Barack Obama inaugure ici le centre George W.
Bush à Dallas avec les quatre anciens présidents encore en vie : George
W. Bush, Bill Clinton, George H. W. Bush et Jimmy Carter (de g. à d.).
Alex Wong/Getty Images/AFP
Après s’être déplacé à Cuba,
le président des Etats-Unis Barack Obama se rend à la fin du mois de mai
à
Hiroshima, ville détruite par une bombe atomique américaine en août 1945. Deux visites hautement symboliques pour un président dont le mandat s'achève le 20 janvier 2017. Même si chaque fin de mandat est particulière, les présidents américains sont habituellement plus impuissants politiquement lors de leur dernière année de mandat. Ils essaient alors tant bien que mal de rester sous les projecteurs.
Hiroshima, ville détruite par une bombe atomique américaine en août 1945. Deux visites hautement symboliques pour un président dont le mandat s'achève le 20 janvier 2017. Même si chaque fin de mandat est particulière, les présidents américains sont habituellement plus impuissants politiquement lors de leur dernière année de mandat. Ils essaient alors tant bien que mal de rester sous les projecteurs.
Le 27 mai prochain, Barack Obama sera le premier président des Etats-Unis en exercice à se rendre à Hiroshima,
attaqué le 6 août 1945 par une bombe atomique qui a fait au moins
140 000 morts. François Durpaire, spécialiste des Etats-Unis et de
Barack Obama, analyse : « Obama profite de sa fin de mandat pour soigner ses symboles. Il a tourné la page avec Cuba, ennemi historique des Etats-Unis, il est parvenu à un accord avec l’Iran sur le nucléaire.
Il est aussi dans une volonté de créer des images, en se rendant
personnellement à Cuba, à Hiroshima. Ce sont des images fortes qui
ancrent encore un peu plus ce président dans l’histoire, au-delà de son
bilan politique. Car Obama a la particularité d’être rentré dans
l’histoire dès le début de son mandat, en tant que premier président
noir dans ce pays qui a connu l’esclavage et la ségrégation. »
Le 25 avril, à Hanovre en Allemagne, Barack Obama a également tenu un discours sur l’Europe, dans un pays où il avait charmé près de 200 000 Berlinois en 2008, quelques mois avant d’être élu président. « Habituellement,
à la fin de son mandat, le président effectue davantage de voyages
diplomatiques. Il fait ses adieux aux chefs d’Etat étrangers et soigne
sa stature internationale. Avec Obama, on n’est pas vraiment dans ce cas
de figure, car il fait relativement peu de déplacements, mais ses
voyages sont très symboliques et médiatisés », poursuit François Durpaire, auteur d’une Histoire des Etats-Unis (PUF).
« Il n’y a pas de norme sur la fin de mandat des présidents »
« On dit toujours que pendant sa dernière année de mandat,
le président ne fait plus grand-chose. Mais la vérité, c’est qu’on ne
peut pas passer tous les deux ou trois mois à faire une grande loi
structurante. On est dans une espèce de démesure législative. De temps à
autre, ce n’est pas une mauvaise chose d’appliquer la loi, de faire
fonctionner correctement toutes les mesures prises. L’Obamacare, de ce
point de vue, nécessite d’énormes mesures pour l’appliquer correctement », explique Vincent Michelot, professeur à Sciences Po Lyon.
Surtout qu’Obama pèse de tout son poids pour parvenir à réaliser deux actions avant la fin de sa présidence :
- trouver un accord sur le traité de libre-échange avec l’Union européenne (TTIP), ce qui semble bien compromis ;
- nommer un juge à la Cour suprême des Etats-Unis, en remplacement d’Antonin Scalia, mort en février dernier. « Le Sénat, en majorité républicain, refuse de tenir des auditions au motif qu’un président en fin de mandat n’a pas la légitimité pour nommer un juge à la Cour suprême, qui a beaucoup de pouvoir aux Etats-Unis », explique Vincent Michelot. Les juges à cette cour sont en effet nommés à vie.
Spécialiste de l’histoire politique des Etats-Unis et auteur de Le président des Etats-Unis : un pouvoir impérial ? (Gallimard), Vincent Michelot ajoute : « Il
n’y a pas de norme sur la fin de mandat des présidents. Chaque
situation est particulière. La tendance générale est qu’un président
dispose d’un capital politique après son élection. Pendant son mandat,
il utilise ce capital politique, ce qui fait qu’à la fin, il en aura
moins et sera donc moins proactif. Obama et George W. Bush voient leurs
pouvoirs d’autant plus limités que la cohabitation avec un Congrès d’un
autre bord politique amplifie l’effet " canard boiteux " (lame duck en anglais, ndlr). »
Bush ajoutait à cela le fait que l’opinion publique lui était très
défavorable : seuls 34% des sondés approuvaient sa politique à la fin de
son mandat en 2008. Barbara A. Perry,
spécialiste des institutions américaines, professeur à l’université de
Virginie, fait remarquer que les quatre derniers présidents qui ont fini
leur mandat avec une opinion globalement défavorable de leur action
politique étaient empêtrés dans une guerre ou dans une crise étrangère :
Harry Truman (1945-1953) en Corée, Lyndon B. Johnson (1963-1969) au
Vietnam, Jimmy Carter (1977-1981) dans l’affaire des otages américains
en Iran et George W. Bush (2001-2009) en Irak et en Afghanistan.
