
Une hirondelle ne fait pas le printemps, et un chiffre seul ne peut
indiquer une tendance. Mais si elle
se confirme sur plusieurs jours, la
baisse marquée du nombre d’admissions à l’hôpital attribuables à la
COVID-19 annoncée mercredi pourrait être l’indicateur tant attendu que
les mesures de confinement commencent à porter leurs fruits au Québec.
« Je serais
extrêmement prudent à ce stade, ce n’est pas une journée qui fait la
tendance. Mais oui, si ça se confirme sur une période soutenue, c’est
signe que la première vague est peut-être passée », dit Mathieu
Maheu-Giroux, épidémiologiste à l’Université McGill, qui indique
toutefois que ce ne serait « probablement pas la dernière » vague.
Mercredi,
21 Québécois ont été admis à l’hôpital à cause d’une infection à la
COVID-19, le chiffre le plus bas depuis une semaine. Il s’agit aussi
d’une première baisse depuis quatre jours. La veille, 51 nouvelles
hospitalisations avaient été enregistrées. Or, il se trouve que les
épidémiologistes ont les yeux braqués précisément sur cet indicateur.
INFOGRAPHIE LA PRESSE
« J’espère
vraiment que d’ici la fin de la semaine, on observera une stabilisation
du nombre de nouvelles admissions à l’hôpital. Si c’est le cas, ça va
être bon signe », dit M. Maheu-Giroux.
Gaston
De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé
publique du Québec (INSPQ), a aussi l’œil sur les nouvelles
hospitalisations.
« C’est le meilleur indicateur, et c’est celui que l’on surveille en priorité », dit-il.
Les
experts se méfient du nombre de cas d’infection, qui dépend de la
capacité de tests. En clair, plus on teste, plus on trouve de cas. Au
Québec, en particulier, le nombre de cas annoncés chaque jour fluctue
grandement.
« Personnellement,
je trouve très difficile de voir clair dans les statistiques
québécoises sur les nouveaux cas, dit Mathieu Maheu-Giroux. Il y a
plusieurs défis à les interpréter compte tenu des goulots
d’étranglement, des changements de stratégie et des changements dans les
critères d’admissibilité. Rappelons qu’au début, par exemple, seuls les
gens avec un historique de voyage ou qui avaient eu un contact avec une
personne infectée étaient dépistés. »
Un regard sur le début des mesures
Les
cas d’hospitalisation, de leur côté, risquent peu d’échapper au radar
du réseau de la santé et sont donc un reflet plus fidèle de l’ampleur de
l’épidémie. L’épidémiologiste Nimâ Machouf rappelle toutefois qu’ils
surviennent avec un important délai. « Une fois que la personne est
infectée, ça peut prendre autour de 10 jours avant qu’elle ait des
symptômes. Puis, une fois les symptômes apparus, ça peut prendre en
moyenne encore 10 jours avant qu’elle se trouve à l’hôpital »,
souligne-t-elle.
Les
cas annoncés mercredi sont donc un reflet de ce qui se passait il y a
une vingtaine de jours. Or, c’est justement à ce moment que Québec a
annoncé les premières mesures musclées contre l’épidémie (fermeture des
écoles, quarantaine pour les Québécois revenant de l’étranger).
Gaston
De Serres, de l’INSPQ, estime toutefois que la baisse de mercredi
pourrait survenir trop tôt pour être réellement liée au confinement.
« Bien
que les écoles aient fermé le 16 mars, c’est le 23 mars que le
gouvernement a demandé que tous restent chez eux, sauf les travailleurs
des services essentiels. Il est probable que la fermeture des écoles,
cégeps et universités ait réduit la transmission, mais c’est vraiment le
confinement de “presque” toute la population qui aura le plus gros
effet », affirme-t-il.
Dans
tous les cas, les statistiques des nouvelles hospitalisations seront
sans doute suivies avec beaucoup d’attention par les spécialistes au
cours des prochains jours. Notons que le nombre total de Québécois
hospitalisés pour la COVID-19 continuera probablement de grimper,
puisque les patients touchés ne quittent pas l’hôpital immédiatement.
C’est un plafonnement ou une baisse des nouvelles admissions, sur une
période de plusieurs jours, qui enverrait un signal positif.
INFOGRAPHIE LA PRESSE
Nimâ
Machouf souligne qu’en cas de débordement de la capacité médicale, les
critères d’hospitalisation en viendront peut-être à changer, ce qui
pourrait compliquer les comparaisons.
« Les
critères d’hospitalisation vont changer au fur et à mesure qu’on va
avoir plus de cas présentant des complications. Pour l’instant, tout est
sous contrôle, et ils hospitalisent des cas qui, la semaine prochaine,
ne seront peut-être plus éligibles parce qu’ils ne sont pas assez
graves », dit-elle.
À
terme, il faut s’attendre à ce que les hospitalisations et les morts au
Québec reflètent un fait dont on parle peu : la population québécoise
est plus vieille que la moyenne canadienne et donc plus à risque face à
la COVID-19. Pas moins de 1,1 million de Québécois ont 70 ans et plus,
soit 13,2 % de la population. Cette proportion est plus élevée qu’en
Colombie-Britannique (12,7 %), en Ontario (11,09 %), en Alberta (8,7 %)
et dans l’ensemble du Canada (12 %).

