
Une nouvelle vidéo montrant des hommes en armes et portant l'uniforme de l'armée camerounaise exécuter une dizaine de personnes désarmées et habillées en civils a fait son apparition sur les réseaux sociaux au Cameroun. Selon un communiqué d'Amnesty International publié ce 10 août, cette vidéo, tournée avant 2016, corrobore de précédents témoignages d'exécutions extra-judiciaires commises par les forces de l'ordre dans le village d’Achigachia dans la région de l’Extrême-Nord du pays.
Dans son communiqué publié sur Twitter, Amnesty International décrit les images de cette « vidéo choquante »: : des hommes armés qui tirent avec des armes automatiques sur des personnes face contre terre ou assises contre un mur.
Amnesty demande une enquête « immédiate, approfondie et impartiale » : « Voici
encore des preuves plus crédibles à l'appui des allégations selon
lesquelles les forces armées camerounaises auraient commis de graves
crimes contre des civils et nous demandons une enquête immédiate,
approfondie et impartiale. Les responsables présumés de ces actes odieux
doivent être traduits en justice ».
Dans une interview à RFI, Ilaria Allegrozzi, chercheuse sur le lac
Tchad à Amnesty International explique qu'Amnesty International a
analysé cette vidéo et a pu découvrir qu'elle a été tournée dans la
ville d'Achigachia et qu'elle pense que cette vidéo décrit le massacre
qu'il y a eu lieu en janvier 2015.
La vidéo montre des soldats
camerounais qui exécutent sommairement au moins une douzaine de civils
non armés. Amnesty International a analysé cette vidéo et a pu découvrir
qu'elle a été tournée dans la ville d'Achigachia et nous pensons
qu'elle décrit le massacre qu'il y a eu lieu en janvier 2015. Nous
pensons qu'une opération militaire a été lancée pour récupérer les corps
de soldats qui avaient été tués par Boko Haram fin décembre 2014. Et
quand les militaires sont entrés dans Achigachia, ils ont également
exercé des représailles contre la population. Parmi eux, il y avait
beaucoup de personnes âgées. Le gouvernement a annoncé que 7 soldats
impliqués dans une autre vidéo d'exécutions extra-judiciaires ont été
arrêtés. C'est une première étape que nous saluons toutefois si les
autorités ne veulent pas prendre ce problème à la légère, nous leur
demandons de prendre en compte l'ensemble des abus systématiques de
l'armée camerounaise.
Amnesty: Cette nouvelle vidéo d'exécutions à Achigachia «décrit le massacre qui'il y a eu lieu en janvier 2015»
Le gouvernement va enquêter
De son côté, le ministre de la Communication et porte-parole du
gouvernement n'a pas encore pris connaissance de cette vidéo, mais
assure que si des soldats sont impliqués dans des crimes, ils seront
jugés.
Issa Tchiroma Bakary souligne qu’aucune « armée au monde, quelle
que soit la nation de laquelle elle est issue, ne peut prétendre être
immunisée contre des dysfonctionnements et des écarts ». D’après lui, toute accusation levée contre les forces de défense et de sécurité du pays fait « l’objet d’une enquête, d’une investigation sérieuse ».
Le ministre affirme que le chef de l’Etat « n’accepte pas que
quelques brebis galeuses, quelques soldats égarés puissent, par leur
comportement inacceptable, porter atteinte à l’honneur, à la dignité,
être attentatoires » à l’armée camerounaise.
Mais, tant qu'une enquête n'a pas été menée, il ne « reconnaît pas » la vidéo et « rejette » les accusations qu'il qualifie de « diffamatoires ».

