Le nouveau coronavirus
laisse planer la menace d’une pandémie. Si les populations sont
terrorisées,
elles pourraient trembler plus fort dans le
futur. L’épidémie apparue en décembre dans le centre de la
Chine a déjà
atteint un pic dans ce pays, où elle a contaminé quelque 78.000
personnes dont plus de 2.700 sont mortes, ont indiqué mercredi les
autorités chinoises. Elle touche de plus en plus de pays, y compris en
Europe : la maladie Covid-19 concerne désormais, Chine mise à part, plus
d’une trentaine d’Etats où elle a fait plus de 40 morts et 2.500
contaminations.
Dans un monde qui se réchauffe, le visage des épidémies de demain
pourrait être beaucoup plus terrifiant que celui du coronavirus. « Avec
le réchauffement climatique,
on observe un déplacement de certaines maladies qui vivaient au sud
vers le nord, note Jean-Michel Claverie, chercheur au laboratoire
Information génomique et structurale (CNRS/Aix-Marseille Université). On
le voit avec la fièvre de la dengue et du
chikungunya,
qui sont dues au fait que des insectes des régions tropicales ou chaudes
font une marche vers le nord ». Ces animaux amènent avec eux les
maladies dont ils sont vecteur. Le paludisme qui est au départ purement
africain pourrait revenir en France métropolitaine.
Des virus disparus mais toujours en vie
Plus inédit encore : la progression du nord vers le sud, en raison du dérèglement climatique des zones antarctiques et, surtout arctiques, qui se réchauffent deux
fois plus vite que le reste de la planète. Le permafrost (pergélisol,
en français), une couche géologique gelée en permanence, composée de
glace et de matières organiques, représente près du quart des terres de
l’hémisphère nord. Le réchauffement du permafrost pourrait faire
réapparaître des virus ou des bactéries dangereux pour l’homme comme on
l’a vu en 2016, en Sibérie.
Un garçon de 12 ans a été tué par l’anthrax et une vingtaine de personnes ont été contaminées, à la suite du dégel d’un cadavre de renne contaminé il y a 70 ans.
« Plus le permafrost se réchauffe sur une distance importante et plus
il ramène à la surface des choses qui ont existé et qui étaient
infectieuses il y a très longtemps, souligne Jean-Michel Claverie qui a
découvert en 2014 avec son équipe deux nouveaux virus, des virus géants,
datés de 30.000 ans, dans le pergélisol sibérien. Avec nos travaux, on a
été les premiers à montrer que cette capacité de stase [lenteur ou
arrêt d’une matière organique] se prolonge beaucoup plus loin. On est
allé jusqu’à 30 mètres de profondeur, qui correspond à l’âge de
Néandertal. Il y a des virus qui sont encore parfaitement vivants, qu’on
peut réactiver après 40.000 ans de congélation dans le permafrost ».
Le risque des maladies de l’époque de l’homme Néandertal
« Les virus du permafrost, vont-ils être capables de percer le
système de défense immunitaire des hommes, s’interroge François Renaud,
chercheur du CNRS, spécialiste des maladies infectieuses et vecteurs.
Pour caricaturer, un virus a une clé et les cellules qu’il va infecter,
une serrure. Il faut que la clé corresponde à la serrure. Si elle ne
correspond pas, le virus ne passera jamais ». C’est bien ce qu’il s’est
passé avec le coronavirus qui vient d’un l’animal, probablement le
pangolin. Il y a eu un transfert sur l’homme et la contagion d’homme à
homme s’est produite. « Ce qu’on craint, c’est que la clé devienne de
plus en plus perfectionnée pour rentrer dans les cellules, c’est
l’adaptation », reprend François Renaud. Plus la clé est perfectionnée,
plus le virus se transmet.
Pas de (trop grosse) panique, donc. Tous les virus congelés dans la
couche gelée du pergélisol ne sont pas dangereux pour l’homme. Nombre
d’entre eux n’ont pas la bonne clé. Et, en réalité, on a assez peu de
chances de rencontrer des virus à ARN, comme le coronavirus, qui sont
plus petits et plus fragiles. Ils ne résistent pas longtemps, même dans
des conditions atmosphériques normales alors que les virus à ADN, comme
la variole, dont la boîte qui entoure l’ADN est plus solide, peuvent
être conservés au réfrigérateur à 4°C. Ils peuvent survivre sans
problème dans le permafrost.
La variole (seule maladie officiellement éradiquée dans le monde)
pourrait donc être de retour, tout comme des maladies de l’époque de
l’homme Néandertal ou des mammouths. « On a pu découvrir que les gens
qui étaient enterrés là étaient morts de la variole, note Jean-Michel
Claverie. On est capable de détecter par des méthodes de médecine légale
la présence d’ADN du virus ».
Le retour de la variole
Avec la folie du développement industriel de l’Arctique et la
centrale nucléaire flottante construite par la Russie, censée couvrir la
consommation électrique de 100.000 personnes, le développement de
colonies sur les côtes des mers polaires est de plus en plus probable.
« On va se mettre à creuser pour atteindre la couche minérale puisque le
permafrost, c’est de l’humus », précise Jean-Michel Claverie. Dans
l’humus, il n’y a pas de pétrole, d’or ou de terres rares qui servent
aux nouvelles technologies. « On va retirer l’équivalent d’un million
d’années d’accumulation d’humus avec les microbes correspondant pour
accéder à ces zones où il y a de l’argent à faire », envisage-t-il.
On imagine aisément comment la variole pourrait renaître de ses
cendres dans ce scénario : un individu d’une colonie de la côte arctique
est infecté par le virus de la variole réactivé et, si le symptôme
n’est pas rapidement repéré, le transmet à d’autres, qui le transmettent
à leur tour. Et ainsi de suite. « Quand je vois ce qui se passe avec
l’épidémie du coronavirus qui est bénin par rapport à ce qu’on a pu voir
dans le passé, observe Jean-Michel Claverie. Le SRAS tuait environ 9% des gens touchés,
la variole et la peste 30 %… On a connu des épidémies dans l’histoire
humaine qui ont tué la moitié de l’humanité. On est arrivé dans un tel
état de mondialisation et de connexion les uns avec les autres, que
toute anicroche comme le coronavirus suffit pour désorganiser
l’économie ».
Sans même songer à un scénario où une maladie disparue dont on ne
connaîtrait pas la virulence frapperait l’humanité, imaginez une seconde
un futur où la variole serait de retour. Un cauchemar.
Par 20minutes.fr

