La réforme de l'UA, portée par le président en
exercice, Paul Kagame, et le président de la
Commission, Moussa Faki
Mahamat, est l'un des principaux enjeux du sommet de Nouakchott, qui
s'ouvrira dimanche 1er juillet. Un rapport sur la question a été remis
aux délégations et il dresse un état des lieux sans concession de
l'avancement de ces réformes. JA a pu le consulter. -
Des sanctions immédiates en cas de retard de paiement
Au Sommet de Kigali, en 2016,
l’Union africaine (UA) a pris la décision de s’autofinancer afin de
préserver son indépendance vis-à-vis des bailleurs de fonds extérieurs.
Mais la mise en œuvre de cette décision se heurte notamment au retard
de paiement de leur contribution par nombre de pays membres. « La
plupart des États membres ne paient pas à temps », note le rapport, qui
déplore « un impact négatif sur la mise en œuvre des programmes et
l’exécution des budgets ».
Pour l’instant, les États disposent d’une certaine flexibilité : ils
peuvent éviter les sanctions tant que les retards de paiement
n’atteignent pas un arriéré cumulé de deux ans. Le rapport propose de
réduire sensiblement cette tolérance et d’appliquer des sanctions pour «
tout retard de paiement depuis plus d’un an ». Celles-ci incluraient la
suspension de leur participation aux sommets et au bureau de tout
organe de l’Union. Les États sanctionnés se verraient aussi privés du
soutien de l’UA en vue de l’obtention de postes internationaux et ne
pourraient plus non plus accueillir les organes, institutions ou bureaux
de l’Union.
-
Une révision du barème des contributions
« 48% du budget de l’UA dépendent des contributions de seulement cinq
États membres, ce qui présente des risques évidents pour la stabilité
du budget. » Les rapporteurs proposent plusieurs options de réforme pour
augmenter les contributions de tous les États membres. L’une d’elle
prévoit notamment qu’un « taux plancher » soit appliqué afin « qu’aucun
État membre ne contribue à moins de 200 000 dollars (170 000 euros, ndlr) ».
-
Pas d’excuse pour la mise en œuvre de la taxe de 0,2 %
Lors du sommet de Kigali, en 2016, les États membres ont convenu de
lever chacun une taxe de 0,2 % sur les importations de certains produits
dits « éligibles » pour lever les fonds nécessaires à leur contribution
aux différents budgets de l’organisation. À ce jour, 23 États membres
(sur 55) ont commencé à mettre en place cette taxe et « 13 ont
effectivement commencé à collecter des fonds », notent les rapporteurs.
Pour justifier leur retard, certains États membres ont invoqué des
incompatibilités avec leur Constitution et avec leurs engagements
internationaux, tels que leur adhésion à l’Organisation mondiale du
commerce (OMC). Ces arguments ne convainquent toutefois pas les
rapporteurs, qui notent que les États peuvent déterminer « la forme et
les moyens à utiliser pour leur mise en œuvre » et que les États membres
de l’OMC « ont mis en œuvre la décision de prélèvement de 0,2 % sans
enfreindre leurs obligations commerciales internationales ».
-
Comment désigner les commissaires ?
Aujourd’hui, les États membres de l’UA élisent non seulement le
président de la Commission mais aussi, directement, son vice-président
et chacun de ses huit commissaires. Cela a pour conséquence de saper
l’autorité du président de la Commission, situation identifiée comme
problématique dès 2007 dans un rapport signé par le Nigérian Adebayo
Adedeji, mais dont les conclusions étaient restées lettre morte.
Pour remédier à cette situation, les chefs d’État s’étaient mis d’accord à Addis-Abeba, en juillet 2017,
pour que le vice-président et les commissaires soient désormais nommés
par le président de la Commission. Mais cette option semble encore
susciter des réticences de la part d’États attachés à leur pouvoir de
décision, notamment ceux d’Afrique australe et d’Afrique du Nord. Un
compromis est donc proposé par les rapporteurs : le vice-président et
les commissaires resteraient élus par les États mais le président de la
Commission décidera de l’attribution des portefeuilles et « aura les
pouvoirs de les redéployer (et de résilier leurs contrats) ».
Source: Jeune Afrique

