Après quelques hésitations, Chris Rock a finalement accepté d'ouvrir
dimanche soir la 88e cérémonie des Oscars. L'occasion pour le comédien
et humoriste américain de lancer un plaidoyer au vitriol pour davantage
de diversité au sein des finalistes choisis par l'Académie.
« Je suis ici aux Oscars, connu aussi comme les récompenses
attribuées par les Blancs », a lancé Chris Rock dès le début de son
monologue, traditionnel moment fort de la cérémonie, diffusée sur la
grande chaîne gratuite ABC.
Ce propos liminaire était très attendu car Hollywood est secoué
depuis des semaines par une polémique sur le manque de diversité aux
Oscars. Pour la deuxième année consécutive, tous les acteurs nommés étaient en effet blancs. Et
c’est en toute logique que les récompenses les plus prestigieuses sont
allées à des artistes blancs : Leonardo di Caprio (meilleur acteur),
Brie Larson (meilleure actrice), Alejandro Iñarritu (meilleur
réalisateur) et Spotlight (meilleur film, de Tom McCarthy).
« Vous réalisez que s’ils désignaient les présentateurs, je ne serais
pas là ce soir », a enchaîné le présentateur de la soirée, qui avait
déjà présenté la cérémonie en 2005.
Connu pour son humour tranchant et ses spectacles de stand-up, Chris
Rock a expliqué avoir sérieusement réfléchi à renoncer. « Mais je me
suis dit, ils vont quand même organiser les Oscars. Ils ne vont pas les
annuler simplement parce que j’ai jeté l’éponge », a-t-il dit.
Nous voulons des opportunités pour des acteurs noirs.
Au passage, il a égratigné l’actrice Jada Pinkett Smith, qui a décidé de boycotter la cérémonie par solidarité avec le réalisateur Spike Lee,
qui avait annoncé qu’il ne s’y rendrait pas. « Jada Pinkett Smith qui
boycotte les Oscars, c’est comme si je boycottais la culotte de Rihanna :
je n’étais pas invité », a-t-il glissé.
« Il ne s’agit pas de boycotter simplement, a-t-il assuré. Nous
voulons des opportunités. Nous voulons que les acteurs noirs aient les
mêmes opportunités que les acteurs blancs ».
« Vous devez créer des catégories pour Noirs »
Chris Rock a également rappelé que cette préoccupation pour la
diversité était relativement récente. « Dans les années 60, les Noirs ne
protestaient pas pour réclamer des changements dans le milieu du
cinéma. Pourquoi ? Parce qu’ils avaient des vrais sujets de protestation
à l’époque. (…) Trop occupés à être violées et lynchés pour se
préoccuper de savoir qui a gagné le prix du meilleur directeur de la
photo », a-t-il lancé. « Quand ta grand-mère se balance à un arbre,
a-t-il ajouté, c’est vraiment difficile de se préoccuper du meilleur
documentaire étranger, format court. »
« Si vous voulez des nominés noirs tous les ans, vous devez créer des
catégories pour Noirs », a expliqué Chris Rock non sans ironie. Car,
a-t-il observé : « C’est ce qu’on fait toujours avec les hommes et les
femmes, pensez-y : il n’y a aucune vraie raison d’avoir une catégorie
masculin ou féminin pour le jeu d’acteur ! »
Et d’enchaîner : « Mais la vraie question (…) c’est : est-ce
qu’Hollywood est raciste ? (…) Bien sûr ! Mais ce n’est pas le racisme
auquel on est habitué. C’est un racisme de cercle », a-t-il affirmé,
expliquant qu’il fallait appartenir au bon milieu pour être embauché.
« Mais les choses sont en train de changer. Nous avons eu un ‘Rocky’
noir cette année. Certains l’appellent ‘Creed’, moi je l’appelle ‘Le
Rocky noir », s’est amusé Chris Rock, en référence au film de Ryan
Coogler.
Source: www.jeuneafrique.com

