
(Genève)
Une levée prématurée des mesures de confinement prises pour endiguer la
propagation du
nouveau coronavirus pourrait entraîner une « résurgence
mortelle » de la pandémie, a prévenu vendredi le patron de
l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
« Je
sais que certains pays préparent déjà la transition pour sortir des
restrictions de confinement. Comme tout le monde, l’OMS aimerait voir
les restrictions levées. Mais lever les restrictions trop rapidement
pourrait entraîner une résurgence mortelle » de la pandémie, a déclaré
Tedros Adhanom Ghebreyesus.
« Le
reflux [de la pandémie] pourrait être aussi mortel que sa propagation
s’il n’est pas géré convenablement », a-t-il ajouté lors d’une
conférence de presse virtuelle à Genève, siège de l’agence onusienne.
Alors
que la Chine a rouvert une partie de la ville de Wuhan, dans la
province de Hubei, berceau de la pandémie apparue en décembre, et que la
propagation montre des signes de stabilisation ou de recul en Europe,
les autorités de plusieurs pays, dont la France, commencent à envisager
un déconfinement à plus ou moins court terme.
L’OMS dit consulter les pays concernés pour élaborer des stratégies de desserrement progressif et sûr.
Six
conditions doivent être remplies : contrôler la transmission du virus,
assurer l’offre de santé publique et de soins, minimiser le risque dans
des environnements exposés comme les établissements de santé de longue
durée, mettre en place des mesures de prévention au travail, dans les
écoles et d’autres lieux fréquentés, contrôler le risque de cas importés
et enfin responsabiliser les populations.
« Chaque individu a un rôle à jouer pour vaincre la pandémie », a insisté M. Tedros.
Ebola résiste en RDC
En
l’absence de vaccin, des épidémiologistes craignent une « deuxième
vague » de contaminations en cas de déconfinement prématuré et
désordonné. Selon des spécialistes en modélisation des épidémies de
l’université de Hong Kong, relâcher les mesures de contrôle de façon
hâtive ferait presque autant de nouvelles infections que lors de la
première vague.
En
France, le gouvernement a chargé un haut fonctionnaire de préparer le
déconfinement, mais le premier ministre Edouard Philippe a prévenu que
celui-ci n’était pas encore d’actualité, et que le confinement, en
vigueur depuis le 17 mars, « va durer ».
Avec
près de 1,5 million de personnes testées positives, dont plus de
92 000 morts, selon l’OMS, le monde reste dans un état de « panique », a
averti M. Tedros.
Tandis
que l’Espagne et l’Italie, pays les plus durement touchés en Europe,
entrevoient un ralentissement du fléau, « nous constatons une
accélération alarmante dans d’autres régions », notamment en Afrique où
l’OMS redoute « de graves épreuves » à venir en raison du manque
d’infrastructures médicales.
À
cet égard, M. Tedros a annoncé, en même temps que les autorités de
Kinshasa, un nouveau cas de fièvre hémorragique Ebola dans l’est de la
République démocratique du Congo alors que la fin de l’épidémie, qui a
tué 2273 personnes depuis sa déclaration officielle le 1er août 2018, devait être déclarée lundi.
L’OMS
« reste sur le terrain, plus que jamais engagée à œuvrer sous la
bannière du gouvernement, des populations affectées et de nos
partenaires pour juguler l’épidémie », a assuré M. Tedros.
L’épidémie
Ebola est une « leçon » pour la lutte contre la COVID-19, a souligné à
Genève Michael Ryan, responsable des situations d’urgence à l’OMS.
« Il
n’y a pas de stratégie de sortie sans contrôle total de la situation,
vous devez toujours être prêts à repartir et tout recommencer », a-t-il
estimé.

