Pour neutraliser son ancien compagnon
politique, passé dans l’opposition, le despote a mis à
contribution ses
sbires. Ceux-ci ont instrumentalisé un repris de justice,
André Kemebiel Touré, pour porter des accusations de tentative
d’assassinat contre l’ancien député du 2è siège de Minvoul (nord). C’est
sur la base de ces allegations que Bertrand Zibi Abeghe a été
incarcéré. Le dictateur gabonais n’avait pas apprécié que
l’ex-parlementaire démissionnne sous sa barbe le 23 juillet dans son
fief politique où le tyran était en tournée républicaine. Chronique
d’une vendetta politique savamment planifiée.
Jonas MOULENDA
Ce mercredi 31 août 2016, le jour s’est déjà levé sur Libreville,
après une nuit d’insomnies pour Ali Bongo et ses collaborateurs. L’heure
est grave. Ils ont perdu l’élection présidentielle, mais ils ont décidé
de perpétrer un hold-up militaro électoral pour conserver le pouvoir.
Mais ils savent que leur forfait ne passera pas comme une lettre à la
poste, la jeunesse étant désormais mue par une nouvelle conscience
citoyenne.
Pour réduire le risque d’échec de leur coup d’état électoral, ils
décident d’abord de neutraliser tous les opposants à même de provoquer
un soulèvement populaire. Ils mettent un accent particulier sur Bertrand
Zibi, grand harangueur de foules. Ils ont décidé de lui coller un motif
pour le neutraliser avant qu’ils ne battent le rappel des jeunes des
quartiers sous-intégrés sur lesquels il a de l’ascendance.
En cette journée d’attente du verdict des urnes, le temps semble s’être arrêté. Libreville retient son souffle. C’est le calme avant la tempête. Au quartier Général de Jean Ping, sis aux Charbonnages, des milliers des jeunes affichent un optimisme béat. Certains jurent de se sacrifier si Ali Bongo vole la victoire du peuple. L’ancien député de Minvoul est à leurs côtés avec échangent avec certains qui louent sa bravoure.
En cette journée d’attente du verdict des urnes, le temps semble s’être arrêté. Libreville retient son souffle. C’est le calme avant la tempête. Au quartier Général de Jean Ping, sis aux Charbonnages, des milliers des jeunes affichent un optimisme béat. Certains jurent de se sacrifier si Ali Bongo vole la victoire du peuple. L’ancien député de Minvoul est à leurs côtés avec échangent avec certains qui louent sa bravoure.
De temps à autre, il se déplace avec sa voiture pour prendre la
température dans la ville déjà quadrillée par les forces de sécurité et
de défense. C’est un mauvais signe, pressentent certains jeunes à la vue
des camions militaires qui arpentent les rues de la capitale. Bertrand
Zibi Abeghe l’a aussi compris, lui qui connaît les agissements du
régime. Les thuriféraires de celui-ci craignent d’ailleurs qu’il
devienne le deus ex machina pour faire échouer leur plan.
Gaël Koumba, alias Général du Mapane, était à la manoeuvre.
MISSION FUNAMBULESQUE. Dans l’après-midi, le colonel
Amvao appelle Gaël Koumba, alias Général de Mapane – qu’il sponsorise –
lui demandant d’envoyer un espion au quartier général de l’opposant
Jean Ping où des milliers de Gabonais attendent la publication des
résultats de l’élection présidentielle. Koumba dépêche son lieutenant
André Kemebiel Touré pour aller épier les opposants dans leur
réceptacle. « Il avait mission de suivre des faits et gestes des
opposants, particulièrement ceux de Betrand Zibi Abeghe. Il avait aussi
mission de le pousser à la faute », explique un agent des services
spéciaux.
Lorsque Kemebiel Touré arrive aux Charbonnages, il se poste d’abord
devant le somptueux immeuble, construit à côté du Cecado, où se trouvait
une unité de la gendarmerie. Puis, il se rapproche du QG pour voir de
plus près ce qui s’y passe. Chemin faisant, il croise Bertrand Zibi
Abeghe. Sans hésiter, il l’apostrophe. « Bonsoir, grand Bertrand ! C’est
moi, l’un de tes petits d’Akébé », dit-il. Mais l’opposant, qui ne se
souvient pas de son visage, l’ignore et continue à la route il a garé
son véhicule.
Résolu à accomplir sa mission funambulesque, André Kemebiel Touré
s’infiltre au QG de Jean Ping. Discrètement, il commence à se faire des
prises de vues des opposants, qu’il envoie progressivement à Gaël
Koumba, son chef. Mais en cette période sensible, les jeunes de
l’opposition veillent au grain. L’activiste Bung Pinze et certains de
ses amis – qui faisaient d’abord partie de l’armée du Mapane de Gaël
Koumba – reconnaissent Kemebiel Touré. Aussitôt, ils donnent l’alerte à
d’autres jeunes. Ceux-ci le neutralisent et lui infligent une cinglante
correction en l’absence de Bertrand Zibi.
Dans la soirée, la tension monte à Libreville. Le pouvoir envoie des
délinquants brûler l’Assemblée nationale pour justifier le bombardement
du QG de Jean Ping où sont rassemblés les opposants parmi lesquels
Bertrand Zibi Abeghe. Dès les premiers coups de fusil, le député de
Minvoul crie au secours. « Appelez vite le Quai D’Orsay. Ils sont entrés
de tirer sur nous. Il y a déjà au moins 20 morts. Faites vite, sinon
nous allons tous mourir », dit-il à un ami journaliste au téléphone qui
attend des coups de feu par intermittence.
