Cette annonce intervient trois jours après la décision de Washington de fermer le consulat de Chine à
Houston, au Texas.
La Chine a ordonné, vendredi 24 juillet, la fermeture d’un consulat américain, répliquant aux Etats-Unis trois jours après la décision de Washington de fermer le consulat de Chine à Houston (Texas) sur des accusations d’espionnage.
Les
Etats-Unis vont ainsi devoir fermer leur représentation diplomatique
dans la grande ville de Chengdu (province du Sichuan, sud-ouest), a
annoncé le ministère des affaires étrangères chinois, dernier épisode
d’une escalade aux allures de guerre froide entre les deux géants du
Pacifique. Cette décision constitue « une réponse légitime et nécessaire aux mesures déraisonnables des Etats-Unis »,
a souligné dans un communiqué le ministère, sans préciser s’il avait
des accusations spécifiques contre la présence américaine à Chengdu.
Le
secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, avait déclaré jeudi que le
consulat de Chine à Houston était une plaque tournante de « l’espionnage chinois » et du « vol de la propriété intellectuelle »
américaine. La diplomatie chinoise n’a pas spécifié non plus dans quel
délai le consulat devrait fermer ses portes. Dans le cas de Houston,
l’administration Trump n’avait donné que soixante-douze heures aux
diplomates chinois pour plier bagage.
« La
situation actuelle des relations sino-américaines ne correspond pas aux
souhaits de la Chine, et les Etats-Unis en sont entièrement
responsables », a dénoncé Pékin, appelant Washington à « créer les conditions nécessaires pour que les relations bilatérales retournent à la normale ». Pékin avait annoncé des représailles contre la fermeture de son consulat dans la grande ville du Texas (sud).
« Nouvelle tyrannie »
La
tension entre les deux pays, déjà alimentée par les différends
commerciaux et les accusations mutuelles sur l’origine du Covid-19, est
montée d’un cran ces dernières semaines avec l’imposition, par Pékin, d’une loi sur la sécurité nationale à Hongkong.
Washington a dénoncé une loi qui détruit l’autonomie de l’ancienne
colonie britannique et a pris des mesures de représailles économiques
contre cette région chinoise. Pékin a dénoncé une ingérence dans ses
affaires intérieures.
Les
deux pays ont pris en outre des sanctions réciproques au sujet du
Xinjiang, les Etats-Unis accusant Pékin de se livrer à des violations
des droits humains à l’encontre de l’ethnie musulmane ouïgoure dans
cette vaste région du nord-ouest de la Chine.
Accentuant la pression, Mike Pompeo a appelé jeudi « le monde libre » à « triompher » de la « nouvelle tyrannie » incarnée selon lui par la Chine. « La
Chine d’aujourd’hui est de plus en plus autoritaire à l’intérieur du
pays, et plus agressive dans son hostilité face à la liberté partout
ailleurs », a-t-il déclaré lors d’un discours dont la tonalité rappelait plus que jamais la guerre froide avec l’Union soviétique.
Dans une attaque d’une rare virulence, il a aussi accusé le président chinois, Xi Jinping, d’être un « adepte sincère d’une idéologie totalitaire en faillite », en faisant référence uniquement à ses fonctions de « secrétaire général » du Parti communiste chinois (PCC).
Signe
de la méfiance ambiante, la police américaine soupçonne en outre une
chercheuse chinoise, accusée d’avoir dissimulé ses liens avec son armée
pour obtenir un visa américain, de s’être réfugiée au consulat chinois
de San Francisco afin d’échapper à son arrestation.
Réponse « graduée » de la Chine
La
réaction chinoise semble pour l’heure relativement mesurée. Sur les
réseaux sociaux, des nationalistes chinois avaient appelé le régime
communiste à fermer le consulat des Etats-Unis à Hongkong,
considérablement plus gros et stratégique que celui de Chengdu.
« Il semblerait que la Chine ait choisi une réponse graduée plutôt qu’une réaction (…) qui appellerait une riposte américaine », observe le sinologue Victor Shih, de l’université de Californie à San Diego. Le président américain, Donald Trump, a jugé « possible » que d’autres représentations chinoises soient fermées.
Outre
leur ambassade à Pékin, les Etats-Unis comptent cinq consulats en Chine
continentale (Canton, Shanghaï, Shenyang, Chengdu, Wuhan) ainsi qu’un à
Hongkong. La mission de Chengdu, inaugurée en 1985, couvre tout le
sud-ouest de la Chine, notamment la région autonome du Tibet. Selon son
site Internet, elle compte 200 employés, dont 150 de statut local.
En 2013,
la Chine avait demandé des explications aux Etats-Unis après la
publication dans la presse d’une carte, divulguée par le lanceur
d’alerte Edward Snowden, montrant des sites d’espionnage américain dans
le monde. Le consulat de Chengdu y figurait.
Le
site avait été rendu célèbre l’année précédente quand un ancien bras
droit de Bo Xilai, alors étoile montante du PCC, y avait fait défection
et demandé l’asile politique. L’affaire, retentissante, avait précipité
la chute de M. Bo, alors considéré comme un rival potentiel de M. Xi
pour diriger la Chine. Il purge désormais une peine de prison à vie.

