
Alors que la Maison Blanche fait monter les tensions, des sénateurs et groupes démocrates veulent faire passer une loi empêchant toute attaque de l'Iran sans aval du Congrès
WASHINGTON — Un après le retrait du président américain de
l’accord sur le nucléaire iranien, et en pleine montée des tensions
entre les deux pays, les démocrates préviennent que la Maison Blanche
est en train de pousser de façon inexorable les États-Unis vers la
guerre.
Le conseiller à la sécurité nationale John Bolton ayant annoncé
en début de semaine l’envoi de plusieurs bombardiers et d’un
porte-avions dans le Golfe, les tensions entre Washington et Téhéran ont
franchi un nouveau palier.
Alors que John Bolton a invoqué les menaces iraniennes contre des
intérêts américains pour justifier ce déploiement — en réponse à « un
grand nombre d’avertissements inquiétants et d’escalade » — des
responsables ont indiqué à Daily Beast qu’il avait exagéré les renseignements militaires de façon disproportionnée.
« Je suis profondément inquiet et redoute que l’administration Trump
nous entraîne vers une guerre inutile avec l’Iran », a déclaré mardi le
sénateur de Virginie Tim Kaine, membre de la commission des Affaires
étrangères du Sénat.
John Bolton, conseiller à la sécurité
nationale de la Maison Blanche, entouré du secrétaire au Trésor Steven
Mnuchin, et du vice-président Mike Pence, écoutant le président Donald
Trump annoncer sa décision de se retirer de l’accord nucléaire iranien,
dans la salle diplomatique de la Maison-Blanche, le 8 mai 2018 (Chip
Somodevilla / Getty Images)
« Depuis des mois, la Maison Blanche a pris plusieurs décisions pour
accroître les tensions, notamment en déployant régulièrement à mauvais
escient le porte-avions USS Abraham Lincoln en guise d’avertissement à
l’Iran, » a-t-il ajouté. « Laissez-moi dire clairement :
l’administration Trump ne dispose pas de l’autorité légale pour
déclencher une guerre contre l’Iran sans le consentement du Congrès. »
Ben Rhodes, ancien membre de l’équipe Obama, qui a défendu l’accord
sur le nucléaire iranien auprès du Congrès, a avancé le même argument.
« Bolton menaçant l’Iran et exagérant les renseignements, le Congrès
doit indiquer clairement que l’administration ne dispose pas de
l’autorité légale pour faire usage de la force contre l’Iran sans
l’autorisation du Congrès », a-t-il tweeté lundi.
Mercredi, Hassan Rouhani a annoncé que Téhéran suspendait certains de ses engagements relevant de l’accord.
Le président iranien a ainsi fait savoir que l’Iran conserverait ses
réserves de surplus d’uranium et d’eau lourde dans ses réacteurs
nucléaires et menacé de reprendre l’enrichissement d’uranium.
Il a donné 60 jours pour une renégociation des conditions de
l’accord. « Nous sommes prêts à négocier, dans le cadre du PAGC »,
a-t-il indiqué, évoquant le Plan d’action global commun, le nom formel
de l’accord.
Le président iranien Hassan Rouhani
inaugure la phase finale d’une usine d’une nouvelle usine de raffinerie
dans la ville de Bandar Abbas, en Iran, le 18 février 2019. (Photo du
site internet officiel).
Cette annonce de Rouhani survenait quelques semaines après que
l’administration américaine a désigné les Gardiens de la Révolution
islamique d’organisation terroriste et accru les sanctions contre la
République islamique en retirant les autorisations accordées à cinq pays
— Chine, Inde, Japon, Corée du Sud et Turquie — d’acheter du pétrole
iranien.
Pour le sénateur démocrate du Connecticut Chris Murphy, le but de ces
mesures était d’attiser davantage les tensions avec l’Iran.
L’administration a indiqué recourir à une campagne de « pression
maximum » contre Téhéran pour lui faire changer d’attitude.
« La stratégie iranienne de Trump relève d’une escalade aveugle », a ainsi tweeté
le parlementaire, membre du panel des relations internationales au
Sénat. « Il n’y a pas de dénouement. Pas de stratégie prioritaire. Il
s’agit simplement d’une escalade pour l’escalade. C’est extrêmement
dangereux et, de façon inexcusable, stupide. »
J Street, orienté à gauche, a fortement dénoncé Bolton, connu pour
ses positions va-t-en-guerre. Soutien de l’invasion de l’Irak décidée
par George W. Bush, Bolton avait déclaré à Paris avant de rejoindre
l’administration américaine que « la politique des États-Unis devait
viser à renforcer le régime des mollah de Téhéran ».
« John Bolton a joué un rôle clé dans la décision désastreuse
d’entrer en guerre avec l’Irak », a déploré le président de J Street
Jeremy Ben-Ami, « et il utilise la même stratégie aujourd’hui pour
tenter d’initier une nouvelle confrontation avec l’Iran ».
L’organisation a appelé les membres du Congrès à adopter une loi présentée par
le sénateur du Nouveau-Mexique Tom Udall et de la représentante
républicaine Anna Eshoo (Californie) le mois dernier visant à empêcher
un conflit armé avec Téhéran sans l’approbation préalable du Congrès.