CABALE POLITIQUE. Les militaires cueillent en
premier Bertrand Zibi Abegue puis prennent d’autres opposants, au milieu
des cadavres saignant à flot. Pendant ce temps, André Kemebiel est déjà
transporté à l’hôpital d’instruction des armées de Mélen pour recevoir
des soins à la suite de sa bastonnade la journée. « Les militaires
avaient reçu l’ordre de refroidir Bertrand Zibi Abeghe pendant l’assaut.
Ce qui l’a sauvé c’est la coupure d’électricité. Lorsqu’ils l’ont
cueilli avec d’autres opposants, ils n’ont plus eu de prétexte pour
l’abattre », avance un haut-gradé de la Garde républicaine (GR), chargée
l’opération.
Bertrand Zibi capturé à vif, le pouvoir s’attelle à lui coller un
motif en vue de son inculpation et de son incarcération afin réduire sa
capacité de nuisance politique. Le 4 septembre 2016, le colonel Amvao
envoie vers Kemebiel Touré, à l’hôpital militaire, son lieutenant, un
jeune métis connu sous le pseudonyme de Delta. Ce dernier lui remet une
somme de 4 millions de F CFA, en présence de son père Mohamed Touré. Il
lui demande de déclarer que c’est Bertrand Zibi l’instigateur des actes
de tortures dont il a été victime au QG de Jean Ping. Le jeune homme
accepte volontiers sans mesurer les conséquences de cette cabale
politique.
André Kemebiel Touré. Il a été manipulé par le pouvoir pour accuser Bertrand Zibi Abeghe.
Après le départ de l’émissaire de l’aide-camp d’Ali Bongo, Kemebiel
Touré est surpris de voir débarquer dans sa chambre d’hôpital des
journalistes de Gabon Télévision pour l’interviewer. Après leur départ,
il exprime ses craintes à son chef Gaël Koumba. Ce dernier le rassure
que la bande ne sera pas diffusée et qu’elle sera gardée comme éléments
de preuve. Mais le soir en suivant le journal, quel n’est pas sa
surprise de voir dans le JT l’élément qui était censé rester secret ?
Le 6 Septembre 2016, le jeune homme commence à paniquer, sa famille
aussi. Son père fait la baboune tombante auprès des manipulateurs de son
fils. Pour le calmer, Amvao lui envoie une somme de 8 millions de F CFA
par le truchement de Delta, son homme de main. Il se propose aussi de
reloger Mohamed Traoré et toute sa famille à Angondjé, au nord de
Libreville, pour les mettre, un tant soit peu, à l’abri des
réprésailles. Mais le ressortissant guinéen s’y oppose, préférant élever
la barrière de sécurité dans sa concession à Akébé.
Mohamed
Touré, le père du jeune homme instrumentalisé, doit rendre des comptes à
la justice pour son rôle dans le complot politique.
PROCÈS VERBAL À CHARGE. Amvao double la mise. Il
ajoute 4 millions de F CFA à Kemebiel Touré pour le motiver à aller
jusqu’au bout de la cabale. Le marché conclu, Gaël Koumba lui suggère
d’aller faire une déposition à la direction générale de recherche (DGR),
une police politique du régime. A son arrivée, ce que le jeune homme
craignait se produit : la confrontation avec Bertrand Zibi arrêté
quelques jours plus tôt ensemble que d’autres opposants.
Devant les accusations d’instigation à la violence portées contre lui
par le repris de justice, l’ancien député de Minvoul lui pose une seule
question : « Mon petit, c’est moi que tu as trouvé comme bouc émissaire
pour te faire de l’argent ? »
Le jeune homme, visiblement bourrelé de remords, fond en larmes. Il est immédiatement exfiltré du bureau du directeur des investigations, le capitaine Modeste Ndzalendeve.
Le jeune homme, visiblement bourrelé de remords, fond en larmes. Il est immédiatement exfiltré du bureau du directeur des investigations, le capitaine Modeste Ndzalendeve.
Celui-ci et son chef hiérarchique, le colonel Hubert Nganga, vont se
charger de rédiger un procès-verbal d’audition à charge contre Bertrand
Zibi, alors que supposé plaignant est resté motus et bouche cousue
pendant la confrontation. Après avoir reçu des instructions des sbires
du régime, le procureur de la République, Steeve Ndong et le juge
d’instruction placent finalement l’ancien parlementaire sous mandat de
dépôt à la prison centrale de Libreville. Sans avoir auditionné André
Kemebiel Touré.
Après avoir été roulé dans le partage du magot débloqué par la
présidence de la République à son bénéfice, le jeune homme a fait une
vidéo dénonçant les manipulations dont il a été victime au plus fort des
violences post-électorales.
Dans une vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux, Kemebiel
Touré a pris à témoin le dictateur Ali Bongo, le procureur de la
République et le commandant en chef de la police. Mais aucune
information judiciaire n’a été ouverte sur le sujet, l’affaire Zibi
n’étant qu’unecabale politique savamment orchestrée par le pouvoir.
Source:matindafrique.com

