
Un mort par balle la semaine dernière, un autre lors
de la marche de l'opposition mardi 23 octobre, le
chef de file de
l’opposition qui affirme avoir été la cible d'une tentative
d'assassinat... La Guinée est à nouveau secouée par des tensions
politiques fortes.
« La fumée blanche » annoncée au soir de la signature de l’accord politique du 8 août dernier
par le président du groupe parlementaire RPG-Arc-en-ciel, Amadou Damaro
Camara, aura fait long feu. Après deux journées « ville mortes », la
semaine dernière – avec à la clé un jeune homme tué par balle -,
l’opposition est redescendue dans la rue mardi 23 octobre, malgré
l’interdiction des autorités, pour protester contre les conditions
d’installation des conseils communaux issus des élections locales du 4
février 2018.
La marche a tourné court et s’est arrêtée au niveau du rond-point
Bellevue, à environ un kilomètre du domicile de Cellou Dalein Diallo, le
chef de file de l’opposition guinéenne et président de l’Union des
forces démocratiques de Guinée (UFDG). Le cortège des opposants s’est
heurté à un dispositif sécuritaire lui barrant la route et les forces de
l’ordre ont tiré un épais nuage de gaz lacrymogènes.
Cellou Dalein Diallo affirme avoir été la cible d’une tentative d’assassinat
Au sortir de cette confusion, Cellou Dalein Diallo, qui était assis
sur la banquette arrière de sa voiture avec le leader du Bloc libéral,
Faya Millimouno, constate deux trous sur les vitres avant et arrière de
son véhicule. Son chauffeur, blessé par les éclats de verre, saigne sur
la tempe droite. Le chef de file de l’opposition guinéenne est sans
équivoque : « C’est une balle qui a été tirée. Elle a percé le
pare-brise avant et est ressortie par l’arrière, en passant juste entre
mon chauffeur et le garde qui étaient devant et entre le Dr Faya et moi,
à l’arrière ».
Il y a eu une tentative d’assassinat contre ma personne. J’ai cru à des rumeurs, à de l’intimidation. C’était planifié
Cellou Dalein Diallo en est persuadé : il a échappé a une tentative
d’assassinat. « Depuis trois jours, il y a des amis, des SMS que je
reçois m’intimant de ne pas sortir cette fois-ci. Il y a eu une
tentative d’assassinat contre ma personne. J’ai cru à des rumeurs, à de
l’intimidation. C’était planifié », affirme-t-il à Jeune Afrique.
Mardi, en fin d’après-midi, un manifestant a été tué. Mamadou Samba
Diallo, jeune plombier de dix-huit ans, a été atteint par une balle
alors qu’il se trouvait à Cosa, l’un des fiefs de l’opposition dans la
banlieue de Conakry. Par ailleurs, une dizaine de personnes ont été
arrêtées, parmi lesquelles des membres de la garde de Cellou Dalein
Diallo. Des tirs nourris ont aussi été entendus dans la nuit de mardi à
mercredi dans certains quartiers de Conakry.
Si la marche était interdite, et a rapidement été dispersée, les activités ont été très ralenties dans plusieurs quartiers de la capitale guinéenne. La circulation a ainsi été coupée sur la route Leprince (fief de l’opposition), alors qu’elle était fluide sur l’autoroute Fidel Castro (fief de la mouvance), ainsi que dans le centre-ville de Kaloum.
« Bien entendu, le droit de manifester est consacré par la
Constitution, mais lorsque le gouvernement constate un certain nombre de
risques qui pourraient peser sur la sécurité des populations, il peut
le suspendre. C’est ce qui a été fait, compte tenu du climat tendu
consécutif à l’installation difficile des exécutifs communaux »,
justifie Amara Somparé, ministre de l’Information et de la
communication, avant de remettre en cause la version de la tentative
d’assassinat avancée par Cellou Dalein Diallo.
« Les informations qui nous sont remontées pour le moment ne font pas
état de coups de feu. Les quelques velléités d’attroupement ont été
dispersées par les forces de l’ordre équipées d’armes conventionnelles,
de gaz lacrymogènes », affirme le ministre, qui se dit « interloqué »
par les affirmations du chef de file de l’opposition. « Je crains qu’il
n’ait pris un jet de pierre pour un coup de feu », glisse Amara Somparé.
La police invite l’opposition a ouvrir une enquête
Le commissaire Aboubacar Kassé, contrôleur général de la police
nationale, a invité l’opposition à apporter la preuve de ses
accusations. « Les forces de sécurité condamnent et rejettent les
accusations portées à leur endroit par voie de presse suite à la
violence causée sur le véhicule du chef de file de l’opposition et
demandent l’ouverture d’une enquête », a-t-il déclaré dans un communiqué
lu sur les antennes des médias d’État. « En règle de droit, la preuve
de l’accusation incombe à l’accusateur », poursuit le communiqué. Les
services de sécurité demandent impérativement à l’opposition
républicaine l’ouverture d’une enquête indépendante de son choix et de
faire procéder à l’expertise des faits. »
Le procureur général de la Cour d’appel de Conakry a pour sa part
ordonné l’ouverture d’une enquête « aux fins de situer les
responsabilités éventuelles sur les dérapages intervenus » lors de la
marche.
S’il est vrai qu’on a voulu l’assassiner, c’est à condamner avec la dernière énergie. Il doit porter plainte
« S’il est vrai qu’on a voulu l’assassiner, c’est à condamner avec la
dernière énergie. On ne peut pas et on ne doit pas en arriver là »,
estime Amadou Damaro Camara, président du groupe parlementaire de la
majorité présidentielle, le RPG Arc-en-ciel. « Le seul problème, c’est
que monsieur Cellou Dalein nous a habitués à ces faits. Il doit porter
plainte. Je crois qu’on devrait procéder à cela avant d’accuser qui que
ce soit », tempère-t-il.
Très remontée, l’opposition a appelé ses militants à poursuivre les
manifestations et à observer une journée « ville morte » lundi 29
octobre. Le chef de fille de l’opposition affirme que « le gouvernement
viole les lois » et souligne que « la Constitution sur laquelle Alpha
Condé a prêté serment donne la liberté aux citoyens d’organiser des
manifestations pacifiques. Nous ne sommes pas en état de guerre. Le
gouvernement n’a pas le droit de confisquer cette liberté. On ne peut
pas se soumettre à une décision illégale. »
Pour Amadou Damaro Camara, la stratégie de l’opposition est «
d’empêcher Alpha Condé de gouverner ». « À chaque fois il y a une grève
du SLECG (Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée, ndlr),
des manifestations sont organisées par Cellou Dalein Diallo au même
moment. Ils n’ont fait que marcher depuis huit ans. Quand quelqu’un est
élu, on doit le laisser gouverner », martèle le président du groupe
RPG-Arc-en-ciel. « Cellou Dalein est paniqué. Depuis la présidentielle
2015, son regard est fixé sur 2020 comme si c’était demain, alors que
deux ans nous séparent de l’échéance », estiment-il.
Par jeune afrique

