Le sulfureux homme d’affaires franco-libanais, mis en examen pour
une possible corruption en marge de la présidentielle de 1995, a choisi
de parler à Mediapart. Il explique comment, entre 2006 et 2007 il aurait
transporté 5 millions d’euros en liquide, du régime libyen au bureau même de Claude Guéant, alors directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy à l’Intérieur.
transporté 5 millions d’euros en liquide, du régime libyen au bureau même de Claude Guéant, alors directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy à l’Intérieur.
J’ai découvert des choses qui ne méritent plus d’êtres cachées”, explique Ziad Takieddine dans un entretien filmé par Mediapart
(recueilli le 18 octobre puis filmé le 12 novembre) et diffusé le 15
novembre 2016. Dans cette vidéo de 16 minutes, l’homme d’affaire
franco-libanais, explique qu’il souhaite “raconter exactement les faits de l’intérieur.”
A savoir, comment il aurait servi d’intermédiaire entre la France et la
Libye, entre 2006 et 2007, en transportant 5 millions d’euros, divisés
en 3 valises d’argent liquide, du régime libyen à la place Beauvau à
Paris, lorsque Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur.
Trois valises pour un montant total de 5 millions d’euros
Trois valises donc – deux de 1,5 million d’euros et une de 2 millions
– qui auraient transité d’Abdallah Senoussi, l’un des chefs des
services secrets libyens jusqu’au au bureau de Claude Guéant, alors
directeur de cabinet de M Sarkozy. La première valise ainsi transportée
remonterait à novembre 2006.
“Un jour, M. Senoussi me demande si je peux être celui qui transporte ces sommes à Claude Guéant, de l’intérieur. À ce moment-là, je dis ‘si c’est bon, c’est bon’. Mais comment faire rentrer ça en France? Il me dit : ‘Le ministère de l’Intérieur sera informé et donc tu rentres, il n’y a pas de problème’, explique M. Takieddine.
Arrivée en France, il se rend directement place Beauvau, sur
l’indication de Claude Guéant lui-même. Sur place, il entre directement
et se rend au bureau de M. Guéant.
‘Il sort de derrière son bureau. On parle un tout petit peu. Il voit où j’ai laissé la valise. Et voilà‘. Takieddine laisse la valise dans le bureau : “À côté de l’armoire là, je la laisse. À lui de se débrouiller. Je n’ai pas à savoir où il va la mettre…”
“La prochaine fois vous venez chez moi direct !”
Une deuxième transaction suivant le mode opératoire aurait eu lieu,
cette fois pour un montant qui avoisinerait les 2 millions d’euros. Mais
il y aurait eu un léger changement au moment de l’arrivée de M.
Takieddine à Beauvau :
“Je devais me diriger vers M. Guéant et là on me dit qu’il faut qu’on me dirige ailleurs. Et là je vois M. Guéant qui nous amène chez M. Sarkozy. Qui est dans un bureau. Donc je dépose la valise, le truc… Guéant le prend. Et je vois Sarkozy et il me dit : ‘La prochaine fois vous venez chez moi direct !’”
Lors de la troisième remise, qui aurait eu lieu en janvier 2007,
Takieddine affirme s’être rendu, avec en sa possession une valise qui
contiendrait 1,5 million d’euros, directement dans l’appartement privé
du ministre Sarkozy, à Beauvau. Les deux hommes ne parlent pas de la
valise, à aucun moment, mais évoquent le cas des infirmières bulgares
retenues en Libye.
“L’appétit financier” de Sarko
Cet enregistrement, accablant pour Nicolas Sarkozy arrive au pire
moment pour lui, à moins d’une semaine du premier tour de la primaire de
la droite et du centre en vue de la présidentielle de 2017. Pour
rappel, comme l’explique Mediapart, le 9 mai 2012, “Takieddine avait déjà déclaré aux juges ‘tout à fait crédibles’ les ‘informations
révélées par la presse au sujet du financement de la campagne de M.
Nicolas Sarkozy de 2007 à hauteur de 50 millions d’euros’. Un an
plus tard, le 18 décembre 2013, il avait expliqué sur procès-verbal qu’à
l’issue de la première visite de Nicolas Sarkozy, en 2005 à Tripoli,
Abdallah Senoussi lui avait fait part de l’appétit financier de Nicolas
Sarkozy dans la perspective de l’élection de 2007.” Le 20 septembre
2012, M. Senoussi, interrogé par la Cour pénale internationale avait
déjà raconté cette histoire aux éléments qui corroborent l’histoire de
M. Takieddine aujourd’hui.
Sollicité par Mediapart, Claude Guéant a affimé n’avoir “jamais
reçu d’espèces du gouvernement libyen, non plus de de quiconque d’autre
du reste. Je n’en ai pas davantage vu passer. Le prétendre est un
mensonger et diffamatoire.” L’entourage de M. Sarkozy n’a lui pas souhaité répondre.
Comme l’explique Mediapart
: “Les listings des déplacements de Ziad Takieddine, désormais entre
les mains de la justice, confirment ses nombreux allers et retours
Paris-Tripoli entre novembre 2006 et janvier 2007 : les 16-17 et 27
novembre 2006, le 6 décembre 2006, les 15 et 26-28 janvier 2007. Sous
réserve des vérifications que ne manqueront pas de faire les enquêteurs,
ces voyages rendent matériellement possibles les transferts de fonds
évoqués par Takieddine.
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