Kennedy (1961-1963) et Nixon (1969-1974) font figure d’exception
dans ce graphique, car ils ne sont pas parvenus au bout de leur mandat,
le premier ayant été assassiné à Dallas le 22 novembre 1963 et le second
ayant démissionné à cause du scandale du Watergate.
Ronald Reagan, l’exemple d’un président qui a réussi sa fin de mandat
Habituellement, en moyenne, les présidents sont moins populaires lors de leur second mandat que lors de leur premier. Obama, lui, a réussi à « échapp[er]
à la malédiction du deuxième mandat, à l’inverse de Bush et Clinton.
Mais il faut dire qu’il avait bien pensé et organisé son double mandat », estime Thomas Snégaroff, historien et directeur de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques, cité par L’Express.
En mai, selon Gallup (institut de sondage qui, depuis les années 1930, demande régulièrement aux Américains s’ils approuvent le travail qu’effectue le président),
la politique d'Obama était approuvée par 52% des Américains. En
décembre 2015, Obama recueillait 46% d’opinions favorables, soit presque
autant que Ronald Reagan (49%) au même moment de sa présidence.
En décembre 2015, le travail de Barack Obama était approuvé par 46% des Américains. Au même moment de leur mandat, Bill Clinton était approuvé par 55%, Reagan par 49% et Bush par 30 % des sondés.
Ronald Reagan (1981-1989) est souvent cité comme un exemple de président qui a réussi sa fin de mandat. Pour James Goldgeier, doyen de la School of International Service at American University, c’est en particulier « grâce à Mikhaïl Gorbatchev ».
Ce dernier a tenu un discours aux Nations unies, le 7 décembre 1988,
annonçant notamment une réduction drastique de la présence militaire
soviétique à l’étranger. Une décision qui annonçait et préparait la fin
de la guerre froide, à la grande satisfaction de Ronald Reagan qui avait
mené une politique très offensive pour contrer l’influence globale de
l’Union soviétique.
Quitter la Maison Blanche avec une majorité d’opinions favorables
Dans le dernier sondage Gallup où il était en poste, Ronald Reagan
recueillait 63% d’opinions favorables, soit le deuxième meilleur score
d’un président américain derrière Bill Clinton (1993-2001), avec 66%.
Les deux font partie des cinq derniers présidents à avoir quitté la
Maison Blanche avec une majorité d’opinions favorables. Les trois autres
sont : Dwight D. Eisenhower (1953-1961) avec 59%, Gerald Ford
(1974-1977) avec 53% et George H. W. Bush (1989-1993) avec 56%.
Ces deux derniers, Gerald Ford et Bush père, ont d’ailleurs la
particularité de n’avoir, malgré cela, pas été réélus. A vrai dire, dans
un sondage Gallup avant l’élection présidentielle de 1992 (qui aurait
pu marquer son éventuelle réélection), Bush père ne recueillait que 34%
d’opinions favorables. La campagne a été notamment marquée par le
reniement de Bush de sa promesse électorale de ne pas augmenter les
impôts. Avec une économie en récession, une hausse du chômage et des
émeutes qui faisaient rage à Los Angeles, les Américains lui ont préféré
Bill Clinton. Gerald Ford, de son côté, n’a pas été réélu en 1976, car
il était notamment handicapé par la grâce qu’il avait accordée à
Richard Nixon dans l’affaire du Watergate – contre l’avis de l’opinion –
et la persistance des problèmes économiques.
Pour Eisenhower, la situation était différente, car il ne pouvait pas
se représenter. Approuvé dans sa politique par 59% des Américains à
l’issue de son mandat, il décide de soutenir activement son
vice-président Richard Nixon contre John F. Kennedy. Mais lorsque des
journalistes lui demandent de citer une proposition de Nixon qu’il
soutient particulièrement, Eisenhower sèche et plaisante : « Donnez-moi une semaine, j’en trouverai une. » Finalement, c’est le démocrate Kennedy qui remporte l’élection.
Aujourd’hui, « Obama a l’opportunité, unique pour un démocrate,
qu’un candidat du même bord politique lui succède. Cela n’est jamais
arrivé à un démocrate depuis que les présidents sont limités à deux
mandats. Donc Obama est aussi là pour assurer ses troisième voire
quatrième mandats par procuration si Hillary Clinton est élue. Cela
s’est vu par exemple lors de son dernier discours sur l’état de l’union
au Congrès, où il a prononcé un discours de combat plutôt qu’un discours
de bilan. Mais Obama a l’intelligence de rester subtil, car sinon il
pénaliserait Clinton », conclut François Durpaire.
Par
Maati Bargach
www.rfi.fr

