
La Communauté économique et monétaire des Etats d’Afrique Centrale
(CEMAC) regroupe six pays
limitrophes, à savoir le Cameroun, le Tchad,
la République centrafricaine, le Gabon, le Congo-Brazzaville et la
Guinée Equatoriale. En 2017, la République centrafricaine est le seul de
ces pays à avoir connu six alternances au pouvoir, dont cinq par coup
d’Etats. Tous les autres pays (Cameroun, Gabon, Guinée Equatoriale,
Tchad, Congo) de cette région connaissent des successions familiales ou
une conservation sans partage du pouvoir. Paul Biya, président du
Cameroun est à 35 ans de pouvoir, Obiang Nguéma de la Guinée Equatoriale
en est à 38 ans, avant lui son oncle Macias Nguéma gouvernait depuis
1967. Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville est à 33 ans de
présidence, tandis qu’Ali Bongo en est à 8 ans, mais il a succédé à son
père Omar Bongo, mort après 42 ans de règne. Idriss Deby Itno du Tchad
quant à lui est président depuis 27 ans. La somme totale de longévité au
pouvoir de ces dirigeants et de leurs familles est de 195 ans.La somme totale de longévité au pouvoir de ces dirigeants et de leurs familles est de 195 ans
Loin d’être une coïncidence historique, cet éthos de conservation s’adosse sur des gouvernances autoritaires où violences militaro-policières
ciblent des catégories sociales anomiques et contestataires. Par-delà
les frontières qui leur sont communes, les Etats de la CEMAC partagent
également une culture politique de la violence, faite de tueries de
masses, d’assassinats extrajudiciaires et de répressions populaires
visant la conservation du pouvoir.
Le népotisme s’est par exemple
manifesté au Gabon en 2016, au travers d’un processus de transformation
des rancunes domestiques et familiales en enjeu politique de
militarisation et de sécurisation. L’histoire se déroule entre Ali Bongo
et Jean Ping (ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et de
la Francophonie du Gabon de 1999 à 2008). Les deux se disputent la
victoire à l’élection présidentielle. Les partisans de Jean Ping sont
massacrés par les militaires, son quartier général a été assiégé, et ses
militants interpellés (http://bit.ly/2AflpPO).
Même si les Gabonais reconnaissent qu’il s’agissait d’un conflit entre
deux anciens alliés, certains assertent tout de même que la brutalité de
l’armée et la capacité d’Ali Bongo à falsifier les résultats des
élections constituent un héritage familial légué par son père décédé en
2009.
Par-delà les frontières qui leur sont communes, les Etats de la CEMAC partagent également une culture politique de la violence, faite de tueries de masses, d’assassinats extrajudiciaires et de répressions populaires visant la conservation du pouvoir
En
Guinée Equatoriale, Macias Nguema s’était déclaré président à vie,
dissolvant l’Assemblée nationale, en exterminant les opposants, les
prisonniers et les agriculteurs qui contestaient son autorité (http://bit.ly/2CiXWMp). Lorsque son neveu Obiang Nguema le renverse en 1979, il l’appellera le “fils de Lucifer”,
pour désigner sa cruauté et ses exactions sur la population civile.
Toutefois, sans rompre avec les pratiques répressives de son oncle, ce
dernier a promu en 2016 son fils Téodorin Nguema Obiang au poste de
vice-président de la Guinée Equatoriale. Téodorin est le successeur
légal de son père au poste de président, et il contrôle aussi l’armée en
tant que ministre de la Défense.
Au Cameroun, une verticalité
hyper-rigide du pouvoir gérée par les membres du cercle affectif
présidentiel est à l’œuvre dans tout le pays. Le contrôle de l’armée
leur donne un avantage considérable sur les opposants politiques qu’ils
répriment depuis 1984, en multipliant des emprisonnements, des actes de
tortures, des fusillades à balles réelles sur les populations. Lors des
émeutes de février 2008 par exemple, 139 personnes ont été tuées par les
violences militaires (http://bit.ly/1D7n19K).
La
même violence meurtrière de l’armée est identifiée dans le Nord-Ouest
et le Sud-Ouest du Cameroun depuis octobre 2016, à l’égard des
mouvements sécessionnistes anglophones. Pour l’instant, la succession au
pouvoir de Paul Biya par un membre de sa famille n’est pas à exclure,
bien que peu probable. La réussite de ses deux enfants au concours de
l’Ecole Nationale de l’Administration et de la Magistrature (ENAM),
laisse toutefois présager une volonté manifeste de les intégrer demain
dans les cénacles du pouvoir.
Dans la zone CEMAC, le Tchad
d’Idriss Deby Itno fait office de « référence ». Entre les fils, les
neveux, les cousins, les beaux-frères et les belles-sœurs, ce président a
réussi à faire de son pouvoir une propriété familiale. Il s’étend à
tous les secteurs de la vie politique, militaire et économique du pays (http://bit.ly/2Dqj9Dj).
La violence politique orchestrée contre les mobilisations d’étudiants,
les leaders politiques et les rebelles vise fondamentalement à une
sécurisation complète des intérêts du clan Zagawa (ethnie du président).
En 2017, c’est la seule région du globe où cinq pays limitrophes, qui se qualifient de « République » ont une somme d’âge de longévité des chefs d’Etats et des familles présidentielles qui se chiffre à 195 ans
Cette
violence s’est aussi illustrée lors du retour par la force, à la
présidence du Congo-Brazaville de Denis Sassou Nguesso en 1997 avec
l’aide de l’Angola, alors qu’il avait été vaincu à l’élection
présidentielle de 1992. Ce retour demeure un symbole fort du triomphe de
l’armée dans le jeu politique dans cette zone. Après sa restauration à
la tête de l’Etat, les assassinats extrajudiciaires, les déportations,
les emprisonnements, les brimades, les tortures miliciennes et
militaires, furent légion à Nkayi, Dolisie et Pointe-Noire (http://bit.ly/2lkZn4F).
Ils
se poursuivent jusqu’aujourd’hui, et sont révélateurs d’un
« ensauvagement » de la politique dans cet Etat où les opposants sont
encore à la merci d’un ancien militaire devenu président. En faisant
nommer ses fils dans le secteur du pétrole (Denis Christel Sassou
Nguesso), et à la présidence (Claudia Sassou Nguesso), il affirme la
volonté de son clan familial de gérer et de jouir du pouvoir.
Même si la République centrafricaine, qui fait également partie de la
CEMAC, ne connait pas une telle longévité au pouvoir de ses dirigeants,
elle est cependant traversée par les violences armées et miliciennes qui
contribuent au renversement des régimes depuis plus de cinq décennies.
En
somme, cette note démontre que si la violence constitue l’un des
attributs fondamentaux du pouvoir des Etats puissants, alors la
brutalité militaire des régimes de la CEMAC contre leurs peuples, n’est
qu’un échantillon des rapports sociopolitiques à l’âge global. Une
particularité discrimine néanmoins les régimes autoritaires de la CEMAC
du reste du monde. En 2017, c’est la seule région du globe où cinq pays
limitrophes, qui s’appellent républiques, ont une somme d’âge de
longévité des chefs d’Etats et des familles présidentielles qui se
chiffre à 195 ans. Par ailleurs, cette zone avance vers un processus
ouvert où l’effritement du lien social dans les familles nucléaires et
politiques de ses autocrates deviendra une menace à la sécurité
collective.
Source photo : gabonmediatime.com
Par Augustin Samnick
Source:wathi.org