
Cela fait trois mois, ce mercredi 24 avril, que le président Félix Tshisekedi a été investi président en République démocratique du congo (RDC) au terme d’une transition de pouvoir pacifique, la première dans le pays. Mardi, en déplacement à Kisangani, il a promis que le Premier ministre serait nommé bientôt, ainsi que son gouvernement. Mais il n’a annoncé aucune date et une partie de la population s’impatiente.
Quel bilan dressent les Congolais de l’action du nouveau président depuis
son arrivée ? Mais aussi de la mainmise que la coalition de l’ex-chef
de l’État conserve sur l’exécutif, lui dont la coalition reste largement
majoritaire au Sénat et à l’Assemblée ? À Kinshasa, les étudiants de
l’Institut facultaire des sciences de l'information et de la
communication (Ifasic) sont partagés.
Une dizaine d’entre eux
travaillent dans la cour de la faculté, dont Martine Galula. La jeune
femme estime qu’un vent nouveau souffle sur son pays depuis l’élection
de Félix Tshisekedi. Même si ce n’est pas parfait. « Oui, on a vu un changement, dit-elle. Les
routes sont en train d’être construites. On sent qu’il a la volonté de
changer les choses. Mais c’est comme si on le retenait, il est un peu
limité. »
Limité, précise Dieumerci Lusakumunu, par l’accord
de partage du pouvoir qui le lie à Joseph Kabila. Pris entre les
attentes de la population et celles de l’ex-président, l’équation est
difficile pour le chef de l’État, estime cet étudiant : « Cette
dichotomie oblige le président à une certaine impasse. Comment faire les
deux choses à la fois ? C’est un problème. Le président ne s’affirme
pas encore en tant qu’autorité. »
Quel Premier ministre ?
Et ce qui inquiète surtout dans les rangs de la faculté, c’est l’absence d’un Premier ministre trois mois après l’investiture du nouveau président. Pour Théophile Mangouzouni, il est urgent d’avancer : « Le
président ne peut pas travailler sans gouvernement. Maintenant, nous
sommes bloqués en tout. On a même refusé d’engager les jeunes dans les
entreprises publiques, qui ne les engagent plus sous prétexte qu’il n’y a
pas de gouvernement. »
Un Premier ministre, « oui », renchérit à ses côtés Baby Matchekwa, agent de maintenance à la faculté, mais pas n’importe qui : « Notre
crainte est que le même système continue. Ce qui fait que nous ne
voulons pas continuer toujours avec des famines et des problèmes qui se
sont passés dans les années antérieures. »
Le souhait de ce père de famille est que Félix Tshisekedi désigne un Premier ministre déterminé à travailler « pour le peuple de son pays » et non pas, explique-t-il, pour les intérêts de sa famille politique.

