Malgré quelques absences, la majeure partie de l'opposition congolaise a
décidé de s'unir au sein d'une nouvelle structure, baptisée
"Rassemblement", dans la nuit de jeudi à vendredi près de Bruxelles.
Elle exige le
départ en fin d'année du président Joseph Kabila.
« Quelles que soient les circonstances dans lesquelles le pays va
vivre, nous sommes tout près de la victoire », a déclaré, dans la nuit
de jeudi 9 à vendredi 10 juin, devant une centaine de délégués de
l’opposition et de la société civile congolaise l’opposant historique Étienne Tshisekedi, en clôture du conclave de Genval, à une vingtaine de kilomètres de la capitale belge.
Tshisekedi à la tête des « sages »
L’accord des partis de l’opposition a été annoncé à l’issue de deux
jours de conciliabules à huis clos, parfois tendus, lancés à
l’initiative de Tshisekedi, président de l’Union pour la démocratie et
le progrès social (UDPS). Le texte, dit « Acte d’engagements », prévoit
d’unir les forces de l’opposition au sein du « Rassemblement » pour
faire aboutir la lutte du peuple congolais au service de l’alternance et
de l’État de droit.
Un comité des sages, placé sous la direction d’Étienne Tshisekedi,
sera chargé, avec l’aide d’un organe plus technique, de coordonner
l’action de l’opposition, qui avait jusqu’ici échoué à former un front
uni contre Joseph Kabila.
Dénonçant le coup d’État constitutionnel que constituerait selon eux
le maintien au pouvoir de Joseph Kabila au-delà de la fin de son mandat,
le 19 décembre, les signataires exigent l’organisation d’une élection
présidentielle avant cette date.
Appel à la communauté internationale
Ils réclament également la mise en œuvre intégrale de la Résolution
2277 du Conseil de Sécurité des Nations unies. Celle-ci insiste sur la
nécessité d’un dialogue politique ouvert, permettant la tenue des
élections présidentielle et législatives d’ici novembre 2016,
conformément à la Constitution, une prise de position jugée
irresponsable par Kinshasa.
Les participants au conclave appellent un panel de représentants de
la communauté internationale (ONU, Organisation internationale de la
Francophonie, Union européenne, Etats-Unis) à épauler l’envoyé spécial
de l’Union africaine (UA) en RD Congo, l’ancien Premier ministre
togolais Edem Kodjo, qu’ils jugent trop proche du pouvoir.
Les conseillers de Katumbi présents
Ils posent en outre une série d’exigences, telles que la libération
immédiate et sans condition de tous les détenus politiques, ou encore
l’arrêt et l’abandon des tracasseries fiscales, administratives,
policières ainsi que de toute procédure judiciaire arbitraire contre les
membres de l’opposition et de la société civile.
« S’il n’y a pas de volonté du pouvoir, nous n’avons pas de cadeau à
lui faire », a déclaré l’un des principaux participants, le
secrétaire-général de l’Union pour la nation congolaise (UNC), la
troisième grande force de l’opposition à l’Assemblée nationale,
Jean-Bertrand Ewanga. « C’est une victoire d’avoir imaginé l’unification
de l’opposition. Cette nouvelle complicité va nous permettre d’aller de
l’avant », a-t-il ajouté.
Mais, si Ewanga a signé l’accord à titre personnel, le leader de son
parti, Vital Kamerhe, était le grand absent de ces assises. De même, le
Mouvement pour la libération du Congo de Jean-Pierre Bemba n’avait pas
envoyé de délégation. Ces deux hommes font toutefois partie de la
coalition « Dynamique de l’opposition », laquelle était représentée,
notamment par Martin Fayulu. Les absents semblent notamment s’inquiéter
d’une possible récupération de ce rassemblement par Moïse Katumbi.
L’ancien gouverneur du Katanga n’a certes pas fait d’apparition, mais
le G7, un groupe de sept partis passés qui soutient sa candidature à la
présidentielle était représenté au plus haut niveau et très actif dans
les discussions. Inculpé d’atteinte à la sécurité de l’État, Katumbi a
quitté la RD Congo pour l’Afrique du Sud le 20 mai, officiellement pour
s’y faire soigner, avant de rejoindre l’Europe.
Par Jeune Afrique avec AFP

