La création de la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme est une entourloupe périphérique qui ne saurait en aucun cas résoudre le problème de fond posé par nos
En attendant la mise sur pied du fédéralisme
qui est une forme achevée de la décentralisation, les problèmes
soulevés par nos compatriotes auraient pu trouver tout au moins un début
de solution dans l’application effective de tous les textes liés à la
décentralisation notamment la création des conseils régionaux qui, en
dehors des domaines de souveraineté tels que la sécurité aux frontières,
la monnaie, la sécurité extérieure, la diplomatie ainsi que les normes
nationales, ont compétence dans tous les domaines d’activités
économique, social, politique et culturel. Cette commission n’aura
visiblement aucun effet décrispant sur cette crise. Une communication
solennelle du Président de la République à cet effet aurait pu
constituer dès le déclenchement de la crise, un déclencheur apaisant à
l’endroit des protestataires. Plutôt que de créer cette commission dont
les rapports connaitront manifestement le même sort que les précédentes
qui ont été enterrées, il aurait dû organiser un débat national
inclusif après avoir reçu au cours d’une audience solennelle les
principaux leaders des partis politiques, de la société civile – la
vraie et non celle masquée derrière les officines du parti-Etat – et du
clergé dans son ensemble pour recueillir leurs points de vue sur la
situation. Malheureusement pour le pays, M. Biya, en disciple singulier
de Machiavel, n’a pas cru devoir se soumettre à ce rituel républicain.
Avec cette commission, M. Biya et ses collaborateurs seront une fois de
plus les seuls à définir l’orientation qu’ils voudront bien donner à
cette crise qui est pourtant tectonique avec un fort risque d’effet
domino. La fonctionnarisation de cette commission au niveau du personnel
participe en réalité de la volonté perpétuelle de distribuer les
prébendes au niveau de l’Etat centralisé.
Sur un tout autre plan,
la mise sur pied de cette commission en 2017 est la preuve de l’inertie
caractérisée et sédimentée au sommet de l’Etat. Si le Conseil des
ministres – haute instance de suivi, d’évaluation et d’arbitrage des
textes en préparation ou déjà adoptés – se tenait à une fréquence
régulière, on n’aurait pas eu besoin de créer cette commission
budgétivore.
Parlant du multiculturalisme qui fait partie des
missions assignées à cette commission, les conseils régionaux ont
compétence en matière de promotion des langues et des cultures
nationales. En matière de bilinguisme, la loi de 1998 d’orientation de
l’éducation prescrit entre autres la promotion du bilinguisme,
l’harmonisation des deux sous-systèmes tout en précisant dans l’une de
ses dispositions pertinentes que « Le système scolaire est organisé en
deux sous-systèmes, l’un anglophone, l’autre francophone, par lequel est
réaffirmée l’option nationale du biculturalisme ». Le problème
anglophone est connu. Il ne sert à rien de vouloir noyer le poisson.
Parler en ce moment précis du multiculturalisme – qui est de la
compétence des conseils régionaux – plutôt que du biculturalisme est
fortement révélateur de ce que le régime de M. Biya veut banaliser et
généraliser l’une des principales revendications de nos compatriotes
anglophones. Ce qui peut avoir pour effet de renforcer leur sentiment
d’assimilation par la communauté linguistique francophone. Encore que la
loi de 1998 sus-mentionnée indique pourtant que « les deux
sous-systèmes coexistent, chacun conservant sa spécificité en matière de
certification et d’évaluation ».
Pour ce qui concerne les 15
membres qui seront nommés, il ne faut s’attendre à rien. M. Biya nommera
15 membres directement ou indirectement alliés à son parti. Pourtant un
début de sérieux consisterait à ne pas nommer un membre qui a appartenu
ou qui appartient à un parti politique. Fidèle à sa conception
monarchique du pouvoir, il nommera malheureusement qui il veut. Il ne
lui viendra jamais à l’idée de nommer des personnalités reconnues pour
leur impartialité, leur intégrité, leur rectitude morale, leur
compétence et leur sens élevé du devoir. Il désignera en grande
majorité des personnes contrôlables, notamment ceux qu’il tient. Le
rapport de ladite commission ne sera jamais rendu public puisqu’il a
tenu à préciser que le rapport lui sera transmis. Ce qui revient à dire
que ce rapport sera éventuellement modifié suivant sa convenance et ses
intérêts.
Ceux qui croient en cette commission ou en la capacité
de M. Biya à effectuer sa mue après 35 ans de règne sans partage font
preuve de naïveté politique. Le progrès sous toutes ses formes ne se
fera pas avec le système actuel.
Hon. Joshua N. OSIH
Député de la Nation.
Député de la Nation.
(article paru dans le quotidien La Nouvelle Expression de ce vendredi 27/01/2017).

