Quatre Français, arrêtés pour escroquerie le 22 juin
à Bujumbura et écroués dans plusieurs prisons du
Burundi, ont été
libérés au cours des derniers jours et ont quitté le pays samedi, a-t-on
appris de sources concordantes.
« Officiellement, l’enquête continue mais les quatre
Français sont libres, leurs passeports leur ont été remis samedi matin,
ils peuvent quitter le pays et revenir quand ils veulent », a confirmé à
l’AFP un haut responsable burundais sous couvert de l’anonymat.
Leur départ à bord d’un avion de Kenya Airways samedi en milieu
d’après-midi a été confirmé à l’AFP de source aéroportuaire à Bujumbura.
Ils avaient été arrêtés en compagnie de leur accompagnateur burundais
et accusés de « faux et usage de faux, escroquerie et de constitution
de société fictive » par le ministère de la Sécurité publique dirigé par
le numéro 2 du régime, le général Alain-Guillaume Bunyoni, qui n’avait
alors donné aucune précision.
Leur avocat burundais était monté au créneau en assurant qu’ils n’avaient
« commis aucune infraction sur le sol burundais », alors que plusieurs
sources évoquaient une affaire « sensible » impliquant plusieurs
responsables haut placés au Burundi.
Selon leur avocat, Fabien Segawa, et plusieurs hauts responsables
burundais, les quatre hommes étaient venus au Burundi au nom de la
société de télécoms ITS, basée à Hong Kong, pour prendre le contrôle
d’une société burundaise rachetée en avril.
Ces sources affirment que cette société burundaise, dirigée par un
proche du président Pierre Nkurunziza, n’a jamais versé de bénéfices à
sa maison-mère depuis sa création en 2015. Le but du nouveau
propriétaire était donc d’y installer un gérant de confiance.
Cette société burundaise avait été créée en 2015 pour contrôler les
appels internationaux en vue de prélever une taxe de 0,32 dollar par
minute introduite à cette époque par le gouvernement.
« On les a arrêtés et jetés dans une prison pour leur faire peur, les
terroriser pour qu’ils renoncent à leur société et à leurs dividendes
(…) mais cette affaire a eu le mérite de mettre à nu un racket
généralisé au profit du parti au pouvoir et des plus hautes autorités du
pays », a dénoncé à l’AFP Gabriel Rufyiri, l’une des principales
figures de la société civile burundaise.
« C’est malheureusement un très mauvais signal, un message très clair
envoyé aux investisseurs étrangers pour leur dire ‘ne venez pas
investir au Burundi’, alors que ce pays est désormais dans les trois
plus pauvres du monde », a regretté M. Rufyiri.
Les quatre Français sont Laurent Foucher, président de Telecel
Centrafrique et ambassadeur de ce pays auprès de l’ONU à Genève,
Abdallah El Khabdani, qui a dirigé de 2011 à 2014 la compagnie qui était
alors la première compagnie de téléphonie mobile du Burundi, ainsi que
Christophe Viguier et Sébastien Vacher, eux aussi dirigeants
d’entreprises de télécoms.
Source: Jeune Afrique

