
Les gouvernements d’Afrique subsaharienne
ont renoué cette année 2018 avec une intense activité
sur le marché des
emprunts souverains (étrangers), via l’émission des obligations
internationales sur les marchés des capitaux occidentaux (encore appelés
Eurobonds). Rien que sur les premiers mois, cinq pays de la région
(Kenya, Nigeria, Sénégal, Ghana et Afrique du sud) ont mobilisé un
montant cumulé de 10,7 milliards $. Cette dynamique des Eurobonds semble
désormais indissociable de l’analyse et la compréhension des cadres
macroéconomiques des pays de la région
On ne sait pas encore si le niveau d’émission
d’eurobonds de 2018 battra celui de 2017 (18,5 milliards $), mais deux
pays, Angola et Tanzanie, sont dans le pipe, marquant un appétit
constant pour ce mode de financement par les gouvernements africains.
Dans son rapport Pulse Africa, publié en avril 2018, la Banque mondiale
relevait que les dettes issues de ces opérations représentaient
désormais 19,8% du PIB (produit intérieur brut), contre 9,7% en 2007.
Concervence d’intérêts entre les pays africains et les investisseurs
L’Afrique subsaharienne hors Afrique du sud, est donc
devenue mature dans ce type d’opération, aidé par une conjoncture
internationale et des conditions macroéconomiques qui lui ont été
favorables. A l’exception de quelques pays, peu de pays émetteurs dans
la région, se sont retrouvés en position de défaut. Il est vrai que la
notation du Gabon a été ramenée à spéculative par Moody’s et que le
Congo Brazzaville doit batailler avec de nombreux créanciers privés.
Plusieurs pays africains arrivent sur ce marché des
capitaux, en raison de la facilité à mobiliser des ressources en devises
étrangères, nécessaires pour le financement de leurs infrastructures.
Les investisseurs, eux, continuent d’être séduits par les perspectives
de rendement qu’offrent ces produits financiers.
Plusieurs pays africains arrivent sur ce marché des
capitaux, en raison de la facilité à mobiliser des ressources en devises
étrangères, nécessaires pour le financement de leurs infrastructures.
Les investisseurs, eux, continuent d’être séduits par les perspectives
de rendement qu’offrent ces produits financiers.
La croissance économique dans la sous-région reprend,
certes timidement, une tendance haussière. Elle est annoncée à 3,7% en
2018, contre 2,4% en 2017. Dans le même temps, la crise des matières
premières s’est traduite par une amélioration du déficit courant
(situation où un pays effectue plus de paiement extérieur qu’il n’en
reçoit). Il est passé de 4,1% du PIB en 2016 à 2,6% au terme de l’année
2017. Mais cet indicateur devrait se dégrader légèrement en 2018.
De même, l’inflation moyenne dans la région s’est aussi
légèrement améliorée. Elle était juste de 10% à la fin de l’exercice
2017, contre 12,7% en décembre 2016, et selon des analyses concordantes
sur l’économie de la région, les prix devraient connaître une modeste
progression en 2018. Enfin, les investisseurs et autres gestionnaires
d’actifs monétaires, tirent des rendements plus intéressants que ce
qu’offrent d’autres obligations émises sur des marchés plus matures,
jugées en théorie, moins risquées.
Un appétit pour les eurobond qui n’est pas sans risques
Cette dynamique quoique positive, ne va pas sans créer
des préoccupations, notamment sur la soutenabilité d’un fort endettement
pour des pays aux structures économiques encore faibles, et dont les
systèmes de production reposent majoritairement sur des activités de
rentes, alors que l’essentiel des consommations est tourné vers des
produits à plus forte valeur ajoutée, venus de l’extérieur. Au-delà de
la position de la Banque Africaine de Développement qui estime qu’en
valeur, l’Afrique n’est pas surendettée, plusieurs analyses reviennent
sur les risques associés aux eurobonds, qui pourraient ne pas tarder à
surgir.
