Près de quatre mois après la présentation de son
programme, l’opposant Moïse Katumbi, candidat
déclaré à la
présidentielle en RDC, nomme 46 personnes au sein de son cabinet. Et se
dit prêt pour les élections.
Malgré un exil forcé qui perdure et de multiples ennuis politico-judiciaires,
Moïse Katumbi affûte ses armes en vue des prochaines échéances
électorales. C’est en tout cas le message que ce candidat déclaré à la
présidentielle à venir en RDC essaie de faire passer.
Vingt-quatre heures seulement après avoir annoncé que les
regroupements politiques composant sa plateforme électorale déposeraient
bien, sous certaines conditions, des candidatures dans les 201
circonscriptions prévues pour les provinciales du 23 décembre prochain, le leader d’Ensemble pour le changement a signé, dans la soirée du lundi 2 juillet, six décisions portant notamment sur la nomination des membres de son cabinet.
« SK Della », de l’ombre à la lumière
Jeune Afrique a pu consulter ces documents. Sans grande surprise, le candidat déclaré en exil confirme son bras droit, Salomon Idi Kalonda Della,
au poste de conseiller spécial et politique. Les deux hommes se
connaissent depuis une vingtaine d’années et ont depuis cheminé ensemble
dans le business, le sport avec le TP Mazembe et la politique.
TP Mazembe
Conseiller de Katumbi, alors gouverneur du Katanga, pendant près de
neuf ans, le quadragénaire Salomon « SK Della » a toujours travaillé aux
côtés de son mentor et a su ainsi gagner sa confiance. Rompu à l’art
des négociations secrètes, à la tête du Parti national pour la démocratie et le développement (PND),
qui draine de plus en plus la foule dans le Sud du pays, cet homme de
l’ombre a été, entre autres, de toutes les tractations avec les
politiques de premier plan qui entourent aujourd’hui Moïse Katumbi.
Le dircab Kamitatu et les 46 conseillers
À la tête du cabinet de l’ex-gouverneur, une figure bien connue de la
scène politique congolaise avait été placée dès le mois d’avril.
Plusieurs fois ministre, et président de l’Assemblée nationale pendant
la période de la transition en RDC (2003-2006), Olivier Kamitatu dirigera désormais les 46 conseillers nommés lundi par Moïse Katumbi.
Un cabinet pléthorique ? « C’est beaucoup », reconnaît Olivier
Kamitatu, qui justifie ce volume par la « période électorale, qui
nécessite d’affiner les dossiers » du programme du candidat. « Mais,
rassure-t-il, une fois élu, Moïse Katumbi formera un gouvernement
restreint et compte bien réduire le train de vie de l’État ».
Jacquelyn Martin/AP/SIPA
Un cabinet paritaire
En attendant, « l’une des principales préoccupations a consisté à
présenter une équipe paritaire, avec la présence de 23 femmes et de 23
hommes dans le cabinet », poursuit Kamitatu. Nous n’avons pas fait du
remplissage : Katumbi a tenu à choisir des personnes compétentes dans
leurs domaines respectifs ».
Issue d’une famille royale dans l’ex-Katanga, l’ancienne militante de la société civile Dominique Munongo Inamizi, 57 ans, est par exemple nommée conseillère de Katumbi en charge des Relations extérieures et de la Coopération internationale.
Flickr/Monusco
La femme d’affaires Anne-Emilie Poto, sœur de la
Première dame du Congo-Brazzaville, est, elle, chargée de la Coopération
et de l’Intégration régionale. L’ancien député du parti au pouvoir Francis Kalombo et le Français François Hurstel,
deux autres fidèles qui accompagnent Moïse Katumbi de longue date, ont
été désignés, respectivement, conseiller en charge des questions
électorales et conseiller en communication. Hurstel apportera notamment
son expertise en matière de campagnes politiques et son réseau à
l’international.
Jean-Jacques Wondo, expert des questions de
sécurité, passé par l’École royale militaire belge, rejoint également
Katumbi. Il en est de même de l’ancien magistrat Frédéric Bola, de l’ancien ministre provincial Jean-Marie Dikanga Kazadi et de Boniface Yemba Poyo,
professeur à Washington et l’un des auteurs de la première version du
Document de stratégie de croissance et de réduction de la pauvreté
(DSRP) de la RDC. C’est lui qui a rédigé la partie macro-économique du
programme du candidat Moïse Katumbi.
« Intégration verticale des générations »
Dans le cabinet de ce dernier, on compte aussi des jeunes, notamment Patrick Amani Mundeke, Abel Augustin Amundala, Milly Mumba ou Marcelline Nkenyi,
qui font, pour la plupart, leurs premiers pas en politique. « Une
intégration verticale des générations chère à Moïse Katumbi », théorise
Olivier Kamitatu.
Décision portant nomination des membres du cabinet de Moïse Katumbi
Outre la nomination du conseiller spécial et des membres de son
cabinet, Moïse Katumbi a également créé quatre « coordinations
régionales extérieures » (Afrique, Europe, Asie-Océanie et Amérique). «
C’est bien un signal fort que nous sommes prêts, non seulement pour
aller aux élections mais aussi pour proposer une alternance. Après
Kabila, ce ne sera donc pas le néant », complète Salomon Idi Kalonda.
Mais pour prendre part aux scrutins de décembre, le camp Katumbi
exige, entre autres, « l’abandon de la machine à voter », « la
publication immédiate des listes électorales provisoires sans les cas
litigieux », « l’application de toutes les mesures de décrispation
politique contenues dans l’accord de la Saint-Sylvestre », notamment la libération des prisonniers politiques et le retour des exilés…
Source: Jeune Afrique