d’un partenariat entre le monde et l’Afrique où la croissance
est partagée de façon équitable. La seule obsession qui vaille le
déploiement de toutes les énergies de Rabat à Pretoria ou encore de
Brazzaville à Harare n’est pas de rattraper un quelconque retard
économique sur d’autres blocs de la planète, mais de dessiner les
passerelles qui mènent à une intégration économique inclusive. Cela
implique aussi pour les 54 Etats l’urgence d’aboutir en définitive à une
véritable Union Africaine qui disposera de moyens et ressources
politiques afin de s’imposer dans cette insaisissable compétition
internationale. Modernisation des procédures administratives et
nationales, professionnalisation des formations et mobilisation des
ressources humaines vers le même objectif à la fois défensif et
offensif, diversification des partenariats et coopération sud-sud,
réelle intégration africaine économique et politique permettront
d’accéder à une légitime prétention, celle de faire face aux défis de ce
monde virevoltant en assurant durablement la croissance économique et
la paix.
Il y va de l’équilibre du continent et du monde.
Régis HOUNKPE
Source: terangaweb.com

