Les
secrets des patrons «self-made»? Ils possèdent tous des
caractéristiques communes qui portent leurs entreprises vers la réussite
Qui n’a jamais souhaité devenir son
propre patron? Les créateurs d’entreprise sont toujours plus nombreux à
tenter l’aventure mais le parcours qui mène au succès peut être semé
d’embûches. Les entreprises dynamiques, d’envergure mondiale, sont
toutes dirigées par des patrons illustres, dotés d’une réelle vision.
Quels sont leurs secrets?
Pour Ken Robinson, spécialiste
britannique de l’éducation, les leaders charismatiques écoutent
davantage leur passion que le tiroir-caisse. Alors que le commun des
mortels renonce à sa part de rêve pour privilégier un travail
alimentaire et une sécurité financière, les patrons talentueux sortent
de leur zone de confort pour se consacrer entièrement à leur vocation.
Un feu sacré qui les pousse à persévérer lorsque le monde entier rejette
leur idée ou lorsqu’ils trébuchent face aux inévitables obstacles qui
jonchent le chemin de la création d’entreprise. Armés d’une incroyable
ténacité et d’une foi inébranlable en leur projet, ils vont d’échec en
échec sans jamais perdre leur enthousiasme.
Célébrer les échecs
L’ancien PDG de Google, Eric Schmidt, a
ainsi déclaré: «Chez Google, nous célébrons nos échecs.» Quant à
l’inventeur britannique James Dyson, il se targue d’avoir échoué 5126
fois avant d’inventer l’aspirateur sans sac qui a fait sa renommée. «Il
n’y a pas eu une journée où je n’aie été tenté d’abandonner,
explique-t-il. Mais quand j’étais jeune, je pratiquais la course de
fond. J’étais plutôt bon, non pas grâce à mes capacités physiques, mais
parce que j’avais plus de volonté que les autres. Je savais que quand on
a envie de ralentir, c’est justement le moment d’accélérer. Dans cette
discipline, il y a une barrière de la douleur à franchir. En création
d’entreprise, c’est pareil. Quand l’échec est là qui guette, on traverse
une terrible passe. Mais si on persévère un peu plus, on arrive à la
surmonter.»
Lire aussi: Quand le génie et le handicap se tutoient à la tête des entreprises
En outre, les patrons aux idées
révolutionnaires savent relier des choses sans lien apparent entre elles
pour les synthétiser en un nouveau résultat. Le fondateur d’eBay Pierre
Omidyar a lancé son célèbre site en reliant trois points a priori sans
rapport entre eux: «une forte propension à créer des marchés rentables,
des difficultés éprouvées par sa fiancée pour se procurer des boîtes
distributrices de bonbons Pez et l’impossibilité de trouver ce type
d’article via les petites annonces». Steve Jobs, dont le processus
créatif se nourrissait d’une diversité d’expériences, explique que ses
études de calligraphie au collège ne lui ont été utiles que dix ans plus
tard, lorsqu’il a conçu le premier Mac: «Si je n’avais pas suivi ces
cours, le Mac n’aurait pas offert des polices aussi variées.» De plus,
parce qu’il pratiquait la méditation, le célèbre patron a refusé
d’équiper l’Apple II d’un ventilateur bruyant, convaincu que ses clients
apprécieraient davantage un ordinateur silencieux.
Bouleverser l'ordre établi
Alors que la majorité des cadres se
contente de faire progresser légèrement une situation, les dirigeants
innovants bouleversent l’ordre établi. Ils pensent au-delà des limites
artificielles fixées par leur environnement et passent outre les
contraintes qui restreignent leurs homologues. Ils pratiquent également
le réseautage «intellectuellement enrichissant», qui consiste à élargir
ses connaissances grâce aux liens tissés avec des personnes extérieures à
ses secteurs d’activité. Pour concevoir le Macintosh, Steve Jobs s’est
ainsi entouré d’artistes, de zoologues et d’historiens, qui se sont par
la suite révélés être d’excellents informaticiens.
A la course à pied, il y a une barrière de la douleur à franchir. En création d’entreprise, c’est pareil
Les dirigeants célèbres sont aussi
généralement de fins observateurs du comportement de leurs
contemporains. La société Intel, par exemple, engage des anthropologues
et des ethnographes chargés d’étudier les pratiques culturelles des
populations utilisatrices de ses technologies. Comment utilise-t-on un
ordinateur en Chine ou en Malaisie? Quels sont les besoins et les usages
réels de ces populations? Les informations recueillies sur le terrain
sont par la suite transmises aux ingénieurs qui, à leur tour, élaborent
des systèmes adaptés à la vie quotidienne des clients. Ainsi, dans les
petits villages indiens dépourvus d’électricité, Intel a équipé ses
ordinateurs portables de batteries particulièrement résistantes et de
boîtiers anti-poussière.
La passion comme moteur
Enfin, les leaders charismatiques se
différencient des dirigeants moins envoûtants parce qu’ils encouragent
«l’intrapreneuriat». En d’autres termes, ils donnent à leurs
collaborateurs le temps et les ressources nécessaires pour vivre leurs
passions, élaborer de nouvelles idées et prendre des risques. Chez
Google, notamment, les employés disposent d’une journée par semaine de
temps libre pour poursuivre leurs centres d’intérêt. Ce modèle de
travail baptisé Innovation Time Off (ITO) a donné naissance à des
inventions originales comme Gmail, Google News, Google Suggest, AdSense
for Content ou encore Orkut. Selon la direction du groupe, 50% des
nouveaux produits Google seraient même nés grâce à ces 20% de temps
libre.
Lire aussi: Les rituels quotidiens des génies créatifs
Un exemple dont devraient s’inspirer les
entreprises suisses, selon Raphaël Cohen, directeur du «diplôme en
entrepreneurship: business development» à la HEC Genève. L’expert ajoute
que l’obstacle principal à l’éclosion de «l’intrapreneuriat» suisse est
du côté des managers, trop réfractaires aux changements. A Genève en
particulier, il est important de se distancier des enseignements de
Calvin, lequel recommandait à ses successeurs à la fin de sa vie de se
méfier de l’innovation «parce que tous changements sont dangereux et
quelquefois nuisent». Or l’histoire démontre que derrière chaque success
story entrepreneuriale se trouve un esprit créatif et innovant.
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