Une sorte de « Ve République bis », selon l’ancien président, avec des pouvoirs accrus pour le
Parlement
Un « véritable régime présidentiel, avec suppression du Premier
ministre et pouvoirs accrus pour le Parlement ». Voilà l’idée développée
par François Hollande dans son livre Répondre à la crise démocratique, qui sortira mercredi (éditions Fayard). « Qui peut nier le malaise qui s’est installé dans la démocratie ? »,
écrit l’ancien président de la République dans la préface de cet
ouvrage, court mais dense qui se présente sous la forme d’un long
dialogue avec le think tank Terra Nova. Lui voit « deux réponses » à
cette crise : une « institutionnelle », une autre « politique ».
« Nos
institutions sont de moins en moins capables de répondre aux
aspirations » des Français, précise-t-il dans un entretien à l’AFP. « Le
président a un pouvoir exorbitant », au contraire des assemblées dont
« les capacités de contrôle (de l’exécutif) sont réduites. Le Premier
ministre ne protège plus depuis longtemps le chef de l’État, en qui les
Français voient toujours le responsable de tout ».
Un mandat de six ans, renouvelable une fois
« Le quinquennat a
une part de responsabilité dans cette décomposition », écrit également
l’ancien président, qui propose d’allonger d’une année la durée du
mandat présidentiel, six ans renouvelables une fois, et de réduire à
quatre ans celui des parlementaires.
Avec cette réforme, « le
président ne nomme plus un Premier ministre mais une équipe dont il est
le chef » et, « en revanche, puisque le gouvernement n’est plus
responsable devant l’Assemblée nationale, le président perd son droit de
dissolution ». Et l’article 49.3, qui permet de faire passer des
projets de loi sans vote au Parlement, « n’a plus de raison d’être ». En
échange, « le Parlement verrait son rôle accru, notamment sur le plan
législatif et budgétaire ». Son pouvoir d’investigation, d’évaluation et
d’initiative serait élargi, les contraintes pesant sur le droit
d’amendement levé et la procédure législative allégée et raccourcie.
Autre proposition : la possibilité de « référendum d’initiative exclusivement parlementaire ».
Contre la proportionnelle
Ces
transformations ne pourraient toutefois éviter une éventuelle
cohabitation entre un président et une assemblée hostiles. « Elle ne se
situerait pas au sein de l’exécutif », argue François Hollande, « mais
entre l’exécutif et le législatif, le conflit ne pourrait alors se
régler autrement que par le compromis ».
« Les institutions
réformées comme je le propose conduiraient les partis à reprendre une
place importante dans le débat public », souligne-t-il. « Il faut
revenir à des familles politiques qui suscitent l’espoir », estime
celui qui se prononce « contre la proportionnelle ».
« Le temps de l’explication avec Trump »
Interrogé
sur l’actualité internationale, l’ancien chef d’Etat socialiste a
affirmé que « le temps de l’explication avec Donald Trump est venu », en
pointant les « contradictions » apparues au gré de différentes crises
(commerciale, diplomatique…) entre « les intérêts américains et les
nôtres ».
Il a par ailleurs regretté qu’en Syrie se
dessine « la victoire de tous ceux qu’on ne voulait pas voir
triompher », de Bachar al-Assad à Recep Tayyip Erdogan et Vladimir
Poutine. « Pendant ce temps-là, la coalition occidentale, qui avait
voulu à juste raison – j’en étais moi-même un des principaux animateurs –
éradiquer Daech avec le soutien des Kurdes, voit son allié être
aujourd’hui écrasé, écarté des zones qu’il contrôlait, et voit son
ennemi, en l’occurrence Daech, reprendre éventuellement des djihadistes
qui vont se libérer des camps », a-t-il dénoncé.
Par 20 Minutes avec AFP

