Pas très charismatique mais d'une loyauté absolue, en bref le
dauphin idéal. À 63 ans, le général à la
retraite Joao Lourenço va
incarner le nouveau visage du pouvoir en Angola, personnalisé pendant
trente-huit ans par Jose Eduardo dos Santos.
Ancien ministre de la Défense, il va s’installer mardi
dans le siège de président de la République, grâce à large victoire
obtenue par son parti, le Mouvement populaire pour la libération de
l’Angola (MPLA) au pouvoir, aux élections générales d’août.
« Joao Lourenço
fait partie du premier cercle du pouvoir », résume Didier Péclard,
chercheur à l’université de Genève, « c’est un fidèle du parti (…),
l’homme du consensus ».
Un homme peu à l’aise sur les estrades
Même s’il a déjà occupé de nombreuses fonctions officielles,
ce n’est que ces derniers mois que les Angolais ont véritablement
découvert cet homme discret, peu à l’aise sur les estrades.
Depuis les années 1970, tout le parcours de Joao Manuel
Gonçalves Lourenço témoigne de sa loyauté sans faille au parti et de son
appétit de pouvoir. « Cela fait longtemps que je me prépare à cette
fonction et que l’on m’y prépare », a-t-il confié en février à l’annonce
de sa candidature.
Né le 5 mars 1954 à Lobito (ouest), M. Lourenço a grandi
dans une famille très engagée politiquement. Son père, infirmier, a
purgé trois ans de prison pour activité politique illégale. Nourri au
marxisme-léninisme, il a étudié l’histoire dans l’ex-Union soviétique,
qui a formé pendant la Guerre froide les jeunes figures montantes de la
décolonisation en Afrique.
Des ambitions dévoilées trop tôt
Joao Lourenço rejoint la lutte pour la libération de
l’Angola en 1974, après la chute de la dictature au Portugal, et prend
part aux combats qui conduiront un an plus tard à l’indépendance. En
1984, il devient gouverneur de la province de Moxico (est) et entame son
ascension dans l’organigramme du parti. D’abord chef de la direction
politique de son ancienne branche armée, puis président de son groupe
parlementaire et ensuite vice-président de l’Assemblée nationale.
Mais ce n’est qu’en 2014 que le général Lourenço sort
véritablement de l’ombre, lorsqu’il accède au poste de ministre de la
Défense. Puis la nomination de l’apparatchik à la vice-présidence du
MPLA en août dernier le fait entrer dans le cercle étroit des dauphins
possibles.
Dès les années 90, il avait laissé entrevoir ses prétentions lorsque M. dos Santos
avait suggéré qu’il se retirerait. « Il a annoncé un peu trop tôt ses
ambitions pour lui succéder, ce qui lui avait coûté sa place de
secrétaire général à l’époque », se souvient Didier Péclard, « il n’est
revenu qu’après quelques années de purgatoire ».
Le « respect des militaires »
L’ancien officier semble avoir profité cette fois d’un
concours de circonstances favorables. Soupçonné un temps de vouloir
imposer un membre de sa famille ou l’actuel vice-président Manuel
Vicente, poursuivi pour corruption au Portugal, M. dos Santos a fini par
se ranger à l’avis des autres dirigeants du parti en faisant appel à
Joao Lourenço.
« C’est le dauphin idéal de dos Santos », juge Alex Vines,
du centre de réflexions britannique Chatham House. « Il est respecté par
les militaires, n’a pas vécu le grand train de vie de nombre d’autres
hiérarques, et son épouse a une bonne réputation de technocrate »,
ajoute-t-il. Elle-même ministre de 1997 à 2012, Ana Dias Lourenço a
notamment représenté l’Angola auprès de la Banque mondiale.
L’opposition dénonce un homme du système
Malgré son image de modéré, les adversaires du régime
n’attendent rien de neuf de l’arrivée au pouvoir de Joao Lourenço, jugé
comme l’homme du système. « C’est un général dur », estime le
journaliste Rafael Marques de Morais. « C’est quelqu’un qui va tenter de
s’imposer par la seule force, pas par la diplomatie ou en tentant
d’améliorer ce qui ne va pas, mais en étant simplement plus arrogant, ce
qui va lui causer très vite des problèmes », pronostique-t-il.
« C’est un militaire, à la mentalité hiérarchique : il donne
des ordres, les autres obéissent », abonde Luaty Beirao, rappeur et
adversaire déclaré du régime.
Tout au long de sa campagne, il a affiché une orthodoxie pur
jus. « Nous allons continuer le travail qu’Agostinho Neto (premier
président de l’Angola indépendant) a engagé dans le passé et que le
président Dos Santos a lui-même continué jusqu’à aujourd’hui », a-t-il
répété dans ses discours sans grand relief.
L’homme du « miracle économique »
Mais, dans un pays secoué par la crise, il a aussi promis
d’être l’homme du « miracle économique » et de lutter contre la
corruption. Mais beaucoup en doutent, le jugeant incapable de
s’affranchir de la tutelle exercée sur le pays par Jose Eduardo dos
Santos.
« Au début, il aura une marge de manœuvre très étroite par
rapport à son prédécesseur », note Didier Péclard, « la question est de
savoir s’il a la volonté de s’en créer une ou pas ».
Par Jeune Afrique

