
Si l'ex-président jure travailler en bonne intelligence avec le nouvel hôte élyséen, il demeure aussi sceptique sur certains aspects du macronisme.
Il y a des refus d'obstacle qui en disent parfois plus long qu'une avancée déterminée. Quand nous avons interviewé Nicolas Sarkozy,
nous l'avons interrogé sur sa définition d'un leader. « Quelqu'un qui
ait la vision de ce que doit être l'avenir », nous a-t-il répondu. Emmanuel Macron a-t-il une vision ?
Question ouverte. Pourtant, l'ancien président a fait mine de botter en
touche : « Je ne suis plus dans le combat politique, je sais combien
il est difficile de satisfaire toutes les attentes nées d'une élection.
Je m'abstiendrai donc de le critiquer. J'observe d'ailleurs qu'en
matière de critiques il semble servi… » Qui parlait de « critiquer »
l'actuel chef de l'État ? Personne. Avec ces quelques mots en apparence
précautionneux, voilà Emmanuel Macron servi.
Pourtant, les deux hommes s'apprécient. C'est en tout cas ce que
s'accordent à répéter leurs entourages qui brandissent pour preuve de
cette estime mutuelle leur dîner du 6 juillet à l'Élysée en présence de
leurs épouses respectives ou encore leur déjeuner en tête-à-tête le 1er
octobre dernier, en pleine séquence remaniement.
« Macron est très clean avec lui, siffle, admiratif, un ami de
l'ex-président. Il l'appelle pour lui demander des conseils, il lui
envoie des messages et ça, Nicolas aime. » Du côté de l'Élysée, vous ne
trouverez pas un conseiller macroniste pour égratigner cette belle
histoire ni dire du mal de ce prédécesseur, finalement plus bienveillant
que François Hollande.
Certes, Nicolas Sarkozy
se moque : « La rupture en politique, c'est un peu ce que vous appelez
un marronnier non ? » convaincu, dit-il, qu'« on est toujours
l'archaïque de quelqu'un et le moderne d'un autre ». Mais il prend soin
de ne jamais mentionner Emmanuel Macron et préfère se référer à Chirac
« nommé Premier ministre trop tôt », à 42 ans. Bien sûr, en
« observateur attentif » selon son expression, il prévient que « le
pouvoir est dangereux », qu'« il peut devenir une drogue » et
qu'« un peu d'expérience ne nuit pas face aux émanations qu'il peut
générer », mais on le sent soucieux de ne pas froisser celui qui,
aujourd'hui, occupe l'Élysée avec plus d'élégance à ses yeux que
François Hollande.
« Tout ça va mal finir »
Cela fait peu de doute, sous ses saillies espiègles, il dissimule une
admiration pour ce jeune président dont la fougue lui rappelle
évidemment la sienne. « Quand je pars rencontrer des dirigeants
étrangers, je préviens toujours l'Élysée, confie-t-il. Parfois, on me
demande de passer des messages. » De retour en France,
son conseiller sur les questions internationales, Pierre Régent, fait
un compte-rendu à Philippe Étienne, le sherpa de Macron. « Je ne veux
pas qu'il y ait de malentendu, qu'il s'imagine que je fais de la
diplomatie parallèle », souffle Sarkozy.
Un petit quelque chose le chagrine néanmoins dans la politique
macronienne. Enfin, il ne le formule pas ainsi, non, il se dit
« consterné » de façon générale par « cette fascination pour la
transparence dévastatrice ». « On vous demande où vous habitez et avec
qui vous vivez, mais on ne vous demande plus ce que vous voulez faire
de votre pays. Cette fausse proximité avec l'électeur, cette dangereuse
normalité, cette inquiétante banalité, cette apologie de l'amateurisme
me sont étrangères. » Une politique pénétrée de morale et qui ferait la
part belle à la société civile. Le macronisme à l'état pur en somme.
Pas la tasse de thé de Sarkozy. Et peut-être la raison pour laquelle il
répète si souvent à ceux qui poussent la porte de son bureau que « tout
ça va mal finir ».
Par Laureline Dupont | Le Point.fr