Le premier est le risque de change. Le fait que ces
obligations internationales, soient émises dans des devises étrangères,
expose à un risque d’accroissement important de la dette. Selon des
analyses produites par le Cadre pour une Annulation de la Dette des Pays
du Tiers Monde, les variations de change, à elles seules, avaient
contribué à alourdir le service de la dette de nombreux pays. Rien que
sur les intérêts, ils ont remboursé plusieurs fois l’équivalent du
montant principal emprunté. Un tel risque n’est pas écarté pour
l’endettement actuel.
Les variations de change, à elles seules, avaient
contribué à alourdir le service de la dette de nombreux pays. Rien que
sur les intérêts, ils ont remboursé plusieurs fois l’équivalent du
montant principal emprunté. Un tel risque n’est pas écarté pour
l’endettement actuel.
Le deuxième risque associé aux eurobonds des pays
africains est celui de la situation des taux d’intérêts sur d’autres
marchés. Dans ce contexte, l’évolution des taux directeurs par la
réserve fédérale américaine est particulièrement à suivre. Une hausse
continue de ces taux, va avoir comme effet de réduire l’intérêt pour les
obligations africaines et par conséquent d’augmenter les coûts des
futurs emprunts souverains africains.
Le troisième défi est plus global et concerne les chocs
extérieurs. En général, les pays défendent leurs capacités à rembourser
les emprunts réalisés, par le niveau de leurs revenus extérieurs. Dans
ce contexte, la menace réside dans une baisse de la demande
internationale sur certains produits de base (commodities), qui
constituent le gros des exportations d’Afrique subsaharienne. En Afrique
centrale, par exemple, la baisse des prix des matières premières
(pétrole et autres) et l’obligation de poursuivre avec certains
chantiers d’infrastructures, ont malmené les comptes de ses pays
membres.
Très peu de pays africains, ont produit un bilan de
l’utilisation qui a été faite des ressources mobilisées. Elles étaient
initialement destinées à la construction d’infrastructures, mais dans
plusieurs cas, elles se sont retrouvées à gérer des dépenses courantes.
Il semble exister enfin un problème d’efficience. Très
peu de pays africains, ont produit un bilan de l’utilisation qui a été
faite des ressources mobilisées. Elles étaient initialement destinées à
la construction d’infrastructures, mais dans plusieurs cas, elles se
sont retrouvées à gérer des dépenses courantes. Dans certains cas
extrêmes, il se pose un défi de corruption ou de détournement des fonds
par des dirigeants.
Des alternatives possibles, mais complexes
Dans un tel contexte, de nombreuses alternatives sont
proposés. La Société financière Internationale et aussi la Banque
Africaine de Développement encouragent et travaillent à développer un
marché local des capitaux. Mais l’initiative obtient des réponses très
lentes. En effet, la mobilisation des ressources internes se heurte au
verrou de la contrepartie extérieure qui nait de l’obligation pour les
pays africains de souvent contracter avec des entreprises étrangères
pour leurs infrastructures.
Une autre approche qui est celle de la Banque africaine
d’import-export (Afrexim Bank) est celle qui consiste à inviter les
pays africains à financer eux même leur développement, en ayant recours
aux excès des avoirs en devises des banques centrales, pour soutenir
notamment la transformation structurelle de leurs économies.
les pays africains emprunteurs peuvent également se
montrer plus efficients dans la réalisation de ces opérations. Du moment
qu’ils n’ont pas d’autres choix que de solliciter ces mécanismes de
financement, les ressources mobilisées devraient servir aux financement
de projets, permettant d’encourager surtout les exportations, ou de
dynamiser davantage l’activité économique avec un effet multiplicateur
réel sur l’économie.
La progression de l’émission des eurobonds d’Afrique
subsaharienne sera donc à suivre. Mais avec le Fonds Monétaire
International, qui est désormais revenu dans son rôle de sauveur pour
certains pays africains, il n’est pas exclu qu’on assiste à un
ralentissement de ce type d’émission. L’institution de Bretton Woods,
dans ses différentes interventions en Afrique, encourage les pays à
rechercher plus de dette concessionnelles au détriment de la dette
privée.
Idriss Linge
Ecofin Hebdo

