Henri Konan Bédié,président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire,
et Pascal Affi N’Guessan,
président de l’une des deux tendances du Front
populaire ivoirien, se sont rencontrés ce mercredi 24 janvier au
domicile du président du PDCI. Officiellement, il s'agissait d'une «
visite de courtoisie », mais le symbole politique est fort.
C’était une rencontre qui avait été préparée dans le plus
grand secret, par le cabinet des deux hommes. Ce mercredi 24 janvier
2018, Henri Konan Bédié, président du PDCI, membre de la mouvance présidentielle du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), et Pascal Affi N’Guessan, président de l’une des deux tendances du FPI, parti d’opposition de Laurent Gbagbo, se sont entretenus, pendant plus d’une demi-heure, au domicile abidjanais du premier.
Officiellement, la forte délégation du FPI s’était rendue
chez Henri Konan Bédié, pour lui présenter ses vœux. « C’est une visite
de courtoisie du FPI, au président Henri Konan Bédié, pour présenter ses
vœux de nouvelle année 2108, à un monument de la politique et de la
nation ivoirienne qui, au-delà de nos spécificités politiques,
représente pour chacun d’entre nous, une référence, un acteur avec
lequel il faut compter », a déclaré Pascal Affi N’Guessan.
Mais en fait, le FPI s’est rendu chez Bédié pour sonder le
terrain en vue d’une future collaboration qu’il appelle de ses vœux. «
Nous avons compté avec lui hier, a indiqué Affi. Nous allons compter
avec lui aujourd’hui et nous devons compter avec lui demain. »
Contexte de tensions entre PDCI et RDR
La rencontre intervient dans un environnement politique
trouble. À quelques mois des élections municipales, régionales et
sénatoriales dont les dates ne sont pas encore connues, la tension est
montée entre le PDCI et le Rassemblement des républicains (RDR, parti
d’Alassane Ouattara).
Après avoir invité Bédié et le PDCI à clarifier leur
position sur le projet du futur parti unifié, à la mi-janvier, Joël
N’Guessan, vice-président du RDR s’est vu recadrer par Kobenan Kouassi
Adjoumani, porte-parole du PDCI. Plus ferme, Jean-Louis Billon, l’autre porte-parole du PDCI,
a laissé entendre que « pour l’instant, nous nous concentrons sur les
prochaines élections, c’est la priorité et non le parti unifié ».
Les travaux du comité de haut niveau mis en place début
décembre 2017, par Ouattara et Bédié, en vue du parti unifié, sont
gelés, depuis que des jeunes du PDCI particulièrement survoltés ont
brutalement empêché une réunion dudit comité le 11 janvier dernier.
Une semaine après, un échange de vœux entre les jeunesses du
PDCI et du FPI avait déjà jeté les bases de la rencontre au sommet
entre Affi et Bédié. Le FPI ne cache pas son ambition de voir le PDCI
prendre la tête d’une coalition anti-Ouattara, à deux ans de la
présidentielle de 2020. « La Côte d’Ivoire se porte mal, à en croire
Konaté Navigué, président de la Jeunesse du FPI. Il faut que le PDCI
sauve la Côte d’Ivoire. »
Unanimité sur la réforme de la CEI
Sur la question de la Commission électorale indépendante
(CEI), le PDCI et le FPI sont unanimes à réclamer une réforme et un
équilibre des forces au sein de la commission centrale jugée favorable
au RDR.
« Il y a beaucoup de choses que nous avons à faire, à savoir
la revendication d’une CEI équilibrée, a précisé Affi. Aujourd’hui,
c’est un combat que nous avons commencé à mener. Nous demandons que la
révision de la liste électorale soit ouverte pour que le maximum
d’Ivoiriens notamment les jeunes puissent s’inscrire sur les listes
électorales. Il faut que dans les CEI locales, les choses soient
équilibrées ».
Même si Bédié ne laisse pas transparaître ses intentions,
encore moins sa stratégie, il semble qu’au PDCI, de nombreuses personnes
commencent à être sensibles à la cour assidue de la tendance du FPI
conduite par Pascal Affi N’guessan. Reste à savoir ce qu’en pense
l’autre tendance du FPI conduite par Aboudramane Sangaré.
Source: Jeune Afrique