
La ville a mis aux enchères des dizaines de milliers de maisons pour
non-paiement des impôts
fonciers. De nombreuses familles, noires pour
l’essentiel, risquent de se retrouver à la rue.
Lorsqu’elle a déménagé de New York à Detroit, dans le Michigan,
en 2009, Tate Osten était en terre de mission avec son conjoint,
l’artiste Tim White-Sobieski. « C’était une ville fantôme. Nous
pensions naïvement que nous pourrions changer Detroit par l’invasion
artistique. Nous avions l’exemple de Chelsea et de Soho, à New York », confie cette consultante artistique née à Saint-Pétersbourg (Russie).
Le couple s’est lancé dans l’aventure. Il a ouvert une galerie dans
une ancienne banque, baptisée « Kunsthalle », et racheté une belle
demeure de 450 mètres carrés construite en 1912 par un architecte de
renom, Hans Gehrke.
Presque une décennie plus tard, tout n’est pas complètement allé
comme prévu. Après quelques expositions, la Kunsthalle a été revendue. « Nous n’étions pas soutenus par les aides locales », confie Tate Osten. Tim White-Sobieski est parti à Berlin chercher l’inspiration artistique. Et Mme Osten, 57 ans, a transformé sa maison en bed & breakfast, mais projette d’en faire une galerie. « Nous ne sommes pas venus pour l’immobilier », confie-t-elle.
Quadruple choc
Paradoxalement, sur ce plan, les affaires ont prospéré. La Kunsthalle a été revendue 250 000 dollars (214 000 euros). « En cinq ans, la valeur a décuplé », raconte Mme Osten.
Quant à la maison, elle a été acquise, en septembre 2012, pour
15 900 dollars, lors d’une vente aux enchères, parce que le propriétaire
avait un arriéré d’impôts locaux de 12 900 dollars. Il a fallu faire
des travaux – 60 000 dollars –, mais la maison vaudrait aujourd’hui
350 000 dollars, selon l’agence Zillow. Le groupement immobilier met
toutefois en garde sur la pertinence de son évaluation, tandis que la
taxe foncière est calculée sur une valeur de 57 000 dollars. Il
n’empêche, ceux qui ont pris le risque de faire le choix de Detroit s’en
sortent.
Dix ans après la crise, la cité automobile renaît, après...
Par Arnaud Leparmentier (Detroit, envoyé spécial)
Source: LE MONDE

