
Le leader séparatiste anglophone Sisiku Julius Ayuk
Tabe, arrêté en janvier au Nigeria puis extradé au
Cameroun, a été pour
la première fois depuis son arrestation aperçu en public jeudi à Yaoundé
avec neuf autres militants pour une audience consacrée à l'examen de
leur demande de libération.
Malgré des demandes de leurs avocats pour leur rendre
visite en détention, au Secrétariat d’Etat à la Défense (SED), siège de
la gendarmerie à Yaoundé, ils n’avaient pas été vus publiquement depuis
dix mois, ce qui inquiétait leurs proches.
« Ce jour est un grand jour parce que tous (les dix) prévenus étaient
là », a affirmé après l’audience à la presse Me John Feu Nsoh, l’un des
trois avocats des leaders anglophones. « Apparemment ils sont en forme,
mais je ne suis pas médecin pour le dire avec certitude ».
Verdict le 15 novembre
Président autoproclamé de l’Ambazonie, nom de l’État indépendant que les séparatistes veulent créer au Cameroun anglophone, Sisiku Julius Ayuk Tabe avaient
été arrêtés en compagnie de neuf autres cadres de son mouvement dans un
hôtel d’Abuja, alors qu’il présidait une réunion consacrée à la « crise
des réfugiés » issus du Cameroun anglophone au Nigeria. Ils avaient ensuite été extradés vers le Cameroun.
Trois avocats avaient déposé début octobre une demande de
« libération immédiate » pour dix d’entre eux, dont dont le leader des
séparatistes. La justice prononcera le 15 novembre son verdict sur cette
demande.
À leur sortie de la salle d’audience où l’examen de leur demande de
mise en liberté s’est déroulé à huis clos, ils ont rejoint un car de la
gendarmerie, saluant de la main leurs proches tenus à bonne distance.
Sisiku Julius Ayuk Tabe et la plupart des autres militants
anglophones arrêtés au Nigeria constituaient la branche politique du
mouvement séparatiste camerounais, prônant la négociation avec Yaoundé
pour arriver à leurs fins.
Perturbation du vote
Depuis la fin 2017, des dizaines de séparatistes armés ont pris les
armes dans les deux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
Des affrontements entre l’armée déployée en nombre et ces séparatistes, regroupés en groupes épars dans la forêt équatoriale, s’y produisent depuis quasiment tous les jours.
Ces affrontements ont fortement perturbé le déroulement du scrutin
présidentiel dans les deux régions anglophones où la participation
semblait très faible, dimanche 7 octobre.
Selon des sources concordantes, aux séparatistes armés se sont
ajoutés des bandes armées de bandits et de pillards, qui rackettent les
populations et les entreprises.
Plus de 175 membres des forces de défense et sécurité camerounaises
ont perdu la vie dans ce conflit, ainsi que plus de 400 civils, selon
les ONG.
Dans la zone, plus de 300 000 personnes ont fui les violences, pour
la grande majorité en brousse et dans les grandes villes des régions
voisines, et pour certaines au Nigeria voisin.

