
SYDNEY | Des indigènes vivant sur les îles du détroit de
Torres, dans le nord de l’Australie,
déposent lundi une plainte inédite
auprès du Comité des droits de l’Homme de l’ONU en accusant leur
gouvernement d’inaction dans la lutte contre le changement climatique.
Les indigènes du détroit de Torres affirment que le réchauffement
du climat menace leur survie et que l’inaction des autorités
australiennes constitue à ce titre une violation des droits de l’Homme,
expliquent les avocats de l’ONG ClientEarth, qui les représentent.
Dans leur plainte, les indigènes demandent au Comité basé à Genève
de déclarer que l’Australie, en vertu du droit international, doit
réduire ses émissions de CO2. Selon eux, Canberra doit sortir du charbon en vue d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.
Ils exigent aussi que le gouvernement débloque une enveloppe de
20 M$ australiens (environ 16 M$) pour la construction d’infrastructures
telles que des digues, afin de protéger les communautés du Détroit de
la montée des océans.
«L’élévation menace déjà des maisons, ainsi que des lieux de
sépultures et des sites culturels sacrés», expliquent les plaignants
dans un communiqué.
«Beaucoup d’insulaires craignent que leur île ne disparaisse purement et simplement, de leur vivant, faute d’action urgente.»
Le dépôt de cette plainte intervient moins d’une semaine avant les
élections australiennes au cours desquelles la coalition conservatrice
de Scott Morrison, très largement critiquée pour son désintérêt des
questions climatiques, est donnée perdante.
Le gouvernement de centre droit est accusé de sacrifier les
questions environnementales au nom de la défense de l’industrie très
polluante du charbon et des intérêts du secteur minier.
Le Comité des droits de l’Homme est un organe composé de 18
experts indépendants qui surveille la mise en œuvre du Pacte
international relatif aux droits civils et politiques par les États
partis.
L’ancien rapporteur spécial de l’ONU pour les droits de l’Homme,
John Knox, professeur de droit à l’Université américaine de Wake Forest,
a jugé la plainte «potentiellement révolutionnaire».
Le Comité a en effet déterminé l’an dernier que l’obligation de
protéger les droits de l’Homme impliquait aussi la protection contre les
dommages environnementaux, y compris ceux induits par le réchauffement
climatique, a rappelé le professeur Knox sur Twitter.
«Cette plainte donne au Comité des droits de l’Homme sa première
occasion de donner une application spécifique [...] en évaluant et en
expliquant ce que l’Australie devrait faire pour protéger les droits de
l’Homme des Indigènes du détroit de Torres», a-t-il ajouté.
Les décisions du Comité ne sont pas contraignantes, mais elles
pourraient ajouter à la pression pesant sur le gouvernement australien,
a-t-il poursuivi.
Par Le Journal de Montréal

