Huit parlementaires kényans ont été inculpés vendredi par un tribunal de
Nairobi pour avoir proféré des discours de haine et incité leurs
partisans à la violence. Un comportement susceptible d'attiser les
tensions
ethniques et politiques à un an des élections.
Poursuivis par le tribunal de
Milimani, dans le centre de la capitale, les huit parlementaires – trois
députés de la coalition au pouvoir, Jubilée, ainsi que quatre députés
et un sénateur de la coalition de l’opposition – ont été remis en
liberté conditionnelle le 17 juin.
Contre l’avis du parquet qui
craignait qu’une fois libres, les prévenus ne soient tentés de commettre
à nouveau le même délit, le juge Daniel Ogembo a accepté les demandes
de leurs avocats, faisant toutefois valoir la gravité des faits.
Chefs d’accusation
Arrêtés suite aux manifestations de l’opposition qui se sont multipliées ces dernières semaines
pour demander la dissolution de la Commission électorale, considérée
comme favorable au président Kenyatta, les huit parlementaires nient
tous les accusations portées à leur encontre.
Du côté de Jubilee, la coalition au pouvoir, les députés Kuria, Waititu, Ngunjir
sont de fervents soutiens au président Kenyatta et sont membres de son
ethnie, les Kikuyu. Les deux premiers sont accusés d’avoir
proféré en public des menaces de mort à l’encontre de Raila Odinga, chef
de file de l’opposition et qui appartient à l’ethnie Luo. Le
troisième est lui accusé d’avoir appelé les Luo de la ville de Nakuru (centre-ouest) à retourner dans l’ouest du Kenya, leur terre d’origine.
Du côté de Cord, la coalition de l’opposition, les parlementaires Mohamed, Muthama et Mutua sont accusés d’avoir incité la population à pénétrer de force dans le quartier général de la police, tandis que Bosire
et Jumwa auraient prédit le chaos et la violence en raison de
l’incapacité, selon eux, du président Kenyatta à unir le pays.
Précédentes poursuites pour des faits similaires
Les députés de Jubilee Kuria et Waititu avaient déjà fait déjà
l’objet de procédures judiciaires pour des faits de nature similaire.
C’est d’ailleurs à contre-cœur que le juge a accepté leur remise en
liberté conditionnelle, a-t-il précisé. Leur caution a donc été fixée
à 2 millions de shillings (17 300 euros), assortie d’une provision de 5
millions (43 200 euros).
Une somme nettement supérieure à celle imposée aux six autres parlementaires qui ont dû s’acquitter d’une caution de 300 000 shillings (2 600 euros), la provision étant fixée à 1 million (8 700 euros).
Tensions politiques et interethniques
Des diplomates et observateurs
craignent que les tensions politiques et ethniques, déjà élevées dans le
pays, ne s’exacerbent d’ici les élections d’août 2017. Les violences postélectorales de 2007, opposant principalement les Kikuyu aux Luo et aux Kalenjin avaient fait plus de 1100 morts.
Par Jeune Afrique avec AFP

