Il entre en fonctions ce vendredi 20 janvier 2017. Et quels qu’en soient les éventuels risques, Donald Trump s'annonce déjà comme un président des Etats-Unis accro aux réseaux sociaux. Le nouveau numéro un
américain a construit toute sa stratégie de communication sur Twitter, pour échapper à la contradiction journalistique. Depuis son élection, il ne s'est pas montré avare en gazouillis.
Donald Trump sur
Twitter, ce sont 20,4 millions d'abonnés. Quelque 17 millions
d'internautes le suivent sur Facebook, et près de 5 millions sur
Instagram. Et pourtant, il se défend d'aimer ça, comme on a pu le voir
sur Fox News mercredi 18 janvier.
« Je n’aime pas Twitter,
j’ai d’autres choses à faire. Mais comme la presse est malhonnête, c’est
la seule manière que j’ai trouvée de réagir », explique le nouveau président des Etats-Unis.
Pas
besoin de prendre de la hauteur, Donald Trump va continuer à envoyer
ses messages très courts. C’est du moins ce que promet son entourage.
Sans doute un peu moins souvent quand même, puisqu’il aura, en théorie,
moins de temps libre.
Ce
qui est sûr, c’est qu’il maîtrise vraiment ce média, comme Barack Obama
l’avait fait avec Facebook, ou Franklin Roosevelt en son temps avec la
radio. Twitter, ce fut pour Donald Trump un instrument de promotion
pendant la campagne.
Avec l’aide de ses sympathisants, qui
propagent de jour comme de nuit ses messages, il égratigne au passage
pas mal de monde : journalistes, femmes et hommes politiques, avocats et
bien d’autres…
Le
nouveau président commente un peu tout ce qui lui plaît ou lui
déplaît : ce qu’il lit dans les journaux, ce qu’il voit à la télé, un
restaurant, parce qu’il n’aime pas ce qu’on y mange, ou encore la Chine,
pour sa politique économique et militaire.
Cela
concerne aussi les choix de certaines grandes entreprises, desquelles
il exige un patriotisme économique sans faille. Et de manière générale,
il impose ainsi l’agenda médiatique du moment. Les journalistes, eux,
n’ont d’autre choix que de suivre.
Avec des conséquences plus ou
moins contrôlées. Exemple : après un tweet sur General Motors, annonce
de créations d’emploi. Sur Boeing : renégociation d’un contrat. Sauf que
les gazouillis en 140 signes les plus imprévisibles peuvent aussi faire
plonger une action en bourse. Boeing ou Lockheed Martin s’en
souviennent.
Les
marchés financiers sont pétrifiés. Si bien qu’une application vient
d’être créée. Elle permet d’être prévenu en temps réel en cas de nouveau
tweet du président américain sur une valeur cotée à Wall Street.
Et
puis, il y a l'aspect diplomatique. Depuis son élection, ça n’a pas
arrêté : nucléaire, Moyen-Orient, conflit israélo-palestinien, Cuba,
Chine… Des commentaires voire des menaces qui, de l’avis des
spécialistes, pourraient remettre en cause les acquis de ces dernières
années.
L’un des proches conseillers de Donald Trump reconnaît
qu’il n’arrive pas à suivre, ça va trop vite. Peut-on tout traiter du
Bureau ovale en 140 caractères, quitte à laisser place à
l’interprétation ? Qu'à cela ne tienne, le nouveau président n'a
manifestement pas l'intention de changer de méthode.
■ ENTRETIEN : « Le média d’Américains se plaignant de ne plus avoir la parole »
La
stratégie de communication adoptée par le magnat de l'immobilier devenu
président est en train de s’imposer. Aujourd’hui, Donald Trump a plus
d’abonnés sur Twitter que la chaîne Phox News. Comment les médias
«classiques» peuvent-ils s'adapter ? Eléments de réponse avec Corentin Sellin, spécialiste des Etats-Unis, auteur de l'ouvrage Amérique du Nord : entre intégration et fragmentation chez Ellipses, et animateur du blog « Il était une fois en Amérique(s) ». Propos recueillis par Juliette Rengeval.
RFI : Voyez-vous émerger une nouvelle façon de faire de la politique aux Etats-Unis ?
Corentin Sellin :
Ah oui ! Donald Trump a révolutionné incontestablement la façon de
faire de la politique. Par l’utilisation de Twitter, en fait, il se
revendique comme la voix du peuple, en contact avec le peuple. Il
retrouve son récit, qui est fondamentalement d’être un homme dans la
foule, un homme qui se fait le médiateur des revendications d’un peuple
qui n’est pas écouté par les médias et qui se méfie des médias.
Aujourd’hui,
les médias sont, après le Congrès, l'une des institutions les plus
détestées aux Etats-Unis, et dans lesquelles les Américains n’ont plus
confiance. Et justement, le talent de Trump, c’est d’avoir compris que
par ce média, il avait établi une relation directe. Il crée son propre
média. Il devenait le média principal d’Américains qui se plaignent de
ne plus avoir la parole.
Est-ce quelque chose qu’il a
commencé à ébaucher au temps de la téléréalité, quand il avait cette
émission qui a assis sa notoriété auprès des Américains ?
Oui,
effectivement. Avant son entrée officielle en politique et sa
candidature en 2015, il était déjà un « twittos » assidu. Et d’ailleurs,
aujourd’hui, ça lui joue des tours, parce qu’on va évidemment
rechercher ses archives dans Twitter.
Et il y a beaucoup de
phrases à l’emporte-pièce ou de jugements politiques qu’il peut
regretter. On l'a vu sur le pardon accordé à Chelsea Manning. Ou par
exemple aussi sur Julian Assange ou Wikileaks, qu’en 2010-2011, il
vouait aux gémonies sur Twitter ; et qu’aujourd’hui, il trouve beaucoup
plus sympathiques.
Il y a beaucoup d’incertitudes autour
de cette présidence Trump. On ne sait pas très bien comment il exercera
le pouvoir, quelles seront ses priorités, quels seront les premiers
dossiers qui aboutiront. En revanche, tout le monde a l’air d’être à peu
près d’accord pour dire qu’il va conserver ce style brutal, « brut de
décoffrage », qui est sa signature. Vous le pensez aussi ?
Je
crois qu’en fait, depuis un an et demi, on attend tous – tous les
observateurs, les analystes – le moment où il va y avoir la
présidentialisation, le moment où Trump prendra du recul, prendra de la
hauteur. On l’a attendu pendant la primaire, quand il est devenu favori.
On l’a attendu là, quand il a été élu et pendant la transition. Mais en
fait, cette présidentialisation, elle ne vient jamais, parce qu’il est à
l’aise dans ce style, une sorte de tribun de la plèbe, de voix du
peuple.
Et il a pris une décision cette semaine. Il a annoncé,
concernant son compte Twitter - on ne sait pas, une fois de plus, s’il
s'y tiendra - qu’il continuerait à tweeter avec son compte personnel, et
qu’il ne tweeterait pas avec le compte officiel de la présidence. C'est
très intéressant, parce que cela signifie qu’il veut être à la fois
dans l’institution et en dehors. Et donc, on voit effectivement qu’il y a
peu de chances qu’on ait une présidentialisation.
RFI

