Le FMI jure ne pas avoir agité l’option d’une dévaluation lors du sommet
de la Cemac, le 23 décembre. Pourtant, les États membres l’ont
officiellement rejetée.
Tout ce qui touche au franc CFA, à son ancrage et à sa parité avec
l’euro étant, par les temps qui courent, ultrasensible et invariablement
démenti, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, et le
conseiller Afrique de François Hollande, Thomas Melonio, sont tous deux
montés au créneau au cours de la semaine du 9 janvier pour « rectifier »
une information publiée par Jeune Afrique.
Le second l’a fait lors d’un briefing de presse consacré au sommet
Afrique-France de Bamako et la première par le biais d’un communiqué que
nous a adressé son directeur de la communication, Gerry Rice. En cause,
l’option d’une dévaluation du franc CFA d’Afrique centrale que
Mme Lagarde, appuyée par le ministre français de l’Économie et des
Finances, Michel Sapin, aurait agitée lors du sommet extraordinaire des
chefs d’État de la Cemac, le 23 décembre 2016 à Yaoundé.
Lors de cette rencontre, explique Gerry Rice, « le FMI a soutenu sans
équivoque que l’accord sur la monnaie commune, le franc CFA, constitue
un atout majeur pour la région, et que pour préserver son ancrage au
niveau actuel, il fallait une action rapide, commune et décisive. La
nette baisse des prix du pétrole ainsi que les défis sécuritaires ont
mis les pays de la Cemac à rude épreuve. Des mesures ont été prises pour
remédier à cette situation, mais elles se sont révélées insuffisantes.
C’est pour revigorer l’effort de réformes dans la région qu’a été
organisé ce sommet au cours duquel les chefs d’État de tous les pays de
la Cemac ont affirmé ensemble leur détermination à maîtriser les
problèmes économiques auxquels la région fait face. Les réformes
économiques impliquent dans tous les cas des choix difficiles et des
compromis. Mais nous étions tous d’accord sur le fait que préserver la
stabilité de la monnaie commune fournirait un ancrage pour soutenir ces
efforts. Les membres de la Cemac déterminent actuellement les détails
des politiques nécessaires pour réduire les déséquilibres
macroéconomiques et reconstituer leurs réserves, et le FMI est prêt à
apporter tout son appui à leurs initiatives ».
Un avertissement clair
Cette mise au point du FMI, dictée en partie par la volonté de
Christine Lagarde de démontrer que l’institution n’est plus le « père
fouettard » d’hier, peut donc se résumer ainsi : si les pays membres de
la Cemac ne mènent pas « une action rapide, commune et décisive », leur
monnaie, le franc CFA, perdra « son ancrage au niveau actuel ».
Comme nous l’avons écrit, cet avertissement a été formulé en termes
nettement moins diplomatiques lors du sommet de Yaoundé par les parties
extérieures à la Cemac (FMI et France). « Nous sommes passés à deux
doigts de la dévaluation », nous a ainsi confié l’un des participants.
Et c’est tout sauf un hasard si les six chefs d’État ont tenu à faire
figurer en tête du communiqué final qu’ils écartaient d’emblée
l’hypothèse d’« un réajustement de la parité monétaire actuelle »
– autrement dit, d’une dévaluation du franc CFA d’Afrique centrale.
Jeune Afrique

