
Le président Paul Kagame se trouve depuis jeudi 27 octobre à Brazzaville. Une visite de travail qui a lieu alors qu'on assiste à un rééquilibrage de la politique de ce pays sur le continent africain. Après avoir tourné le dos au monde francophone pendant une dizaine d'années, les choses sont en train de changer. Paul Kagame a multiplié ses déplacements vers l'Afrique francophone, sept pays visités en moins d'une année et presque autant d'autres chefs d'Etats francophones qui ont pris le chemin de Kigali.
Jusqu'ici, le Rwanda était tourné presque exclusivement vers l'East
african community anglophone : Kenya, Ouganda ou encore Tanzanie. « Mais il s'est rendu compte qu'il ne peut se développer sans diversifier ses partenaires », explique Francis Kpatindé, enseignant à Sciences-Po Paris.
Le président rwandais a donc décidé de lancer une offensive de charme
en direction de l'Afrique francophone, une opération facilitée par le
fait que « tous ces chefs d'Etats sont fascinés par le modèle Kagame, basé sur la discipline, la rigueur, et le développement », analyse Francis Kpatindé. Même les pays démocratiques comme le Bénin.
Les liens économiques sont quasi inexistants entre les façades
Atlantique et orientale de l'Afrique, le Rwanda et sa compagnie aérienne
RwandAir qui dessert de plus en plus de capitales francophones, en
Afrique centrale ou de l'Ouest, ambitionne de devenir une plaque
tournante entre les deux mondes.
Leader continental ?
Tous les chercheurs pointent également des raisons politiques à ce
rapprochement. Paul Kagame est aujourd'hui en froid avec ses soutiens
traditionnels, les Etats-Unis et la Grande Bretagne, explique
l'universitaire belge Philip Reyntjens. Il se cherche des alliés, pour
consolider sa position.
Mais plus encore, le président rwandais se voit désormais en leader
continental, reconnaissent tous ces spécialistes. Son objectif est de
peser sur l'avenir de l'Union africaine, qui vient d'ailleurs de lui
demander de préparer la refonte de ses institutions. « Le modèle rwandais a de quoi séduire tout le continent, souligne Francis Kpatindé, mais ce modèle ne peut pas continuer dans la forme actuelle ». Il appelle le président Kagame à commencer à le démocratiser.

