Certains ministres ghanéens vivent sans salaire depuis plusieurs
mois, à en croire les récentes
déclarations du ministre de
l'Information. Baisse du train de vie de l’État ou anomalie
administrative ?
En matière de rémunération, il y a des hommes de pouvoir
qui ne s’oublient jamais. En 2015, Jacob Zuma suscitait la polémique en
obtenant une revalorisation de 5% de son salaire, soit 9 200 euros de
plus par année. À l’inverse, il y a ceux qui revendiquent une gestion
spartiate de leur quotidien et une solidarité avec les masses
laborieuses victimes de la crise économique. En 2015, alors que
l’économie de la Russie était plombée par la chute des cours du pétrole
et l’effondrement du rouble, le président russe annonçait une réduction
de 10% de son salaire. Mais attention au trompe-l’œil populiste : un an
plus tôt, un décret du Kremlin avait fait tripler le salaire de Vladimir
Poutine. Si le chef de l’État russe renonçait à 10% de son salaire, un
de ses homologues ne touchait, lui, que 10% de ses rémunérations
prévues : l’Uruguayen Jose Mujica, réputé « président le plus pauvre du
monde », reversait à des œuvres caritatives les neuf dixièmes de sa paie
mensuelle de 9 300 euros…
Les ministres ghanéens tentent-ils un nouveau record
d’ascétisme ? Ce n’est pas 10% de leurs revenus que touchent certains,
depuis l’arrivée à la présidence de Nana Akufo-Addo, mais bien zéro. À y
regarder de près, il s’agit moins d’une opération de réduction
drastique du train de vie de l’État que du bug d’une procédure
inachevée. Selon le ministre (impayé) de l’Information, Moustapha Hamid,
ce problème « concerne les enseignants, les infirmiers » et il est bon
que cela arrive aux hommes politiques, « de sorte qu’ils ressentent la
douleur et corrigent l’anomalie pour tous les citoyens ».
110 ministres à rémunérer
L’arbre du retard de versement cachera-t-il la forêt de la pléthore de ministres ?
En mars, l’augmentation du nombre de membres du gouvernement avait
suscité la polémique. Avec 50 ministres délégués et quatre ministres
d’État supplémentaires, l’équipe gouvernementale avait porté à 110 le
nombre de détenteurs de portefeuilles, un record dans l’histoire du
pays. L’opposition dénonça un « gouvernement éléphant » qui allait
grever les maigres ressources du Ghana. Dans ces conditions, quelques
mois plus tard, difficile pour les « surnuméraires » de se plaindre.
Dommage que le président uruguayen adepte du caritatif ait
quitté le pouvoir. Il aurait pu faire un geste en direction des
politiciens ghanéens. Ceci dit, entre résidence et véhicule de fonction,
un ministre est si biberonné qu’il n’a peut-être pas besoin de salaire…
jeuneafrique.com

